Lonard : Le « fruit du hasard » est mort
Indexé pour la première fois en Juin 2001, Lonard s’est fait progressivement un nom sur les concours et dans les étables des éleveurs laitiers en France et à l’étranger. Né en Mayenne sur le Gaec Curtat, ce taureau est malheureusement mort en décembre 2007. L’épreuve du temps a eu raison de ce taureau « raceur », qui va laisser une place dans l’histoire de la race. Ce taureau revient de loin et son entrée dans une taurellerie Uneco est le fruit d’un hasard heureux.
Qui a-t-il de commun entre Utha à Gerbault Thierry (42), championne Réserve au dernier Sommet de l’élevage, Union au Gaec des Capucins Championne départementale de Meurthe et Moselle fin 2007, Ursula du Gaec Monty à Levoncourt (55), élue Grande championne et Meilleur Mamelle Adulte de la Verdun Expo 2007 ? À cette liste non exhaustive, on peut encore ajouter des vaches comme Bêtise à Bernard Boulet, une génisse ayant reçu une mention au concours du Pas-de-Calais, ou encore Uriana, Championne réserve au championnat de Bretagne 2007, ou encore Ultimate, Tartine, Tsigane et Tifaine, des vaches qualifiées au concours de Paris. On peut poursuivre avec Ukita la vache avec le meilleur index morphologie en juin 2007. Et bien, toutes ces vaches ont un père en commun, il s’agit de Lonard (Dombinator x Tri-town Steady Spipper x Ivanhoe Bell). Celui-ci est un taureau qui s’est fait un nom sur les podiums de France mais dont la réputation a dépassé les frontières hexagonales.
Le coup de pouce de François Morand
Grâce notamment à François Morand, éleveur helvète bien connu dans le monde des sélectionneurs. Il y a quelques années, celui-ci s’était porté acquéreur de Suz-Tresse lors de la vente Capemo, en juillet 2005. Après avoir déboursé 8 100 € pour cette belle fille de Lonard, il était retourné chez le naisseur (Gaec Ste Suzanne en Moselle) acheter sa pleine soeur ! Croyant en l’intérêt de Lonard, François Morand a, à son tour, convaincu le CIA Select Star de distribuer la semence du taureau dans le pays. D’ailleurs Lonard se vend toujours bien en Suisse où, en décembre 2007, il occupait une bonne place dans les ventes du CIA. « C’est un taureau qui apporte beaucoup de sécurité pour un éleveur laitier moderne. Il a fait ses preuves avec une descendance importante. C’est un taureau qui colle bien à la demande des éleveurs suisses. Il est fiable pour la transmission de ses caractères à savoir une excellente mamelle. Il apporte aussi des taux. Il est facile à employer. Ses défauts sont connus : étroitesse de la poitrine notamment. On retrouve les défauts de son père Dombinator. Si en France, Lonard s’est fait un nom sur les podiums, il n’a pas encore associé son nom à une championne helvète. Sur les podiums suisses, on retrouve plus facilement des filles de Gibson, Leduc ou Journalist. Côté pedigree, les éleveurs soulignent aussi un pedigree manquant un peu de profondeur. En Suisse, les éleveurs aiment bien les grandes familles canadiennes avec des pedigrees profonds », commente Bruno Miscopein, conseiller à la clientèle en Suisse romande pour la société Select Star.
Un condensé de cinq générations de vaches TB ou EX
Soulignons tout de même que Lonard est issu de 5 générations de vaches pointées TB ou EX ! Connu pour être un spécialiste des vaches de concours, les atouts de Lonard se situaient essentiellement au niveau des mamelles, des membres et de la taille. Il excelle en longévité grâce à un niveau de cellules bas et une bonne fertilité de ses filles. Plus de 300 000 doses ont été vendues à ce jour. Pour les amateurs de type, il reste encore quelques doses disponibles. Ce fils de Dombinator, longtemps au sommet du classement morphologique, engendre des vaches très laitières pourvues d’un système mammaire exceptionnel. Ses filles se déplacent sur des membres secs dotés d’une très bonne épaisseur de talons. Elles démontrent également une force de rein étonnante. S’il fallait protéger Lonard sur un critère précis, il serait préférable de l’utiliser sur des vaches pourvues d’une bonne largeur de poitrine. « C’est un des tous meilleurs taureaux en morpho de ces dix dernières années. Aujourd’hui, il a un palmarès exceptionnel. Lonard est un taureau très raceur, toutes ses filles ont à peu près le même style. Il est constant et produit très peu de déchets contrairement à des taureaux comme Leduc, Gibson ou Kite. Ces taureaux sont à l’origine de vaches d’exception certes mais à côté on trouve aussi des déchets. Lonard me paraît plus constant et la taille de sa descendance ne laisse planer aucun doute possible sur sa fiabilité. Côté défaut, il manque de puissance dans l’avant main ou dans la descente des côtes, mais à côté de cela il est à l’origine de vaches avec de superbes mamelles, avec une très bonne ossature », précise pour sa part Frédéric Lepoint de Gènes diffusion optimale, qui a repris la diffusion de la semence de ce taureau en absorbant une partie des coopératives Uneco. « C’est un taureau dont il faut conserver la semence dans sa cuve. Il excelle pour fignoler des grosses vaches. Il leur apporte de la taille, de la finesse et une très bonne mamelle », poursuit le responsable du programme Holstein.
Pourtant Lonard revient de loin et il est rentré sur le tard chez Uneco, plus pour compléter une taurellerie qu’autre chose. Son histoire commence avec la naissance de trois embryons importés du Canada. Ces trois filles de Tri-Town Steady Spipper ont été mises en place dans le cadre du noyau de sélection de la Coopérative d’insémination artificielle de la Mayenne (Ciam). Ainsi, Cambrette, Courbette et Clarine sont nées chez Michel Beaugas, où elles ont complété une lactation. L’éleveur se convertissant à la race Normande, ces trois vaches ont alors été vendues. Clarine et Courbette ont rejoint la station de la Ciam comme donneuses permanentes d’embryons. Courbette a essaimé une nombreuse descendance. C’est dans cette souche qu’est sorti notamment Newfat (Fatal x Dombinator x Mascot x Travis sur Courbette), un autre taureau de l’Uneco, à Cambrette TB-89, elle est devenue pensionnaire du Gaec Curtat, à Villepail (Mayenne). C’est une petite annonce parue dans l’Avenir agricole, le journal agricole des Pays-de-la-Loire, que Joseph Curtat et ses fils ont vu que Cambrette était à vendre. À l’époque, elle était tarie suite à un problème de mammite et à l’engraissement. On soupçonnait des problèmes de fécondité pour cette vache. Malgré tout, Joseph, Patrick et Éric Curtat décide d’acheter la vache et de la flusher avec Mountain, Evreux Cle, Fatal et bien sûr Dombinator…Au final, 31 embryons sont jugés viables. Des gestations avec Dombinator, on trouve bien entendu Lonard qui au départ n’intéressait personne mais finalement l’Uneco l’a retenu pour compléter la taurellerie. On connaît la suite...
Typex magazine n°79 - février/mars 2008 par Erwan Le Duc







Chargement





