“La participation aux concours est à un seuil critique”, Entretien avec Alain Hogge (1)
Typex Magazine : L’École européenne des jeunes éleveurs organisée par votre association connaît-elle toujours autant de succès ?

Alain Hogge : « L’école dure cinq jours sur le site de la foire de Battice. Il y a trois jours de formation, au choix en français, allemand, anglais et néerlandais ; et deux jours de concours. »
Alain Hogge : Chaque année, nous continuons d’accueillir près de 130 jeunes de 13 à 25 ans. Certains en activité chez leurs parents, les autres pas, mais tous passionnés par la génétique. Nous sommes rapidement complet. Nous avons programmé cette année plusieurs nouveaux ateliers : chargement et évaluation du pis, parage des pieds, alimentation spécifique concours. Nous avons ajouté une discussion entre les jeunes et un éleveur et juge qui, en plus de son expérience des concours, est un exemple d’éthique. Il est important d’enseigner le respect de ses collègues éleveurs, du juge et de l’organisation et de montrer que les concours peuvent apporter beaucoup de choses sur le plan personnel. Il ne faut pas seulement retenir les aspects financiers. Les concours sont un lieu d’échanges. Ils ont un rôle social déterminant.
Quels rapports les jeunes entretiennent-ils, selon vous, avec les concours d’animaux ?
A. H. : On ne peut pas dire que les jeunes soient très acharnés à participer à tous les concours du calendrier. Nous sommes un peu inquiets. La motivation est présente, mais il faut compter avec la réalité économique du troupeau. Toutefois, il est exact que de jeunes éleveurs investissent dans la génétique. Nous avons cinq grands rendez-vous en Wallonie : le National de Bruxelles, en alternance avec Tournai ; la Nuit de la Holstein à Libramont pour les animaux du Benelux ; la foire de Battice et l’École des jeunes éleveurs avec son « open génisses » et le show de la province de Liège ; Ath by Night, show du Hainaut et du Brabant avec une criée d’élite ; et la foire de Libramont avec son « open » wallon. Le nombre de participants et d’animaux inscrits dans les concours est en baisse constante. Nous atteignons un seuil critique, sauf pour la Nuit de la Holstein avec 35 éleveurs et 120 inscriptions. En revanche, le niveau moyen des vaches présentées s’élève.
Comment expliquez-vous cette évolution ?
A. H. : La crise du lait a une grande part de responsabilité, de même que l’éventualité d’un retour sur investissement insuffisant d’une participation à un concours. D’autre part, conséquence de l’élévation du niveau des animaux, les éleveurs n’inscrivent que leurs meilleures vaches. Cependant, il y a d’autres raisons. La professionnalisation de certaines fermes dans la préparation de leurs animaux décourage celles qui ne se sentent pas à la hauteur. Les contraintes sanitaires sont parfois perçues comme un frein. Le choix d’une génétique fonctionnelle dans les élevages fondée sur la longévité des vaches, la fertilité, la production de lait éloigne de la préoccupation de faire naître de beaux animaux de concours.
Comment voyez-vous l’avenir ?
A. H. : Une autre vache laitière et un autre éleveur sont en préparation. L’animal sera plus fonctionnel, basé sur les traits économiques de la morphologie. L’éleveur sera à la tête de troupeaux de plus en plus grands dans des élevages équipés des derniers robots de traite. Le nombre de concours d’animaux va continuer de diminuer. On va d’ailleurs s’éloigner du profil type des animaux de concours. C’est un fait qui aura tendance à s’accentuer.
TYpex magazine n°97 février-mars 2011 Propos recueillis par D.-J. L.
(1) Directeur du marketing et commercial de l’Association wallonne de l’élevage (AWE), à Ciney, en Wallonie.



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