Financement du matériel: Les opérateurs dans les starting-blocks

La succession des crises financière et agricole n’a entamé ni la foi ni les capacités des établissements financiers. Malgré les troubles de la période, les conditions d’accès au crédit et les formules de financement évoluent peu. Alors que l’arrêt des investissements commence à montrer ses limites, les opérateurs sont dans les starting-blocks.

Qu’elles soient agricoles, économiques, financières, sociales etc., les crises ont toutes un point commun : leur déclenchement peut être daté assez précisément. En l’occurrence, la crise qui secoue la planète depuis deux ans maintenant et qui n’aura épargné aucun secteur économique a comme élément déclencheur la faillite de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers. C’était le 15 septembre 2008. Les sorties de crise sont par contre beaucoup plus difficiles à dater précisément et rares sont les acteurs politiques ou économiques à décréter une fin de crise, se parant de moult précautions comme par superstition. À l’automne 2010, de nombreux indicateurs laissent entrevoir une embellie de la situation économique et le secteur agricole témoigne luimême de signes avant-coureurs, dont les plus patents sont les cours revigorés des céréales. Mais une sortie de crise n’est jamais gagnée. “L’effet à retardement de la crise financière déclenchée en 2008 se poursuit au sein d’un département comme le nôtre et de nos concessions, souligne Daniel Volard, directeur de la Codima, concessionnaire John Deere à Pontivy (56). À la fin de l’année 2009, des entrepreneurs ont connu des difficultés pour se faire payer des chantiers d’été ou d’automne qu’ils avaient réalisés chez leurs clients. Cette donnée a modifié les projets d’investissement qui ont été ajournés dans le pire des cas ou détournés vers des achats de matériel d’occasion. Les matériels de récolte ont été particulièrement affectés par la crise”.

L’étau resserré…

Durant la crise, les volumes de prêts ont baissé proportionnellement au marché de l’agro-équipement. Mais les conditions financières sont toujours restées attractives pour les investisseurs

Aux surinvestissements qui ont pu prévaloir ici ou là lors des campagnes fastes de 2007 et 2008 a succédé un ralentissement des commandes, au demeurant fort logique, suivi d’un arrêt brutal et durable, provoqué par le recul des prix, affectant les productions majeures que sont les céréales et le lait. Les établissements financiers, jugés responsables du déclenchement de la crise, puis des difficultés à la résorber en coupant le robinet au financement des investissements, se sont défendus d’avoir réfréné les investissements. “Les volumes de financements d’Agilor ont suivi les mêmes variations que le marché des agro-équipements, déclare Olivier Gaubert, responsable du financement du machinisme Agilor chez Crédit Agricole SA. Au cours des 24 derniers mois, le taux d’acceptation des dossiers de financement est resté identique à ce qu’il était les années précédentes, c’est-à-dire supérieur à 95 %. Les critères d’analyse des dossiers de financement sont restés exactement les mêmes”. Pas sûr que cette affirmation, implacable pour ne pas dire péremptoire, corresponde aux ressentis du terrain où si l’envie d’investir était, certes, naturellement réfrénée par une conjoncture hostile, les cas de rejets de financement ont pu être perçus, objectivement ou subjectivement, c’est là toute la question, plus courants qu’à l’accoutumée. Les incidents bancaires de type rejet de chèques ou de prélèvements laissent immanquablement des traces dans les micro-ordinateurs et les profils des clients. Mais la concurrence entre établissements bancaires a pu ici ou là contrebalancer certains effets pervers de la crise. “La période difficile que l’on vient de connaître a eu pour effet de voir apparaître de nouveaux établissements financiers dans notre secteur, poursuit Daniel Volard. Misant sur un resserrement des octrois de financements des acteurs traditionnels, ils en ont profité pour faire leur marché, par le biais de lignes de trésoreries pour les mises en cultures par exemple. Des offres de financement de matériels ont également été proposées, ce qui a permis de sauver quelques dossiers au sein de notre concession”.

… les taux aussi

Point positif à noter, les entreprises qui ont investi durant la période l’ont fait à des conditions au moins aussi intéressantes que celles qui avaient précédé le déclenchement de la crise. “Le financement du matériel agricole bénéficie aujourd’hui de conditions de crédit plutôt attractives, du fait de la concurrence entre établissements et des offres proposées parfois par les constructeurs, souligne Olivier Gaubert. En dépit d’une conjoncture économique difficile et d’une augmentation des montants des investissements, liée au gabarit des machines et aux nouvelles technologies embarquées, les durées d’amortissement restent stables, ce qui constitue un gage de rentabilité”. Hormis quelques offres particulières sur des durées d’emprunt plus longues que les durées classiques, les schémas d’amortissement en vigueur jusqu’à présent ne changent donc pas. Cela signifie que le taux d’utilisation des machines reste satisfaisant et/ou que le prix des prestations suit peu ou prou l’inflation du prix des équipements. En ce qui concerne les formules de financements, la période écoulée n’a pas fait bouger les lignes. Le crédit amortissable classique reste la formule plébiscitée par la très grande majorité des investisseurs. Le crédit-bail ou encore la location financière restent des alternatives encore peu sollicitées, mais méritent assurément d’être regardées, pour leur compétitivité et certaines de leurs spécificités. “En novembre 2009, nous avons intégré dans le standard de nos offres Agilor des formules de crédit-bail et de location financière afin de proposer à nos clients toute la panoplie de solutions de financement, directement auprès de leur concessionnaire. Nos offres de crédit-bail répondent aux spécificités des marchés agricoles, marqués par la saisonnalité des travaux et des rentrées d’argent. L’entrepreneur a la possibilité de jouer sur la périodicité et sur le montant des loyers au cours d’une même année, et d’une année sur l’autre. Cette souplesse permet également au client, s’il le souhaite, de moduler ses loyers au gré des amortissements des financements précédents. Le crédit-bail permet avant tout de diversifier ses modes de financements. Les avantages induits par le créditbail, comme le financement de la TVA ou encore l’absence d’inscription des engagements au bilan, sont secondaires. Outre certaines particularités tenant à la taxation des plusvalues ou à l’impact sur la taxe professionnelle, le crédit-bail offre une certaine souplesse dont il peut être judicieux de profiter pour des entrepreneurs, face à une conjoncture et des clients changeants”.

En dépit des évolutions des gabarits, des technologies embarquées et au final des prix, les durées d’amortissement restent contenues dans les standards connus.

Extension de garantie

Parmi les propositions qui peuvent être faites par les concessionnaires en marge de la signature d’un bon d’achat, figurent les extensions de garanties qui ne sont pas non comprises dans la garantie légale par exemple, ou bien des garanties que l’on va proroger de 3, 4 ou 5 ans au-delà de la garantie légale. Il faut aussi compter avec les contrats de maintenance, comprenant un calendrier de visites chez le concessionnaire et une liste d’interventions avec toutes les spécifications requises en ce qui concerne leur prise en charge (main-d’oeuvre, pièces, lubrifiants…). Le contrat peut inclure des formules de remplacement du matériel en cas d’immobilisation de ce dernier. “Les extensions de garanties rencontrent de plus en plus de succès, indique Daniel Volard. C’est un surcoût à gérer au moment de l’investissement, mais qui procure une réelle sécurisation et sérénité pendant une longue période d’utilisation du matériel. Il en va différemment des contrats d’entretien qui ne sont pas encore rentrés dans les moeurs. Il est vrai que les entrepreneurs ont souvent de la main-d’oeuvre qualifiée et des périodes de moindre activité qui se prêtent à l’entretien du matériel. Cependant, je n’exclue pas un développement de ces contrats de maintenance dans les années à venir”.

Raphaël Lecocq

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