Mélangeuse : Comment concilier alimentation, environnement et économie?

Chaque étape de l’activité agricole produit son lot de conséquences préjudiciables à l’environnement. Bien souvent mal maîtrisée, la distribution des aliments ne déroge pas à cette règle. Quelques actions simples pourraient cependant bien souvent améliorer sensiblement la situation actuelle, tout en générant des économies appréciables par les temps qui courent.

Une récente enquête réalisée au Safir auprès d’une centaine d’éleveurs montre que plus de 80 % d’entre eux n’ont qu’une idée très vague du coût réel que représente la distribution des aliments dans leur exploitation. Face à ce chiffre, on peut malheureusement penser que les conséquences de cette activité sur l’environnement ne sont guère mieux maîtrisées. Pour cette raison, l’association Farre (Forum de l’Agriculture Raisonnée respectueuse de l’environnement) travaille en étroite collaboration avec de nombreux constructeurs de matériels agricoles pour rechercher et faire connaître des pistes d’amélioration qui pourraient rendre l’usage des matériels plus compatibles avec les exigences actuelles. Parmi ces professionnels des entreprises, Lucas s’intéresse tout particulièrement au matériel de distribution des aliments en essayant de trouver des solutions innovantes. Sans pour autant en revenir à l’usage exclusif de la fourche et de la brouette, une réflexion approfondie et la mise en place de quelques règles simples permettraient sans aucun doute d’améliorer sensiblement la situation actuelle. Ces mêmes actions pourraient également générer, au passage, de sérieuses économies, très appréciables par les temps qui courent.

L’alimentation des animaux peut se décomposer en trois étapes : chargement, mélange, distribution. Chacune de ces étapes peut faire l’objet d’améliorations. Pour cela, constructeurs de matériels et utilisateurs doivent chacun faire leur part d’effort en répondant au mieux à de nombreuses contraintes.

Un mode de chargement adapté

Côté constructeur, en ce qui concerne le chargement, il est essentiel de concevoir des systèmes peu gourmands en énergie. Utiliser le moteur surpuissant d’une automotrice pour charger quelques kilos de fourrage ne semble pas être la solution la plus judicieuse. De nombreux constructeurs proposent donc des chargeurs autonomes adaptés à toutes les tailles de cheptel. Cette solution permet de réduire sensiblement la consommation de carburant tout en offrant une maniabilité supérieure, donc un gain de temps. Sur ces matériels, les constructeurs recherchent sans cesse de nouveaux équipements comme les commandes électroniques pour rendre les chargeurs toujours plus rapides et réduire la consommation totale.

Les solutions proposées doivent offrir la possibilité d’incorporer des fibres longues sans pour autant trop défibrer les produits fragiles. Elles doivent également autoriser le chargement de gros blocs tout en limitant les risques de pertes. Si le godet de chargement est incapable d’effectuer ces dernières fonctions, c’est la machine de mélange qui doit prendre le relais par les sections plus ou moins agressives montées sur les machines à vis verticales ou horizontales. Parmi les machines à pales, certains modèles comme les «Qualimix» de Lucas disposent d’un système original de deux vis latérales capables de débiter les produits les plus récalcitrants. Leur disposition latérale permet cependant d’introduire directement les produits les plus fragiles par le côté opposé sans prendre le risque de les dégrader.

Pour maîtriser les quantités et ainsi éviter le gaspillage, les constructeurs proposent des systèmes de pesée toujours plus précis et capables de mémoriser un maximum d’informations. Ces équipements doivent être simples d’utilisation et l’affichage toujours visible pour le chauffeur.

Du choix de la ration à la pesée, tout a de l’importance

L’utilisateur n’est pas en reste, il peut également avoir une action primordiale sur l’environnement lors des opérations de chargement. Même avec un appareil performant, il doit contrôler la consommation de carburant, mais aussi gérer les produits avec rigueur pour éviter tout gaspillage. C’est d’abord le choix de l’ensemble des composants de la ration qui va déterminer en partie les contraintes lors du chargement, ne serait-ce que par les volumes à transporter et le nombre des composants choisis. Ce sont ensuite les techniques de conditionnement qui faciliteront ou non la reprise .Selon qu’il se présente en balles parallélépipédiques ou en balles rondes, les possibilités de manutention et celles d’incorporation d’un fourrage dans la machine peuvent changer. Le temps de chargement peut alors évoluer de manière significative si la machine utilisée est mal adaptée.

Comme sur de nombreux matériels, l’électronique embarquée améliore sensiblement la qualité du travail si elle est bien utilisée.

La conception, les dimensions et la disposition des silos influent également sensiblement sur les temps de déplacement, donc sur la consommation, mais aussi sur les pertes de produits occasionnées lors des chargements. La multiplication des points de prélèvement peut également faire croître rapidement la consommation globale, de même qu’un mauvais aménagement des abords qui oblige à faire appel à des engins surpuissants pour circuler en toute sécurité. Parmi tous les modèles proposés, le choix des caractéristiques de l’outil de chargement est primordial. Sa capacité doit être parfaitement adaptée aux besoins réels. Un godet trop grand rend la prise plus difficile, surtout pour les produits présents en faible quantité. Un volume trop faible entraîne un nombre de manoeuvres préjudiciable à l’organisation du chantier. La mauvaise visibilité, le manque de souplesse d’utilisation sont autant de handicaps qui peuvent également poser de gros problèmes. À capacité de charge identique, les performances de certains petits chargeurs compacts sont beaucoup plus favorables que celles de certains chargeurs sur tracteurs. On constate malheureusement une tendance au suréquipement qui favorise le confort au détriment de la rentabilité et du respect de l’environnement. Enfin, la parfaite maîtrise de toutes les fonctions du système de pesée est un gage du respect de l’environnement. Elle limite les déplacements et réduit le gaspillage.

Savoir choisir une technique de mélange mais aussi son mode d’entraînement

Au coeur de l’activité, la phase de mélange génère également son lot de nuisances en fonction de la puissance et du temps qu’elle demande. En produisant plus ou moins de refus, la qualité du produit final, au même titre que le gaspillage, influe sur l’environnement en accroissant le volume des déchets, mais aussi en imposant des surfaces agricoles utiles à la production plus importantes. Pour tenter de réduire ces nuisances, les constructeurs recherchent des solutions techniques moins gourmandes en énergie. Le choix entre vis verticale, vis horizontale ou système à pales détermine en grande partie la puissance installée et le temps de mélange, mais dans chacune de ces catégories les détails de conception peuvent entraîner des écarts encore plus importants. Il en va de même pour l’homogénéité du mélange et les risques de défibrage des matières fragiles. Le choix du type d’entraînement peut à son tour venir perturber les résultats obtenus. Sur certains chantiers, l’utilisation d’un tracteur de forte puissance pour charger et d’un second tracteur pour assurer le mélange entraîne des consommations élevées. Il en va de même pour certaines automotrices dotées d’un gros moteur qui doit tout à la fois assurer le déplacement, le chargement et le mélange. Sur les automotrices, l’usage exclusif de l’hydraulique rend l’utilisation de la machine beaucoup plus facile, mais provoque des pertes de puissance importantes. La «Qualimix+» de Lucas se distingue par l’utilisation d’un moteur auxiliaire qui consomme très peu durant la phase de mélange. Un plein toutes les trois semaines pour une centaine d’animaux, aux dires de certains utilisateurs. La mélangeuse peut être déplacée avec un engin de chargement de taille modeste. Ces ensembles sont moins spectaculaires que les automotrices de capacité équivalente, ce qui représente parfois un frein à la vente. Ils ont cependant le gros avantage d’offrir une consommation globale réduite pour un investissement total plus que raisonnable.

Une grande responsabilité de l’utilisateur

Placées entre les mains d’un utilisateur peu attentif, les machines les plus performantes peuvent se révéler catastrophiques. Une machine à moitié remplie consommera autant qu’à pleine charge et effectuera un mélange de mauvaise qualité. Il est donc parfois préférable de faire le choix d’un équipement de moindre capacité au risque de devoir faire deux distributions en période de pointe, plutôt que de tourner le plus souvent avec une machine à demicharge. Pour limiter la consommation de carburant et réduire les refus, l’utilisateur doit également faire preuve d’une parfaite maîtrise du niveau de mélange recherché qui lui permettra de définir avec précision la durée du mélange. Il est indispensable d’éviter de faire tourner les machines à vide, mais aussi de tourner trop longtemps à pleine charge. Le boîtier de contrôle prend alors toute son importance, comme la télécommande du démarrage du moteur de la mélangeuse, lorsque le chargement s’effectue avec un engin indépendant.

Une distribution régulière limite le gaspillage, donc la pollution.

Malheureusement, certains équipements ne permettent pas de dissocier complètement chargement et mélange. On se trouve dans l’obligation de faire tourner deux moteurs en continu lorsqu’un tracteur est attelé à la mélangeuse alors qu’un second sert au chargement, ou d’effectuer de nombreux déplacements d’un engin à l’autre. On peut également être amené à sous-utiliser un moteur surpuissant pour le travail demandé sur certains ensembles automoteurs. Dernière étape du processus : la distribution qui peut aussi engendrer des nuisances. Il est avant tout nécessaire d’avoir une répartition régulière, mais aussi de déposer le produit de manière précise afin d’éviter le gaspillage en projetant de l’aliment sous les pattes des animaux ou à une distance telle que ces derniers ne puissent s’alimenter.

Côté constructeur, cela signifie une conception de machine qui permet de doser avec précision le débit de produit. La sortie doit pouvoir se régler pour s’adapter à tous les produits et à tous les types de bâtiments, et si possible à tous les sens de circulation. Bien qu’elle ne soit pas toujours liée à la machine de distribution, la vitesse d’avancement est également un des paramètres essentiels d’une bonne alimentation. Il en est de même de la visibilité sur la zone de distribution et de la maniabilité de l’ensemble. Toute irrégularité génère des amoncellements que les animaux ont parfois du mal à gérer, ce qui favorise le gaspillage. La vidange complète des machines est également une préoccupation importante. Elle est parfois bien difficile à obtenir, ce qui favorise la fermentation des résidus. Certaines machines peuvent se vider complètement moyennant un régime moteur soutenu, ce qui augmente sensiblement la consommation totale du cycle de distribution. Pour valoriser au mieux les performances de son équipement, l’utilisateur se doit de bien étudier le parcours qu’il effectue. Celui-ci doit pouvoir s’effectuer sans embûche (terrain en mauvais état, virages trop serrés, manoeuvres complexes, passages trop étroits…). Arrivé devant les auges, le chauffeur doit évaluer avec précision sa vitesse d’avancement tout en veillant en permanence au bon positionnement de la goulotte de distribution. Le travail achevé, il est essentiel de s’assurer que la vidange s’est bien faite intégralement, avant de passer au diverses opérations d’entretien avec un maximum de rigueur. La prise en compte de toutes ces exigences parmi bien d’autres permettra sans doute aux éleveurs d’améliorer leur situation financière tout en répondant aux exigences environnementales actuelles.

Typex magazine n°90 - décembre/janvier 2010 par Gérard Vromandt

Article classé sous: Environnement, Equipement d'élevage

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