Les éleveurs ne sont pas des vaches à lait !

Chez les éleveurs laitiers, la colère gronde toujours.
« Raz le bol d’être la vache à lait de la grande distribution », déclarent les éleveurs aux quatre coins de la France. Ils le font savoir en multipliant les blocages de supermarchés.
Le gouvernement n’a pourtant pas ménagé sa peine : en deux semaines, il a débloqué 30 millions d’euros, annoncé l’organisation de « groupes de travail», tenté d’organiser le sauvetage du fromager Entremont, et promis l’envoi d’une brigade de 120 inspecteurs de la DGCCRF pour contrôler les marges des distributeurs. Malgré cela, le 22 juin, les éleveurs étaient des milliers à manifester à Luxembourg.
Les Préfectures, les trésoreries, les laiteries et les supermarchés sont toujours placés en état d’alerte. Rien ne semble vouloir apaiser les éleveurs. Depuis l’accord de Luxembourg de 2003 qui met fin, d’ici à 2015, au soutien européen à la filière laitière, la profession est inquiète. La lourde rechute des prix a mis les nerfs des éleveurs à vif.
D’autant que le recul des prix en sortie d’usine et en rayon est moindre.
Quand la tendance pour les éleveurs et les industriels est à la baisse - entre 2003 et 2007 -, le prix du lait dans les rayons ne bouge pas d’un iota. Mais dès que la facture laitière gonfle, la grande distribution suit. Et quand, en septembre 2008, la pression retombe... le consommateur n’y voit goutte!
D’où l’exaspération des agriculteurs contre la distribution.
De plus, depuis l’été 2007, une extraordinaire volatilité agite la filière. La sécheresse en Australie et l’augmentation de la consommation mondiale ont généré une pénurie mondiale.
La spéculation aidant, beurre et poudre atteignent des prix stratosphériques. La production de lait redevient attractive. Résultat: aujourd’hui, la surproduction mondiale atteint 3,4 milliards de litres. D’où la chute des cours. Pour éviter les à-coups conjoncturels, la production laitière est subventionnée. Depuis 2003, les producteurs touchent une aide directe de 11 euros, puis 25, puis 35 euros aux 1 000 litres. Un cadeau empoisonné : il a contribué à faire baisser les prix.

Quid du marché de la génétique ?
Pour le petit monde de la génétique Holstein, les conséquences sont importantes et, en France, les taureaux de ferme se multiplient comme des petits pains. Les coopératives commencent à sentir une lègère baisse du nombre d’IA. Le recours aux taureaux de ferme n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour les sélectionneurs dont certains vendent de plus en plus de jeunes mâles.
Attention toutefois au réveil difficile, car la génétique se conçoit sur le long terme alors que la logique économique est généralement à très courte échéance.Tout le monde semble vouloir s’adapter. Au Canada, pourtant, la dernière vente organisée par Pierre Boulet a battu des records : une Holstein s’est vendue pour plus de 50 000 euros. Bref, la demande pour une génétique haut de gamme est toujours là. Faut-il suivre ce modèle canadien ou s’en méfier. Faut-il y voir une sorte de bulle financière ? à chacun ses réponses.

Edito Typex magazine n°87 -juin/juillet 2009 par Erwan Le Duc

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