Interview Maurice Perrot : « Ça coûte cher d’être différent »-1ère partie (1 réaction)

Après 40 années passées dans le monde de l’élevage et notamment celui de la génétique Holstein, Maurice Perrot pose son baluchon. Parfois politiquement incorrect, Maurice Perrot a toujours revendiqué le droit à la différence et celui d’avoir souvent eu raison trop tôt. Entretien.

Thierry Lamanda et son équipe viennent de reprendre en main les destinées de Farmingtour, quel regard portez-vous sur les concours, et notamment sur les open shows ?

Rien ne remplace un concours, c’est le prolongement naturel du pointage Upra. Le pointage du troupeau est en fait une sorte de jugement intra-troupeau où le pointeur établit une hiérarchie des vaches dans le troupeau. Un concours, c’est un peu la même chose, mais à une plus grande échelle puisqu’il s’agit d’une classification inter-troupeaux. En outre cela permet de relever des écarts régionaux entre les pointeurs. L’intérêt des concours, c’est aussi pour tout éleveur qui détient une bonne vache de pouvoir la montrer, sinon il serait le seul à le savoir. C’est toujours dommage de découvrir une très bonne vache méconnue et mal valorisée. Pour les concours, disons qu’il faut savoir de quoi l’on parle et analyser à qui profite les concours à tous les échelons. Profitent-ils aux éleveurs, aux organisateurs ou aux politiques à la recherche de tribune ? Trop de concours tuent le concours. On peut commencer par les comices, qui présentent un intérêt peut-être pour le conseiller général du coin qui vient distribuer des coupes et des poignées de main. Mais plus concrètement, ces comices ont-ils encore un intérêt éducatif et professionnel ? Les fêtes rurales et les fêtes d’antan peuvent avoir du bon à condition qu’elles n’entretiennent pas la médiocrité dans le discours, surtout si, en outre, elles dépendent du budget de la collectivité ! À l’échelon supérieur, nous trouvons les concours départementaux, régionaux et interrégionaux qui présentent un réel intérêt lorsqu’ils sont bien faits. Leur intérêt éducatif est certain et permet aux éleveurs de se mesurer et éventuellement de se remettre en cause. Il y a de très beaux concours annuels comme celui d’Épinal, d’Aquitanima, du Space et du Sommet de l’élevage. Ensuite, il y a des événements nationaux comme le Sia, un salon ultrasubventionné par le ministère. On y trouve 100 Holstein sélectionnées par l’Upra. Quelques années en arrière, elles n’étaient que 50 ! Cela me paraît un peu juste pour un pays qui se dit le 3e pays laitier au monde. Lorsque j’assistais aux shows nord-américains de Toronto ou de Madison, on me demandait où aller en France pour assister à un vrai concours Holstein annuel, au même endroit chaque année, et avec au moins 350 têtes au catalogue ? J’étais gêné pour répondre, car en France les grands concours inter-régionaux restent à moins de 200 vaches. C’est en quelque sorte pour répondre à cet objectif que l’on a créé Simagena. Ce rendez-vous a redonné la parole aux exclus du Sia à une certaine époque, compte tenu du peu de place et des critères imposés par la commission de recrutement. Sans les open shows, une vache comme Langourla ne pouvait pas sortir sur les concours dits officiels ! De la même façon que chez nos pays voisins, les open shows ont maintenant trouvé leur place en France et tout retour en arrière paraît impossible. Après le Simagena et le Farmingtour, sont apparus l’open show génisses de Saint-Étienne et le Printemps des Génisses…

Dans le contexte économique actuel et en dehors de tout soutien des organisations professionnelles agricoles, le Farmingtour a-t-il un avenir ?

Je réponds d’abord par une autre question: dans le contexte actuel, les événements subventionnés ont-ils un avenir facile ? Si l’on pouvait avoir des informations plus précises sur la subvention moyenne attribuée par vache et par concours, alors votre question serait formulée autrement. En organisant des événements comme les open shows, j’ai compris que cela coûte cher d’être différent et de faire différent. Concrètement, pour un événement comme Farmingtour, il faut trouver une bonne douzaine de sponsors initiés et convaincus pour boucler le budget. Contrairement à une idée reçue, il ne faut pas croire que l’organisation d’un grand concours exige un gros budget. Vous trouvez des petits concours avec un gros budget et des grands concours avec un petit budget. Ceci étant dit, nous réclamons le droit à la différence et donc nous respectons ceux qui sont différents de nous, même si au final on est un peu copié… Il y a un point qui reste à l’avantage des open shows : c’est le prix de famille. En effet dans un open show, l’éleveur inscrit le nombre d’animaux qu’il veut. Les très bons sélectionneurs savent présenter plusieurs vaches de la même famille maternelle. Avec une bonne douzaine de lots pour le Prix de Famille, le concours prend un tout autre sens.

Comment expliquez-vous que sur les rings les championnes soient avant tout nord-américaines ?

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Retrouvez l'intégralité de l'article Maurice Perrot : "ça coûte cher d'être différent" dans Typex magazine février-mars n°91

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1 Réaction pour “Interview Maurice Perrot : « Ça coûte cher d’être différent »-1ère partie (1 réaction)”

  1. WOLF dit :

    Pour appuyer le slogan "çà coute cher d'être différent ".J'ai vécu à peu de chose le même scénario en tant que technicien de CIA .En 1972 ,j'avais conseillé à nos éleveurs d'utiliser les taureaux "holstein " au détriment de la souche nord-hollandaise. Résultat de l'opération : un blàme et en disgrace de la part de la direction.C'est pénible d'avoir raison et surtout si on né trop tôt par rapport à l'évolution .Que MAURICE se console il n'est pas seul.

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