Tech et Bio 2010: Transmettre les pratiques
Les 23 et 24 juin derniers, le rendez-vous Tech et Bio des éleveurs de l’Ouest a fait l’objet de démonstrations très suivies autour du désherbage mécanique.

Bineuse à céréales Hatzentbichler 6 m en action, soc de 20 cm, 30 cm d’interrang. Détail d’une bineuse à maïs 6 rangs à 75 cm d’écartement (même fabricant). Une herse étrille 12 m (dents de 7 mm) a aussi montré ses atouts.
L’agriculture change : plan Écophyto, champs de molécules réduits, Mesures Agro Environnementales (MAE)… L’agriculteur est encouragé à faire évoluer son système de production. C’est dans cet esprit que s’est tenu Tech et Bio 2010 qui invitait le monde agricole du Grand Ouest, en particulier les producteurs conventionnels, à venir s’informer sur les techniques bio. Pari réussi semble-t-il, puisqu’ils ont formé les trois quarts des 4 000 visiteurs. Ce rendez-vous, à l’initiative de trois chambres d’agriculture régionales (Pays de la Loire, Normandie, Bretagne), mis en place à la ferme expérimentale bio de Thorigné-d’Anjou (49) leur a permis de voir en action les bineuses ou autres herses étrilles, des techniques transposables dans tous les systèmes, et d’interroger leurs utilisateurs.
Scalper les mauvaises herbes
“Vous binez à combien ?”, demande un visiteur à Eric Petit, producteur bio en démonstration à l’atelier machinisme. “2 à 3 cm, 5 cm max, on scalpe la mauvaise herbe”, explique ce dernier. À la ferme expérimentale bio de Thorigné-d’Anjou, les discussions techniques vont bon train sous un soleil matinal déjà chaud, l’idéal pour faire griller les mauvaises herbes. Le site de la manifestation s’étale sur 22 ha. Des parcelles de maïs et de céréales bio sont dédiées aux essais. “Pour les maïs, je fais jusqu’à 4 passages de herse étrille, précise le producteur, réputé très exigeant sur la propreté. La bataille est de ne pas avoir de rangs sales. Avec une herse de 12 m je fais jusqu’à 12 ha/h. Et je commence le binage au stade 3 feuilles du maïs avec un débit de chantier de 4 ha/ h”. “La houe rotative est utile dans le processus et peut même parfois se substituer à la herse étrille, à chacun de trouver son itinéraire technique, ajoute Soazig Perche, conseillère en agronomie à la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Pour obtenir de bons résultats, le chauffeur doit s’approprier les machines et avoir un vrai attrait pour cette activité”. Éric Petit a rappelé en préambule le double intérêt de la bineuse : désherbage et minéralisation. “Nous voulons montrer aux producteurs conventionnels comment ils peuvent diminuer les produits”. La bineuse d’Éric Petit, une Hatzenbichler frontale, avance dans une parcelle d’avoine. “Des bineuses à céréales, il en manque en Maine-et-Loire”, confie un technicien. L’outil n’est pas nouveau, mais encore peu acheté. Pour les maïs, Éric Petit a aussi opté pour le frontal. “C’est pratique, peu fatigant, à moindre coût, explique-t-il au public. Le guidage, c’est l’oeil du chauffeur. Mais il faut un semis bien rectiligne et des bineuses et des semoirs compatibles”.
Qu’en pensent les producteurs ?
“On essaie de trouver des techniques pour cultiver sans problème, explique cet éleveur bovin mayennais, en première année de conversion au bio. Le désherbage mécanique m’intéresse forcément. Faire appel à un entrepreneur ? À voir, parce que j’ai de petites surfaces et des terrains pentus”. Une démonstration très suivie sur le labour agronomique se termine. “Quelle est la qualité de désherbage de la charrue ?, demande un éleveur volailler venu de Quimper, lui aussi en conversion. Avant je désherbais au glyphosate pour mes blé et orge de printemps, maintenant il me faut trouver d’autres solutions. Une entreprise fait mes labours, mais le binage ou le hersage, je le ferai sans doute moi-même”. Autour de la bineuse, un groupe de producteurs conventionnels normands s’interrogent. “Nous sommes curieux de nature, mais pour nous faire adhérer à ces techniques, elles doivent être parfaites, explique Alexandre, éleveur porcin. Le bio ne nous satisfait pas à 100 % sur les problèmes de salissure”. “Moi je dis pourquoi pas, mais je veux conserver du rendement”, ajoute Yves, éleveur de vaches allaitantes, près du Mont-Saint-Michel. “Ils sont en réflexion, constate Soazig Perche. Et s’ils ont fait le déplacement jusqu’ici, c’est qu’ils s’y intéressent”.
Et les entrepreneurs ?
“Ça marche bien, les clients sont satisfaits, le binage, c’est un bon petit créneau pour nous”, assure Bertrand Legalais. Cet entrepreneur installé à Quédillac, en lisière d’Ille-et-Vilaine et des Côtesd’Armor, ne regrette pas son choix. Pour sa jeune entreprise lancée il y a 4 ans, ces “prestations de niche” l’aident à “joindre les deux bouts”. En mai dernier il acquiert une bineuse tractée (Carré) pour démarrer les prestations quelques semaines plus tard. “Nous sentions venir des demandes avec les MAE, ajoute-t-il. J’ai commencé avec près de 25 clients sur 200 ha. En cette année super sèche, c’est même plus efficace que les traitements plus ou moins réussis selon l’hygrométrie. Et le binage est bien utile après les coups d’orage, pour casser les croûtes de nos sols battants”. Jérôme Guillon, entrepreneur à Vitré, confirme cet autre intérêt des techniques de désherbage mécanique. “De cette manière, le maïs ne fatigue pas pendant la levée”, précise ce dernier. Il y a 4 ans, il investissait dans une houe rotative traînée (Moro Pietro), un outil à près de 14 000 euros, composé de 76 roues à doigts. “J’ai répondu à un appel d’offres du Symeval, le syndicat mixte des eaux de la Valière, pour intervenir auprès d’agriculteurs en MAE sur le bassin versant “Vilaine Amont”, explique-t-il. Je fais entre 100 et 200 ha de désherbage par saison. Mais depuis l’achat de ce matériel, il m’arrive aussi de réaliser jusqu’à 500 ha de décroûtage. Dans ce cas, c’est plus intéressant”.
MAE incitative
“60 % des surfaces que je bine sont en MAE, précise l’entrepreneur Bertrand Legalais. Il y a une prise de conscience sur l’évolution des pratiques”. En Ille-et- Vilaine, la houe rotative de Jérôme Guillon s’inscrit dans un itinéraire technique dont Agrobio35, groupement de producteurs bio, à la charge du suivi (réunions de précampagne, désignation des variétés, dates de semis…). “J’interviens au stade filament des adventices, puis une deuxième fois au stade 4 feuilles du maïs, explique l’entrepreneur. On retarde au maximum les mauvaises herbes sans ralentir les maïs. Mais certains producteurs prennent ça un peu à la légère. Et une fois le suivi terminé, ils ont du mal à gérer seuls et ne savent pas toujours quand me faire intervenir. Ils devraient au contraire considérer que cette aide puisse les rendre autonome. Nous pourrions ainsi travailler de manière plus efficace, car ce sont souvent des travaux de dernière minute. J’arrive à gérer, mais parce que j’ai une équipe de 18 personnes”. Pourtant, l’entrepreneur veut y croire. “Il faut baisser en chimique, c’est évident, de 50, voire 75 %, estime-t-il. Ce matériel peut nous y aider. Allons-y. De plus, la houe rotative oxygène les sols. La plupart de ceux qui l’utilisent ont de meilleurs maïs. L’un de mes clients dit avoir gagné 2 t de matières sèches. Mais les terrains doivent être très bien semés, plats et bien nivelés. Il y a un potentiel pour les entrepreneurs, mais il faut emmener le principe jusqu’au bout avec la bineuse en plus. C’est mon but l’année prochaine”.
Par Frédéric Ripoche





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