Kverneland : Isobus sur grand écran

Le 17 mars 2010, Kverneland group lançait à Saint-Jean-de-Braye (45) l’Isobus Day. Une initiative pour rappeler que le standard de communication informatique agricole Isobus découle d’un brevet déposé il y a plus de 25 ans par le constructeur de matériel agricole norvégien. Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, le pionnier de l’Isobus en a profité pour présenter sa nouvelle console à la presse : IsoMatch Tellus, qui a vocation à être installée dans toutes les cabines de tracteurs pour commander les outils de travaux agricoles, sera commercialisée à l’automne 2010.

Le nouveau concept de console électronique embarquée de Kverneland a été présenté en avant-première à la presse agricole le 17 mars.

Répondant à la norme communication Isobus 11783, l’IsoMatch Tellus permet de communiquer avec tous les ordinateurs embarqués des machines de travail et des tracteurs. L’IsoMatch Tellus a vocation à remplacer la multitude d’écrans de commandes des différents matériels. Avec cette nouvelle génération de console, le groupe norvégien ambitionne de s’imposer comme la nouvelle référence de l’électronique agricole. L’IsoMatch Tellus prend la succession de la console Tellus. Cette console Isobus 2e génération se distingue immédiatement de la première par sa taille et son ergonomie. L’écran de l’IsoMatch Tellus est grand, et même, pour tout dire, très grand. La console mesure 12,1 pouces, soit en langage métrique plus de 30 centimètres, soit pratiquement l’équivalent d’une page A4. Ce n’est pas tout à fait par hasard : Kverneland, et plus précisément Méchatronic, sa division électronique qui est basée aux Pays-Bas, a clairement donné un look de book à sa console.

Une console pour les gros doigts

L’IsoMatch Tellus peut s’installer sur tous les tracteurs et permet de commander les outils de toutes les marques dont les ordinateurs embarqués communiquent selon le protocole Isobus

IsoMatch Tellus ressemble ainsi à un livre de bord électronique. Kverneland a fait le choix radical du tout tactile. IsoMatch Tellus se commande uniquement en touchant l’écran. Toutes les touches-poussoirs ont été ainsi supprimées. Ce principe initial commande toute la conception de la console. Elle est ainsi dotée d’une poignée sur son côté droit. Outre qu’elle lui confère un aspect de reliure de gros livre, son intérêt est de permettre une bonne prise en main de l’appareil. L’astuce ergonomique consiste à fournir un point d’appui à l’utilisateur. Cette stabilité offre une plus grande précision dans le maniement de l’appareil. Alors que jusqu’à maintenant l’utilisateur employait plutôt l’index pour appuyer sur les touches et les boutons de sa console, l’IsoMatch Tellus induit l’utilisation du pouce qui tremble moins. Bien cramponné à la poignée latérale de la console, le conducteur peut jouer du pouce baladeur pour activer la dizaine de fonctions qui lui sont proposées sur le grand menu situé à droite de l’écran. Le maniement est ainsi très précis, même en cas de secousse. Combinée avec l’utilisation de gros pictogrammes qui est rendue possible grâce au grand écran, le maniement de l’IsoMatch Tellus est aisé. C’est assurément une console faite pour tous les “gros doigts” qui jugent le maniement des petites touches et des petits écrans exaspérant. L’IsoMatch Tellus plaira aux “grosses paluches”. Reste à savoir combien de temps l’écran tactile sera capable de résister aux salissures. Si par malheur besoin était de se laver les mains avant de caresser l’écran, l’IsoMatch Tellus pourrait bien voir le pouce des utilisateurs se tourner vers le bas…

Le grand écran a d’autres avantages : on peut le fractionner en deux ou quatre espaces. Un partage qui permet d’afficher les paramètres de la machine et du tracteur de manière simultanée. Ainsi l’utilisateur n’a plus besoin de passer d’un écran à un autre pour intervenir et modifier des paramètres. Ce dispositif est particulièrement bien adapté pour ceux que l’emploi des menus en cascade rebute. Avec l’IsoMatch Tellus, toutes les fonctions sont affichées et visibles, pas besoin de zapper d’un écran à l’autre au risque de se perdre et de commettre des erreurs. De plus, vous pouvez même utiliser une partie de l’écran pour y visualiser les images de la caméra de contrôle, et l’autre comme GPS par exemple. Il dispose à son sommet d’une touche “arrêt d’urgence” qui permet de stopper immédiatement les commandes de la machine au travail sans couper celles du tracteur et sans avoir à rechercher la fonction dans des menus cachés sous de multiples couches d’écran.

La grande Tellus fera-t-elle tache d’huile ?

La révolution ergonomique proposée par Kverneland est indéniable. Le pari est de faire de l’IsoMatch Tellus un moyen d’attirer de nouveaux adeptes vers l’électronique embarquée, et plus globalement d’imposer l’Isobus comme le seul standard du machinisme agricole. Commercialement, Kverneland vise le marché de la remonte. L’installation de l’IsoMatch Tellus n’est pas bien difficile, puisqu’il suffit de trouver un seul point de fixation dans la cabine. Si le tracteur est prééquipé Isobus, il n’y a plus qu’à la connecter comme un simple écran d’ordinateur. Si ce n’est pas le cas, il suffit de faire passer le faisceau de câble dans les capotages et d’installer la prise neuf broches Isobus à côté des prises hydrauliques à l’arrière du tracteur.

Le marché du premier équipement d’usine est déjà largement occupé par les tractoristes qui n’ont pas attendu Kverneland pour faire des consoles électroniques. Ils ont déjà tous leurs modèles qu’ils font réaliser par des spécialistes de l’électronique pratiquant l’OEM (Original Equipment Manufacturer). Ainsi les consoles des tractoristes constituent un élément structurant du design des cabines des tracteurs et des automoteurs. Cependant, comme il y a plus de tracteurs dans les champs que sur les chaînes de montage, le pari du groupe norvégien est arithmétiquement judicieux. Mais pour être gagné, il suppose que le client se convertisse à l’électronique embarquée sans avoir envie de changer de tracteur. Les clients peuvent aussi faire le calcul de choisir des versions de tracteur plus économiques, en exigeant uniquement le câblage Isobus pour conserver le choix de leur environnement d’informatique embarquée. Dans ce cas, l’offre tarifaire pratiquée par Kverneland (3 500 € pour la console IsoMatch Tellus) est déjà avantageuse. Si l’acquisition se fait en couplage avec l’achat d’une machine de travail Isobus, l’acquisition de la console IsoMatch Tellus devient très compétitive.

La console peut aussi être installée sur d’autres machines et équiper les automoteurs qui ont des temps de travail plus saisonniers. Elle est en effet capable de lire tous les programmes informatiques de n’importe quel ordinateur de matériel, du moment que celui-ci peut communiquer sous le protocole Isobus.

L’Isobus Day aura-t-il un lendemain ?

L’intérêt et l’originalité de la présentation de Kverneland dans le cadre de l’Isobus Day est d’avoir aussi fait de la place aux matériels concurrents de l’IsoMatch Tellus. Ils étaient visibles à l’intérieur des cabines des tracteurs qui, pour l’occasion, étaient attelés à des machines-outils Kverneland (pulvérisateur, semoir). De ce point de vue, l’Isobus Day valait le détour, puisque la présentation a permis de montrer que les programmes informatiques des machines Kverneland fonctionnaient aussi bien sur la console IsoMatch Tellus que sur le Cebis de Claas, la console John Deere, le terminal AGCO visible sur le Massey Fergusson comme sur le Fendt ou encore sur la console du groupe NH qui équipe les versions haute et moyenne gammes des tracteurs New Holland et Case IH.

Le résultat était assez saisissant tant les différences entre deux consoles pouvaient apparaître grandes. Là où les commandes étaient tactiles sur l’IsoMatch Tellus et devenaient des boutons sur d’autres consoles, dans un cas les menus étaient déroulants, dans un autre la sélection se faisait par pictogrammes.

Les différences étaient spectaculaires, pourtant, dans tous les cas les fonctionnalités des programmes informatiques étaient intégralement conservées. Seules diffèrent l’ergonomie et la simplicité d’utilisation.

L’Isobus Day aura permis de démontrer que la compatibilité électronique n’est plus un mythe. Après dix ans d’errements et de bugs en série, les sceptiques de l’informatique embarquée, comme ceux à qui les puces finissaient par donner des boutons, seront rassurés. Avec l’Isobus, le dialogue entre machine et tracteur est possible et le monde de l’électronique agricole est en passe de sortir de la tour de Babel. Reste à savoir si l’Isobus Day, qui a été organisé par Kverneland avec la bénédiction de l’AEF (Agri-cultural industry Electronics Foundation) aura un lendemain.

Article classé sous: Actualités, Matériel agricole

Mots-clefs:

Vous pouvez ajouter une réaction.

Laisser une réaction

Tout droits réservés © 2009-2012 Editions Fitamant