« Regardons ce qui se passe à l’international »

L'expert de la production laitière Philippe Jachnik, ancien économiste du Cniel, ancien président de la fédération européenne des industries laitières, a fait profiter de son expérience les éleveurs bretons, invités par Bretagne Conseil Elevage Ouest (BCEL Ouest), au cours de six réunions organisées en février.

Quotas ou pas, Philippe Jachnik engage depuis des années les Français à regarder ce qui se passe à l'international, et à laisser de côté leur “suffisance”. “L'Allemagne vend déjà plus de 50% de son lait à l'exportation, la France environ 30%.”

Philippe Jachnik, consultant international en économie et politiques laitière.

Philippe Jachnik, consultant international en économie et politiques laitière.

Attention au tassement en Europe

Point de salut, pour être présent demain, sinon l'export, estime l'expert. Et les Français devraient suivre l'intuition des Allemands, “en pleine confiance”. “Ils savent qu'ils ont eu raison de vouloir la mise en place des quotas, alors que les Français étaient contre. Et ils ont le sentiment d'avoir encore raison d'avoir œuvré à leur suppression, tandis que les Français voulaient s'y opposer… En Allemagne, les laitiers voient l'avenir plus pour ses opportunités que pour ses menaces.”

L'Europe représente un quart de la production mondiale de lait. Mais entre 2007 et 2012, sa production n'a augmenté “que de 4 millions de tonnes”. Dans le même temps, de 10 Mt en Afrique mais surtout de 7 Mt aux Etats-Unis, de 14 Mt en Amérique du Sud et de 51 Mt en Asie.

“Il faut relativiser, au regard de ce que cela représente en terme de production par habitant”: 294 kg/habitant en Europe, un peu moins aux Etats-Unis, et seulement 68 kg en Asie. Mais attention, prévient Philippe Jachnik, “cela peut aller très vite”“A l'échelle d'une génération, cela peut suffire à faire bouger les équilibres laitiers” sur l'échiquier mondial.

1500 kg de lait par Breton

La Chine dispose de moins de 200 grammes de lait par habitant: avec 1,3 milliard d'habitants, elle est confrontée à des besoins d'avenir énormes qu'il faudra sustenter.“Avec le lait d'ici, ou d'ailleurs.” Prenant exemple sur la tour de Synutra à Carhaix, Philippe Jachnik confirme qu'il s'agit d'une opportunité encourageante. “Les Chinois avaient fait le tour des zones les plus favorables à la production laitière, en Europe. Si ce projet ne se concrétisait pas avec Sodiaal, ces tours auraient été construites en Galice, en Irlande, en Cornouailes…”

Le choix de la région française n'est pas étonnant en soi, analyse l'expert laitier. “La Bretagne fait de l'exportation sans le savoir, c'est dans son ADN. Sa production est de 1500 kg de lait par habitant.” Rien ne devrait réellement changer à l'Ouest, donc, si ce n'est la destination du lait. “Avec la Chine, le périmètre (export) change, pas l'ADN de la Bretagne. Il ne faut pas paniquer.”

 

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