Attention aux idées reçues sur le calcium

Conseiller scientifique du groupe La Pilardière, François Meschy, ancien chercheur à l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), rappelle le rôle fondamental du calcium dans la physiologie des vaches laitières. Si le phénomène d'hypocalcémie reste bien connu des éleveurs, sa version subclinique semble sous-évaluée.

Une vache sur deux souffre d' hypocalcémie subclinique. 

Une vache sur deux souffre d' hypocalcémie subclinique.

Le calcium, un inconnu pour l'éleveur laitier ? A priori non, tant ce minéral revêt un rôle central dans la physiologie des vaches laitières et notamment lors de l'apparition de maladies métaboliques comme l'hypocalcémie vitulaire. Pourtant, les intervenants du colloque organisé à Lorient (Morbihan) par le groupe la Pilardière nous ont montré que tout n'était pas encore bien maîtrisé. Spécialiste des minéraux, l'entreprise organise chaque année, depuis deux ans, une réunion sur la nutrition minérale des bovins.

« Les besoins en calcium de la génisse se révèlent équivalents à ceux de la vache adulte », signale François Meschy, ancien chercheur à l'Inra et conseiller scientifique du groupe la Pilardière. « Une laitière adulte stocke 10 à 12 kilos de calcium, à 99 % dans ses os et ses dents, poursuit le spécialiste. Le stock maximum est constitué juste avant le premier vêlage, ensuite le niveau va diminuer tout au long de la carrière de l’animal. Dans le lait, le fœtus, les fèces, le bovin exporte des quantités importantes de calcium. En fonction de ses besoins, il va mobiliser une partie de ses réserves calciques, puis participer à leur restauration. »

 

Forte demande en début de lactation

« En début de lactation, la demande reste très forte, alors que la capacité d'absorption de l’intestin – organe où le calcium est assimilé – paraît faible. En fin de gestation, ces capacités semblent plafonnées et n'augmenteront très progressivement qu'au bout de quelques semaines », assure le chercheur. Dès lors, le nutritionniste doit trouver des astuces pour couvrir les besoins des vaches laitières. Une ration doit être en mesure de couvrir les besoins d'entretien d'une vache englobant à la fois les exportations, les sécrétions digestives et le renouvellement des tissus. « Une ration usuelle ne lui apporte pas assez de ce minéral, nous devons impérativement ajouter des compléments, estime François Meschy. Avec une ration standard basée sur le maïs, le soja et l'orge, nous couvrons à peine 40 % des besoins en calcium. » Reste alors à trouver une bonne source de calcium, car toutes les formes d'apport ne se valent pas. Le coefficient d'absorption réelle (CAR) va permettre de distinguer les formes les plus digestibles et assimilables par les bovins. Il varie énormément en fonction de la nature du minéral apporté. « La meilleure source reste le phosphate monocalcique dont le CAR atteint 55 %. À titre de comparaison, la dolomie développe un coefficient d'à peine 30 %. »

 

Attention à l'hypocalcémie subclinique

Toute carence en calcium peut induire des maladies métaboliques dont les phénomènes cliniques semblent bien connus des éleveurs. Ainsi, la fièvre de lait se manifeste par l’affaissement de la vache et l’impossibilité de se relever, sauf en cas de perfusion calcique pour suppléer la baisse de calcium sanguin. Ce phénomène baptisé hypocalcémie reste fréquent chez les laitières hautes productrices qui n’ont pas suffisamment de temps pour s’adapter à la forte demande de calcium en début de lactation. « Le plus difficile réside dans la détection des phénomènes d'hypocalcémie subcliniques se traduisant sur les animaux par une baisse de la mobilité utérine et un manque de tonus musculaire. Les vaches malades ne s'alimentent pas correctement et leurs performances zootechniques plafonnent. Ce problème reste sous-évalué. Notre suivi d'élevages nous a conduits au constat qu'une vache sur deux se trouve en hypocalcémie subclinique », souligne Paolo Colturato, vétérinaire italien spécialiste des grands troupeaux. Son approche, focalisée sur l'évolution des teneurs en calcium dans l'urine des vaches, ne convainc pas l’ancien chercheur de l'Inra qui rappelle que les bovins excrètent très peu de calcium par ce canal. Avant le vêlage, le vétérinaire complète ce type d'analyse avec la note d'état corporel et l'analyse des corps cétoniques. Après la parturition, il étudie la glycémie et les urines des laitières.

Pour sa part, Anne Bourdon, de l'Inra, montre que les régimes alimentaires à base d'herbe sont souvent synonymes de forte chute de la teneur en calcium chez les laitières en début de lactation.

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2 Réactions pour “Attention aux idées reçues sur le calcium”

  1. debeauvais dit :

    tout à fait d'accord pour signaler le manque de prise en compte en France de l'hypocalcémie subclinique, maladie insidieuse, bien connue outre atlantique et dans tous les pays de grands troupeaux ou les facteurs de risque sont présents ; les sentinelles sont les multipares (+de2 velages) et le nombre de cas de fievre de lait ne devrait pas dépasser 2à3 %, soit un a 2 cas par an par troupeau de 100 vaches (40-50 velages de multipares) ......

  2. MUSNIER Louis dit :

    Très important cette notion de déficit sub-clinique en calcium surtout pour les élevages avec Robot de traite. Les pertes de lait, en absence de produit de trempage filmogène, sont fréquentes et source de contamination mammaire.
    La baisse des ressources en calcium lors du pâturage est à corriger pour éviter la baisse du calcium dans le lait commercialisé.

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