R-E-W Buckeye : Au cas par cas
Votre objectif est avant tout de produire des vaches durables et de solides mères à génisses, mais vous n’avez jamais utilisé de fils de BW Marshall - parce que face à cette multitude vous avez donné du temps au temps ou encore à cause de votre scepticisme quant aux expressions du pedigree maternel de Buckeye. Il est encore temps de l’utiliser, au cas par cas.
Avec 10 159 filles dans son index américain de production (soit 9 500 de plus que lors de la publication de janvier 2009) et moitié moins dans son index morphologique, Buckeye démontre sa popularité à travers le monde. Ses filles se démarquent par des niveaux de production élevés, des arrière-pis exceptionnels, des pieds et membres très solides, des caractères sanitaires en tout point différents de ceux de son père. Dans bon nombre de cas, le tri des fils de BW Marshall se sera réalisé sur les caractères sanitaires et ceux de management, en particulier sur la fertilité et la mortalité à la naissance, domaines dans lesquels Buckeye surpasse ses demi-frères.
Ouverture ou répétition

Gillette Buckey Zoe GP 84 VG 86 MS 2 ans (Buckeye x VG 88 Allen) et petite fille de Breadale Second Cut VG 86, à Ferme Gillette Ontario. 2-02 3x 208j 10 084 kg 3,6 % 2,9 %
Mara-Thon BW Marshall était venu largement compenser l’utilisation insuffisante de Maizefield Bellwood dans beaucoup de schémas, ainsi que le déficit de sang Bell Elton (son arrièregrand- père maternel) en Europe, lié à la situation sanitaire de ce dernier. Son fils R-E-W Buckeye apporte à son tour les contributions aujourd’hui mieux connues de Rudolph. Elles s’allient à l’influence de Luke, dont le sort des fils a été un peu rapidement réglé par beaucoup de taurelleries européennes lorsque le taux de gras de celui-ci avait fait l’objet d’une forte chute d’index. Dans ce contexte international, on peut considérer Buckeye, soit comme une ouverture, soit comme la répétition d’une ascendance paternelle quasi envahissante. À son avantage, il plaide n’avoir dans la sixième génération de son pedigree que trois géniteurs incontournables (Chief, Elevation, Valiant) qui interviennent à parts égales parmi les 32 ascendants qui la composent.
Rotation rapide à R-E-W

Shoremar Buckeye Diamonds VG 85 VG 87 MS 2 ans (Buckeye x VG 86 Allen), à Maple Wood Farms, Jerseyville Ontario. 2-01 2x 246j 8291 kg 4,2 % 3,3 %.
Le parcours de Mayerlane Rud Bubble(EX 94 Luke x EX 90 Blackstar x TB 87 Bell Jesse), mère influente de R-E-W Buckeye, est parsemé de nouveaux propriétaires. Elle a été vendue cinq fois de part et d’autre de la frontière entre les USA et le Canada, jusqu’à s’arrêter définitivement chez les frères Stanton en Ontario. Marc Wolf, naisseur de Buckeye, avait acquis Mayerlane Rud Bubble TB 86. Chez lui, la rotation des animaux est rapide et en conséquence, sa ferme laitière du Connecticut est loin d’être typique. Il achète, transplante, valorise ses flushes, conserve quelques produits, revend la donneuse et cède aussi ses filles. C’est donc de cette façon que Bubble a quitté R-E-W Farms, et la ferme ne dispose plus de ce sang que d’une demi-soeur VG 86 de Buckeye par Shottle, solide et massivement contractée. Outre une pleine soeur de celle-ci, vendue à Daniel et Delmer Erb en Ontario – et dont les deux fils par Billion vendus à ABS et Alta sont complétés par 7 autres contrats de mâles –, c’est dans cette province canadienne que se trouvent aujourd’hui le plus grand nombre de filles et petites- filles de Rud Bubble. Chez Stanton Bros Limited à Ilderton, entre le Lac Erie et le Lac Huron, à deux heures et demie à l’ouest de Toronto, vivent une cinquantaine d’individus classifiés de cette branche, auxquels se joignent une quarantaine de plus jeunes femelles. Elles sont surtout liées à Buffy VG 87 (Convincer x Bubble) et à sa fille Buff Blondie VG 85 (Morty) qui sont les plus prolifiques, respectivement apporteuses de 40 et 14 femelles. Il convient d’y ajouter 11 autres filles de Betsy, mère de Bubble, acquises plus tardivement auprès de son naisseur David Placke au Wisconsin. Ce sont aujourd’hui les produits de cinq générations qui se côtoient à Stanton.
À Stanton en Ontario
Dans un environnement de 800 places, quelle que soit la vache, lorsqu’on porte le préfixe Stanton, l’on doit être capable de supporter les pressionsd’une grande infrastructure laitière et de produire pendant plusieurs lactations. « Nous recherchons des familles qui ont de la persistance », dit Jim Stanton, « il leur faut la capacité de produire des volumes importants à partir de pis vraiment robustes et de bons pieds et membres, ainsi que de la force pour endurer la concurrence et durer dans une stabulation à logettes ». Les quatre vaches de la génération en cours qui sont mises en évidence aujourd’hui en témoignent : R-E-W Budgee VG 88 GMD-DOM (James) demi-soeur de Buckeye, donneuse qui n’a qu’une seule lactation à son actif : 2-04 2x 305 11 149 3,5 et 3,3 ; R-E-W Bet Beece VG 85 (Champion x EX-91 BW Marshall x Mayerlane Rud Bubble), est elle aussi donneuse depuis son premier vêlage 2-01 3x 305 13 063 3,5 et 3,1 ; MTN-View-S PT Bubble VG- 86 (Shottle), née en janvier 2006, est la fille la plus récente en production de Rud Bubble. 2-01 305 13 249 3,8 et 3,2.
R-E-W Con Buffy VG-87 GMD-DOM (Convincer), demi-soeur de la précédente, elle aussi donneuse qui a cessé de produire suite à sa première lactation prolongée : 2-00 305 2x 14 583 4,3 et 3,2 ; R-E-W Buff Blondie VG 85 (Morty), fille de Buffy, a été donneuse depuis sa première lactation jusqu’à l’âge de 5-09. 01-11 2x 305 11 989 3,7 et 3,2.
Comparatif Sud-Nord

Bur-Wall Buckeye Gigi VG 88 2 ans USA, à Wallace et Bob Behnke, Brooklyn, Wisconsin, 3e de sa classe et meilleur pis des 2 ans Senior du District 6 Holstein Show en juin 2009.
Testé par Semex USA, les filles de Buckeye sont donc plus nombreuses dans ce pays (10 159 en production, 4 509 classifiées) qu’au Canada (3 438 en production, 2 095 classifiées dans 1 176 troupeaux), mais les effectifs contrôlés et classifiés évoluent très rapidement, à la faveur de la popularité du géniteur. Cette popularité peut même dans un premier temps se retourner contre le taureau parfois considéré comme une panacée. Dans les Provinces par exemple, les effectifs y ont été multipliés par 5 depuis le printemps, et, par conséquent, la morphologie est celles de vaches désormais plus jeunes. Elles sont laitières et angulaires, grandes dans certains cas, et il y a chez elles un mélange de Marshall et de Rudolph. Qu’il s’agisse d’apparence laitière, de pis hauts et larges, de la solidité dans le dos, des bassins légèrement inclinés, des pattes solides et des sabots épais, il y a chez Buckeye des atouts indéniables à première vue. Dans le détail, le comparatif est parfois difficile. Son descriptif linéaire indique +0,19 en solidité aux USA et +3 en angularité au Canada, +1,82 pour la taille aux USA ramenée à +2 au Canada (et là encore temporisée par -4 en hauteur à l’avant-main). La hauteur et la largeur du système mammaire sont évaluées +4,02 et +4,09 respectivement au Sud et +7 dans les deux cas au Nord, tandis que l’attache avant est nettement mieux exprimée aux USA qu’au Canada. La profondeur réduite est confortée en Amérique par +1,40. Il y a statu quo sur l’implantation des trayons arrière. Tandis que le tandem constitué par l’inclinaison et la largeur du bassin est prisé +0,62 et +1,36 dans les États, ils valent -1 et 1L dans les Provinces. La tendance à la différence s’accentue avec la profondeur corporelle légèrement supérieure à la moyenne (+0,64) dans le premier cas, reléguée à -6 dans le second. La poitrine est, soit franchement ouverte (+1,99), soit plus serrée (-3). Idem pour les pattes qui sont décrites droites -0,59 aux USA et à l’inverse 4S (courbe vue de côté), tandis que les valeurs sont positives selon les autres points de vue au Canada. L’on s’entend par contre sur l’angle du sabot marqué à +2,03 et +2 des deux côtés de la frontière. Buckeye est classifié VG-85, et d’après le rapport de l’analyste aAa il est noté 123 (grand, laitier et ouvert).
Au Canada, la facilité de vêlage direct est meilleure (106) que la moyenne de la race et la tendance s’inverse légèrement chez ses filles (98). Comparées à celles de son père, ces valeurs s’améliorent chez le fils dans les deux cas. On y observe aussi une progression favorable de la note de cellules somatiques (2,97) qui frôle désormais la moyenne de la race. Enfin, la fertilité des filles qui n’était pas un point fort de BW Marshall progresse chez Buckeye lors du dernier trimestre en passant de 94 à 99. Reste à voir si l’hiver prochain cet afflux de nouvelles filles aura confirmé cette appréciation.
Sur le terrain

Sugar Creek Buckeye 2984 à Sugar Creek Dairy, Rick Adams, Elkhorn, Wisconsin.
Vous aurez compris que Buckeye est à accoupler après une étude au cas par cas des vaches, même s’il peut être largement utilisé. Il ne sert à rien de lui demander de la finesse d’ossature ou même du style. Il sera à accoupler sur des femelles qui disposent de plus de largeur à l’avant-main et de profondeur de côte. Mike West, chargé du soutien technique à l’Alliance Semex, résume ainsi la première approche : « Je pense que ce taureau doit être utilisé de la même manière chez tous les éleveurs. Je le recommanderai systématiquement sur des vaches plus solides et plus profondes dont les pieds et membres ainsi que les arrière-pis ont besoin d’amélioration ». Buckeye a initialement été testé aux USA sur toutes sortes de vaches disponibles et il n’a été vendu au Canada qu’à partir de sa première indexation. « Aujourd’hui les éleveurs des deux pays l’utilisent de la même façon. D’abord comme apporteur de vêlages faciles contributeurs de l’amélioration et du maintien d’un bon programme de reproduction. Il est ensuite utilisé pour relever les qualités globales du système mammaire – tout en accroissant la production laitière – et des pieds et membres. Nous avons vu ceux-ci travailler dans tous types d’environnements imaginables, et l’on peut honnêtement prétendre que nous n’avons observé que très peu de soucis dans ce domaine. Au Canada, il est en fait évalué avec des pattes droites. Il convient parfaitement à ce que les producteurs commerciaux recherchent aujourd’hui ». Au Canada, Buckeye a initialement été mis en oeuvre de façon différente, mais le recul sur les observations américaines le réserve désormais à un autre contexte. « Il a été assez utilisé sur les femelles élites lorsqu’il est sorti en premier, avec de très bons résultats. Je crois que maintenant il est plus destiné aux grandes fermes commerciales. C’est probablement un des meilleurs taureaux alliant production, santé, mobilité, et facile à travailler », relate Julien Chabot, analyste chez Semex, qui n’extrapole pas les classifications à venir. En dehors de la lignée de Rudolph qui peine à atteindre des notes EX, les belles classifications tardives des aïeules de Buckeye ne devraient pourtant pas influencer les classifications de ses filles. « En fait, les Rudolph étaient des vaches à maturité lente, par contre les BW Marshall ne vieillissent pas aussi bien », partage Chabot qui conserve un optimisme prudent en matière de longévité. « Je vois les Buckeye mûrir d’une manière très semblable aux Rudolph, sans pourtant devenir aussi grandes que les Rudolph. Elles ont, néanmoins, de meilleurs pis et membres que les Rudolph et sont un peu plus modernes en général ».
Évolution des bassins
Il est indéniable que l’on constate des longévités impressionnantes dans la famille maternelle de Buckeye et dans l’ascendance de Rudolph. Mike West est sur la même longueur d’onde que son collègue francophone. Il ajoute à son exposé : « Ces dernières années nous ont permis de constater comment Rudolph a eu la possibilité d’influencer positivement la longévité. Buckeye dispose du même potentiel. Son bon tempérament, sa production idéale et son excellente facilité de vêlage le rendent idéal pour les éleveurs d’aujourd’hui désireux d’accroître la longévité que nous constatons dans sa Vie Productive de 2,1 ». Puisqu’ils sont à la fois deux points forts et des caractères incontournables de la longévité productive, les pis donnent-ils satisfaction chez les vaches en deuxième lactation, et les bassins évoluent-ils parallèlement aux pis ? Chabot n’a vu qu’une partie des filles de première génération en deuxième lactation. Il répond : « Les filles de service canadiennes n’en sont qu’au premier veau. Mais les testages sont formidables, elles se développent très bien en gabarit et les pis ont pris de la largeur et de la capacité sans devenir vraiment plus profonds. Les croupes s’améliorent normalement, avec un os pelvien moins saillant et plus de largeur ». West précise le rapport entre ces deux postes en léger décalage l’un par rapport à l’autre : « Nous avons vraiment vu les pis prendre de l’âge comme nous les aimons. Elles ont un large arrière-pis d’une telle capacité qu’elles sont capables de répondre à l’augmentation de production. Elles ont très bien vieilli et ne présentent aucun problème, alors que les arrière-pis du taureau sont en fait plus larges que ses ischions. Sa largeur de bassin se situe juste dans la moyenne, pourtant sa largeur d’arrière-pis est le meilleur caractère que l’on a observé chez sa descendance».
Agressivité et santé
Le tempérament contribue aussi aux résultats résumés sur le papier, Julien Chabot les voit très agressives et en pleine santé. Mike West les perçoit jeunes et travailleuses au vêlage et argumente : « Il leur faudra donc un peu de temps pour se développer et se remplir. Nous voyons ensuite leur squelette s’élargir et s’approfondir. Mais elles sont si angulaires et laitières que, lorsqu’elles se remplissent, elles en deviennent très impressionnantes. Leur potentiel laitier est évident, reste à savoir si elles seront très rapidement matures. » Les deux analystes s’accordent sur la facilité et la spontanéité avec lesquelles elles produisent, mais West rassure. « Ce sont de jeunes vaches qui crachent le lait. Les éleveurs devront gérer et maintenir leur niveau élevé de production, ce ne sont pas des vaches qui mûriront très tôt, elles vieilliront avec un tempo convenable lorsqu’elles seront managées correctement ».
Typex magazine n°88-août-septembre 2009 par Guillaume Bélibaste


Chargement





