À la ferme laitière De Marke: Choix environnementaux et conséquences pour le troupeau

À Hengelo, aux Pays-Bas, les vaches de la ferme laitière de l’université de Wageningen produisent 8 500 kilos de lait par an, le lisier est fermenté et les « standards » de fertilisation prévus pour 2015 sont déjà atteints. Seul problème, et de taille : la mauvaise qualité de l’herbe n’est pas sans conséquences sur l’apport en protéines dans la ration des animaux.

Côté alimentation des vaches laitières, De Marke souligne que le taux de protéines brutes dans les rations a été réduit de manière substantielle à 15 %. « D’une part, explique-t-on, cela contribue à avoir des coûts alimentaires bas et à limiter les pertes d’azote. D’autre part, trop de protéines présentent un risque pour la santé des animaux. »

La ferme laitière expérimentale De Marke, dans la province de La Gueldre, à l’est des Pays-Bas, affiche des résultats saisissants, selon ses responsables. Mise en place au tout début des années 90, la ferme est l’un des huit centres de recherche et d’information de l’université de Wageningen, parmi lesquels cinq fermes qui se consacrent exclusivement aux problématiques de la production laitière. Wageningen – 6 500 personnes, 10 000 étudiants – s’est forgé une solide réputation dans la recherche en sciences animales : nutrition, comportement, bien-être des animaux ; génétique et génomique ; relation entre élevage et environnement ; techniques innovantes de production. À De Marke, « nous travaillons essentiellement sur l’amélioration des systèmes laitiers installés sur des sols sablonneux en cherchant à réduire au minimum l’impact environnemental de la production », affirme Stef Groot-Nebbelink, responsable de la ferme. L’accent est mis sur la maîtrise des fertilisants (azote et phosphate), sous-entendu la réduction des pertes. L’objectif est de « limiter les apports de matières chimiques et d’avoir une utilisation rationnelle de l’eau et de l’énergie. Au bout du compte, explique- t-on, nous baissons nos émissions de gaz à effet de serre de même que l’empreinte écologique de la ferme, et nous préservons notre potentiel de production pour les générations qui viendront après nous ». Cette attitude très « développement durable », dans les discours et dans les faits, vaut à la ferme de nombreux soutiens. De Marke bénéficie de l’appui du centre néerlandais pour l’agriculture et l’environnement (CLM), de la profession agricole et de l’industrie laitière. Elle reçoit des financements publics du ministère de l’Agriculture, de la nature et la qualité de l’alimentation (LNV) et de celui de l’Environnement (VROM).

40 % de fumier en moins

L’empreinte écologique de la ferme De Marke est inférieure à celle d’une exploitation conventionnelle aux Pays-Bas : de 40 % pour l’acidifi cation (émissions d’ammoniac, monoxyde d’azote et dioxyde de soufre) ; de 70 % pour l’eutrophisation (ammoniac, monoxyde d’azote, nitrates et phosphates) ; et de 30 % pour les émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote).

La recherche en vue d’une utilisation juste de l’azote, du phosphate et d’autres fertilisants reste une des activités principales à De Marke. « De plus en plus d’éleveurs acquièrent, grâce à nos travaux, une meilleure connaissance de leurs cycles sur leur propre ferme. C’est à la fois bon pour l’environnement et pour le porte-monnaie de l’agriculteur, commente Stef Groot-Nebbelink. Ces dix dernières années, nous avons atteint un surplus moyen d’à peine un peu plus de cent kilos d’azote et de quelques kilos de phosphate par hectare, ou de 67 kilos d’azote et de deux kilos de phosphore assimilable selon le système Minas. » – NDLR, Mineral Accounting System : taxe sur les surplus d’azote et de phosphore en vigueur aux Pays-Bas depuis 1998 afin d’optimiser l’utilisation des engrais. Les responsables de la ferme, définitivement pragmatiques, posent la question de savoir qui pourrait bien s’opposer à la gestion d’un élevage montrant peu de gaspillage de fertilisants, avec des coûts de production faibles et des rendements élevés et de qualité. « Nous sommes capables de faire pousser la culture la mieux adaptée à nos besoins avec 40 % de fumier en moins. Un apport limité d’engrais permet au trèfle de mieux fixer l’azote, et de cette manière les rendements sont maintenus. Épandre le lisier après le labour est une autre méthode qui conduit à une meilleure utilisation des fertilisants. Depuis 2000, nous faisons en même temps les semis de maïs et l’épandage du lisier entre les rangs. » Concernant la délicate question de la présence de nitrates dans l’eau, réaction après-coup aux surplus d’azote épandus, « le temps qu’il fait et les sols sont responsables de fluctuations non négligeables qu’aggraveront par dizaines de milligrammes de nitrate par litre d’eau des pratiques d’élevage demeurées inchangées ». La ferme De Marke annonce pour sa part qu’elle a réussi à contenir le taux de nitrates à 49 mg par litre dans la nappe d’eau supérieure située dans le périmètre de l’exploitation, c’est-à-dire un milligramme en dessous de l’objectif fixé par la Directive européenne sur l’eau d’octobre 2000.

Deux coupes d’herbe

Les responsables de la ferme laitière se posent en défenseurs de la rotation des cultures. « Le maïs implanté de façon permanente conduirait à une baisse des niveaux de matières organiques dans le sol, entraînant une limitation de sa capacité de rétention de l’humidité. Les sols retiendraient trop peu d’azote et les rendements ne pourraient pas être maintenus. Or, poursuit Stef Groot-Nebbelink, en effectuant une rotation des cultures, nous restaurons la matière organique et à terme le gaspillage d’azote s’en trouve réduit. »

La ferme cultive 16 hectares de maïs : 10 hectares sont ensilés « plante entière », 6 hectares sont réservés à un ensilage des épis. Elle récolte également 6 hectares d’orge. Un hectare de maïs reçoit au total 15 tonnes de fumier – 8 tonnes de lisier fermenté, 3 tonnes de la fraction liquide du lisier fermenté et 4 tonnes de la fraction solide. Un hectare d’herbe est fertilisé à hauteur de 83 tonnes de fumier –, 50 tonnes de lisier fermenté, 32 tonnes de la fraction liquide du lisier fermenté et une tonne de la fraction solide.

Chaque année, la ferme réserve 6 hectares d’herbe labourée à la culture du maïs. Cette culture n’est pas fertilisée, la dégradation du gazon se chargeant de lui fournir ses nutriments. « Après un début de croissance du maïs assez lent, celle-ci connaît à la mi-juin une sorte d’emballement correspondant au moment où le gazon relâche ses fertilisants ». Le schéma de rotation de la ferme est strict, basé sur trois années d’herbe, deux années de maïs et une année de culture d’ensilage plante entière. Ce dernier assolement présente l’avantage de résister à la sécheresse et de ne pas être sensible aux maladies ni aux mauvaises herbes. « En outre, la même année, de l’herbe peut être semée en dessous, ce qui fait qu’après la culture d’ensilage nous obtenons deux coupes d’herbe. Grâce à la rotation des cultures, nous rencontrons moins de problèmes avec des mauvaises herbes comme le chiendent, la morelle noire, le dactyle pelotonné. Elle protège les sols du brunissement des racines. Leur fertilité limite les besoins en fertilisants et en eau, tout cela pour des rendements supérieurs de 10 %. » À De Marke, la culture de l’herbe sous le maïs semble un principe cultural fondamental. « C’est fiable et simple à pratiquer, ça rapporte quelque chose à l’éleveur, c’est bon pour l’environnement et la fertilité du sol ! », résume Stef Groot- Nebbelink. L’herbe est semée quand le maïs atteint 40 centimètres de hauteur. « À terme, elle fixera 40 kilos d’azote par hectare sur lequel on récoltera deux tonnes de matière sèche. L’année suivante, l’azote est déduit des volumes de fertilisants épandus pendant que la culture en place maintient le niveau de matière organique du sol. »

Biogaz pour l’électricité

Grâce à la fermentation du lisier dans un fermenteur, l’exploitation produit un peu moins de 30 m3 de biogaz par m3 de lisier. La production totale d’énergie est de 500 000 mégajoules d’électricité.

En ce qui concerne l’alimentation des vaches laitières, De Marke souligne que le taux de protéines brutes dans les rations a été réduit de manière substantielle à 15 %. « D’une part, explique-t-on, cela contribue à avoir des coûts alimentaires bas et à limiter les pertes d’azote. D’autre part, trop de protéines présentent un risque pour la santé des animaux. » Une ration équilibrée de la sorte n’a pas créé de mauvaises surprises : les vaches produisent entre 8 500 et 9 000 kilos de lait par an ; l’urée dans le lait atteint seulement entre 15 et 20 mg par litre. « Un régime alimentaire sophistiqué se reflète aussi dans le niveau des émissions d’ammoniac de l’élevage. Une bonne approche nutritionnelle, estime Stef Groot-Nebbelink, est plus efficace que des adaptations apportées dans la conception de l’étable. » De fait, l’obtention du « Green label » pour les bâtiments de l’élevage n’a pas été rendue obligatoire. « Avec une moyenne de 20 kilos d’azote par hectare, nous avons largement respecté le standard actuel de 30 kilos maximum. » Les responsables de la ferme ont aussi vite compris le bénéfice qu’ils peuvent tirer de l’utilisation du fumier comme source d’énergie. « Les vaches, productrices d’énergie ? C’est possible », expliquent-ils à leurs visiteurs venus s’informer. « Le fumier des animaux est rempli d’énergie contenue dans la matière organique. Les bactéries se chargent de la fermenter pour produire du biogaz. Ensuite, ce biogaz est utilisé pour générer de l’électricité qui va nous permettre de couvrir une part importante de notre propre consommation électrique, voire, quand nous dégageons un surplus de biogaz, en faire une source de revenu intéressante. » La production de biogaz intégrée à la gestion de la fertilisation de l’exploitation ne pose aucun problème : « Le produit final contient plus d’azote absorbable immédiatement que le lisier conventionnel. Nous constatons que la fermentation du fumier devient de plus en plus intéressante pour les exploitations de taille moyenne. Nous allons assister d’ici peu à la cofermentation de coupes d’herbe, de restes alimentaires et d’autres matières organiques. »

À De Marke, on fait remarquer que les choix de conduite d’exploitation ont été profitables à l’environnement et ont eu des conséquences sur le plan économique. Certaines ont été positives, comme la baisse du nombre de jeunes animaux, l’épandage en rang du lisier et l’introduction de triticale dans la rotation des cultures. À l’opposé, des décisions favorables à l’environnement ont été coûteuses, telles que la réduction de l’apport d’azote, le semis d’une culture dérobée après le maïs et la formulation d’une ration des vaches laitières conforme à la norme pour les protéines. « Il est exact, complète Stef Groot-Nebbelink, que la fabrication de concentrés à la ferme, la réduction de la période de pâturage des vaches et plusieurs aménagements techniques afin de réduire les émissions de gaz ont entraîné des dépenses. Le bénéfice net de l’élevage a chuté de 3 à 4 centimes d’euro par litre de lait. Mais il faut savoir que nous faisons plus que ce qui est nécessaire. »

Typex magazine n°93 - juin/juillet 2010 par Dominique-J. Lefebvre

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1 Réaction pour “À la ferme laitière De Marke: Choix environnementaux et conséquences pour le troupeau”

  1. Eugène Triboi dit :

    Je vous envoie pour information notre reflexion sur l'agriculture future, basée sur des résultats propres et bibliographiques. Votre article confirme notre reflexion. Ce concept nous l'exposons dans les différentes conférances que nous tenons à la demande du monde agricole.

    Quelle agriculture pour nos régions, pour la France, pour l’Europe de demain?

    Eugène Triboi, Directeur de recherche INRA, retraité
    Anne-Marie Blondel-Triboi, Chargé de recherche INRA, retraitée
    eugene.triboi@neuf.fr

    L’agriculture française est en crise! Depuis combien de temps? Avec des petites pauses, depuis toujours! L’avenir de l’agriculture concerne tout le monde, pas seulement les agriculteurs ! Malgré une bonne connaissance des causes, les solutions ne sont pas évidentes. Le cadre étant tracé à Bruxelles, la sphère d’action du monde politique et des décideurs se limite le plus souvent soit à des discours politiques stériles, soit à des soutiens financiers temporaires pour passer la crise, comme un pansement sur une plaie. Bruxelles non plus n’a pas une large aire de manœuvre, car le soutien à l’agriculture qui est le secteur le plus euros-phage du budget de l’UE est de plus en plus contesté par de nombreux pays. De plus les effets négatifs de l’agriculture sur l’environnement, un certain suréquipement, une qualité des produits souvent aléatoire, peuvent changer l’opinion publique et « transformer » l’agriculteur en un citoyen favorisé par rapport aux 2 millions de chômeurs.
    Dans ces conditions on peut s’interroger sur notre capacité de créer une véritable agriculture durable, comment remettre l’agriculture au cœur de la société ?
    Actuellement le Ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche prépare une loi de modernisation de l’agriculture. Le cadre de ce projet a été présenté le 30 mars par le M. le Ministre Bruno Le Maire, devant la Commission économique du Sénat. L’objectif majeur du projet est la création d’un cadre global favorable au développement futur de l’agriculture française dans le cadre de l’Europe. Elle met en œuvre une politique de revenus pour l’agriculteur à la place d’une politique de prix des produits. Cette loi est certainement indispensable, mais elle n’est pas suffisante.
    D’abord, comme l'a souligné M le Ministre, son succès est étroitement lié à la future politique agricole européenne. Dans son récent discours devant la Commission de l’agriculture du Parlement européen (12 avril 2010), Dacian Ciolos, le nouveau commissaire chargé de l’Agriculture et du Développement rural, a souligné que la nouvelle PAC doit fournir les instruments nécessaires pour répondre à la volatilité croissante des marchés et pour assurer une stabilité minimale des revenus agricoles. Ainsi, la synergie des ces deux politiques, nationale et européenne, est d’un bon augure de succès pour la réalisation des objectifs fixés par cette loi. Cependant elle n’est pas suffisante car elle n’est pas accompagnée d’un projet d’agriculture capable d’assurer la transition depuis l’agriculture intensive d’aujourd’hui vers une autre agriculture, performante, durable, répondant aux attentes de la société.
    En vue d’élaborer ce projet, rappelons que l’activité agricole est la seule activité connue actuellement capable de fixer l’énergie solaire, la seule source d’énergie inépuisable, sous une forme stable, la biomasse, utilisable ultérieurement dans l’alimentation, dans les industries ou simplement comme source d’énergie renouvelable. C'est un don céleste du soleil! Ne pas utiliser ce don est une erreur fondamentale! Ainsi, « produire de l’énergie» correspond parfaitement à la mission essentielle de l’agriculture. Il en résulte aussi que pour les générations futures, pour assurer une sécurité alimentaire et même énergétique, on a besoin d'augmenter cette productivité et non de la diminuer! La future agriculture sera évidemment multifonctionnelle, et la productivité, la qualité des produits et l'environnement seront ses objectifs majeurs. Pour remplir ses missions, la future agriculture doit être autonome en intrants, notamment azotés, et en énergie: c’est la condition sine qua non de son développement durable. A partir de nos propres résultats, complétés par d’autres au niveau international, nous pouvons définir le cadre de cette future agriculture et inciter à sa réalisation.
    Cette future agriculture devra reposer sur un triptyque que nous intitulons LOME :
    • L comme Légumineuses pour assurer l’autonomie en azote et en protéines,
    • O comme Oléagineux, capables d’assurer l’énergie – carburant,
    • Me comme Méthanisation, processus de fermentation capable de transformer le Carbone de la biomasse en méthane utilisable pour produire de l’énergie électrique et de la chaleur.
    Ces 3 leviers sont interdépendants car les légumineuses produisent non seulement de l’azote (N) mais aussi de l’énergie (Carbone), les oléagineux produisent non seulement de l’énergie mais aussi des protéines –N, et les deux peuvent constituer un substrat pour la production d’énergie par méthanisation. Dans cette agriculture le principal élément exporté sera C-énergie car les autres éléments N, P, S, K, Ca, Mg, etc. seront retournés au sol avec les digests de la méthanisation sous une forme facilement assimilable par les plantes.
    1. L comme Légumineuses.
    Aujourd’hui 40% de la population mondiale est dépendante de N synthétique et dans 40 à 68% des fermes l’énergie – engrais représente la dépense majoritaire. En France, la diminution de la surface cultivée avec des légumineuses représente une perte d'au moins 300000 t d’azote. Si l'on ajoute 835 000 tonnes représentant la quantité d'azote minéral - engrais utilisé dans l'agriculture alors on arrive à une économie potentielle de 1,1 million de tonnes d'azote ce qui correspond à une économie de 1,3 million tonnes équivalent pétrole, ou plus de 1,1millard d'euros, dont plus de 600 millions en économie directe. Ces quelques données nous interrogent sur la possibilité de remplacer l’utilisation de N minéral de synthèse par N d’origine symbiotique, produit par des légumineuses.
    A l’INRA de Clermont-Ferrand, L Gachon a mis en place en 1948 la seule expérimentation de longue durée de France capable de répondre à cette question. L’analyse des résultats sur les 30 dernières années (1969-2000; Triboi E, Triboi-Blondel AM) nous a permis de quantifier d’une part la quantité potentielle d’azote d’origine symbiotique produite par les légumineuses, et d’autre part son utilisation comme engrais à court et à long terme par rapport à l’azote minéral.
    Dans la Limagne auvergnate, la luzerne s'est avérée être une vraie usine de synthèse de l'azote, car en 2 ans elle synthétise environ 1000 kg N/ha, dont 700 kg sont contenus dans la biomasse aérienne et 300 kg restant dans le sol utilisables par les cultures suivantes! En utilisant une culture de vesce en dérobé après une céréale on produit encore 50 à 100 kg N/ha. L'utilisation de ces biomasses (luzerne et vesce) comme engrais diminue le risque de lessivage de l’azote et augmente son efficacité. Ces résultats nous ont permis d’élaborer, expérimenter et valider un système de culture autonome en azote. Ces sources peuvent être majorées par l'introduction d'une culture énergétique dans laquelle on exporte uniquement le carbone et on retourne l'azote contenu dans la biomasse et par l’introduction des légumineuses en culture sur environ 1.7 million ha (>10% du SCOP) qui actuellement sont en jachère agro-industrielle. Leur utilisation pour produire des engrais N-organique combinée avec une production énergétique rendrait autonome en énergie et en N une très large proportion de l'agriculture française.
    Par exemple en Limagne dans une exploitation de 100 ha, un système de culture comportant 20% de luzerne (10% an1 et 10% an2), 10% oléagineux, 10% légumineuse à grain (petits pois par ex), 40% céréales à paille suivies d’une culture de vesce pure ou d’un mélange de légumineuses avec d’autres espèces, et 20% de cultures sarclées (maïs, betterave) produit annuellement environ 14000 kg N (luzerne: 10ha*1000=10000 kg, cultures dérobées: 40ha*75=3000 kg; légumineuse à grains: 10ha*50=500 kg ; oléagineux - tournesol: 10ha*70=700 kg). Ces 14000 kg d’azote sont largement suffisants pour fertiliser 70 % de la surface cultivée : céréales à pailles (40 ha), cultures sarclées (20 ha) et oléagineux (10ha) avec plus de 200 kg N/ha.
    2.O comme Oléagineux
    Aujourd'hui ¾ de l’énergie directe consommée par l’agriculture française est représenté par les carburants, produire son propre carburant devient donc indispensable pour l’autonomie de l’exploitation. Les oléagineux (tournesol, colza) contenant 30 – 50% de lipides sont une source importante d’énergie directement utilisable et l’huile végétale pure (HVP) obtenue par des moyens mécaniques, est aujourd'hui le seul vrai biocarburant liquide qui peut se substituer au gazole jusqu'à 100%. Notons aussi que la récente étude (février 2010) coordonnée par l’ADEME pour le compte de l’Agence de l’environnement et de la Maîtrise de l’Energie affiche clairement des bilans énergétiques et d’émission de gaz de serre plus favorables aux biocarburants que ceux des carburants fossiles. Pratiquement, avec 1 ha d’oléagineux on peut produire environ 1000 litres de HVP et 2- 2.5 tonnes de tourteaux. Ceci coûte environ 37€/ t de graines, ce qui est considéré marginal par rapport aux autres dépenses de production. Après l’extraction d’environ 90% de l’huile, les tourteaux d’oléagineux contiennent plus de 100 kg N et presque la totalité des autres éléments nutritifs phosphore, potasse, calcium, magnésium, qui après l’utilisation dans la nutrition des animaux, ou comme substrat en méthanisation ou même directe comme engrais, retournent au sol. Ainsi l’azote provenant de la minéralisation de la matière organique du sol (environ 70 kg N/ha) est restitué au sol en remplaçant l'azote minéral-engrais pour d’autres cultures. Dans ces conditions il n’est pas étonnant que de nombreux agriculteurs et même des organismes professionnels (Chambres d’agriculture, CUMA) soient attirés par la production et l’utilisation directe à la ferme des HVP.
    3.Me comme Méthanisation
    La méthanisation est un procédé qui transforme le carbone des matières organiques en méthane (CH4) par une fermentation anaérobie. Il en résulte du biogaz, qui est un mélange de 65% méthane et de 35% gaz carbonique. La méthanisation concerne presque tous les types de substrats organiques : les effluents d’élevage, les cultures énergétiques, les grains, l’herbe, le maïs ensilage, les résidus de culture. Avec une méthanisation à la ferme on peut produire 50 à 500 kW d’énergie par cogénération (mixte électrique et chaleur). Ceci assure un revenu supplémentaire qui compense la perte de revenu induite par l’introduction des cultures « énergétiques » (luzerne, oléagineux, etc.) dont la biomasse est utilisée en interne. Le résidu de fermentation, le digestat, contient une partie de C non transformé et tous les autres éléments nutritifs N, P, K, Ca, Mg, etc. Il peut être stocké et utilisé comme engrais complexe à la demande selon les besoins des plantes. Ainsi, la future loi de modernisation de l’agriculture en classant la méthanisation comme activité agricole, contribuera certainement d’une manière significative à l’autonomie énergétique de l’agriculture. Elle est indispensable pour valoriser le carbone – énergie stocké dans la biomasse des cultures (légumineuses, oléagineuses, etc.), dans les effluents d’élevage, dans les résidus de culture, et ainsi permettre à l’agriculture de remplir ses missions principales : nourrir l’homme, produire de l’énergie tout en préservant l'environnement.

    CONCLUSIONS : L'agriculture basée sur LOME sera une agriculture pour l’homme. LOME permettant une autonomie totale en énergie, en azote et en d’autres intrants, assurera un cadre stable à l’agriculture indispensable à son développement. Ce projet peut fédérer les agriculteurs vers un projet d’agriculture durable, d’autant plus que la production d’énergie sera classée comme activité agricole. Cette nouvelle agriculture est la seule qui pourra répondre aux futures demandes de la société, alimentaire, environnementale, sociale. Elle peut se présenter sous multiples formes selon les conditions locales. Elle remet l’agriculture au cœur de la société. C’est la volonté non seulement de la France mais aussi de son nouveau commissaire chargé de l’agriculture européenne : "écrire une nouvelle page de l’Europe agricole". Les décideurs ont le devoir de créer le cadre favorable pour le développement de la nouvelle agriculture et les agriculteurs ont le devoir de mettre en place cette nouvelle agriculture performante et durable.

    Références bibliographiques
    Internet
    Dacian Ciolos : Commission européenne, chargé de l'agriculture et du développement rural : L'avenir de la politique agricole européenne - Appel à un débat public. Discours devant la Commission de l'agriculture du Parlement européen, Bruxelles le 12 avril 2010
    http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/ciolos/headlines/news/2010/04/20100412_en.htm

    Bruno Le Maire: Audition par la Commission de l'économie du Sénat + débat
    http://www.publicsenat.fr/emissions/seance/audition-de-bruno-le-maire-par-la-commission-de-l-economie/bruno-le-maire/65121

    Sur l’essai de longue durée de Clermont-Ferrand
    Louis Gachon. 1975. Participation des légumineuses au bilan de l'azote en sol argilocalcaire de Limagne. Sci. Sol, Bull. AFES, 2, 89-100.
    EugèneTriboi, Anne-MarieTriboi-Blondel. 2004. Cropping system using lucerne as nitrogen sources. VIII ESA Congress: European agriculture in a global context. LVL Copenhagen, Denmark, 11-15 july 2004, Book of Proceedings, 683- 684.
    EugèneTriboi, 2008. Systèmes de culture autonomes en azote et en énergie, réalité ou utopie? Agriculture biologique et changement climatique. Contribution de l’agriculture biologique et de nos choix alimentaires à l’effet de serre Colloque international scientifique et professionnel (DVD). 17 et 18 avril, ENITA Clermont, Lempdes, France
    Eugène Triboi, Anne-Marie Triboi-Blondel. 2008. Systèmes de culture autonomes en azote et en énergie, réalité ou utopie ? Alter Agri, 89, mai - juin 2008, 17-18
    Cécile Waligora. 2009. Essai longue durée – INRA Clermont Ferrand - L’azote symbiotique, réelle alternative à l’azote minéral. TCS, 54, 11-14
    Cécile Waligora. 2010. Introduire la luzerne - De l’azote en quantité industrielle. Cultivar, mars 2010, 42- 45.

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