Select Sires : La génétique selon Charlie Will
À l’invitation de Bovec, Charlie Will sire analyst au sein de la coopérative américaine Select Sires, est venu à la rencontre des éleveurs français. Rencontre avec un spécialiste de la génétique bovine, qui a derrière lui 35 années de savoir- faire.

« Aux USA, on donne les résultats du génotypage aux éleveurs. Chez Select Sires, nous travaillons dans une coopérative, nous sommes les salariés des éleveurs et donc à leur service », souligne Charlie Will lors d’une réunion à Chartres-de-Bretagne (35) organisée par Bovec
La génomique ou la Same selon que l’on se place de part et d’autre de l’Atlantique est déjà rentrée dans les moeurs aux USA. Un exemple ? Une petite anecdote qui vient d’arriver à Charlie Will, responsable du programme Holstein au sein de Select Sires. À l’occasion d’une visite sur l’élevage de Jason Oertel dans le sud de l’Illinois, il découvre la vache favorite de l’éleveur, une fille du taureau Ito, qui lui tape dans l’oeil. Son index est bon, mais en théorie elle n’appartient pas à la liste des 50 000 vaches les mieux indexées, le vivier de mères à taureaux dans lequel les généticiens puisent pour réaliser leur accouplement. Depuis 35 ans, Charlie a un pied dans la génétique alors il se méfie des certitudes et se fie à son expérience. Il décide donc de génotyper trois taureaux issus de la vache. Bingo ! Leurs index génomiques sortent largement au dessus de leur index sur ascendance. Ils sont respectivement de 2 041, 2 065 et 2 152 contre un index sur ascendance moyen de 1 842. Depuis lors, la vache a elle-aussi été génotypée et son index a été revu à la hausse, elle entre maintenant dans le cercle restreint des mères à taureaux potentiels. « Aux USA, on donne les résultats du génotypage aux éleveurs. Chez Select Sires, nous travaillons dans une coopérative, nous sommes les salariés des éleveurs et donc à leur service », souligne Charlie Will lors d’une réunion à Chartres-de-Bretagne organisée par Bovec.
Relation transparente entre les éleveurs et la coopérative
Tout semble transparent donc aux USA. Select Sires a décidé d’intégrer le génotypage dans son programme Holstein et le quart des taureaux intégrant son écurie sera sélectionné grâce à cette nouvelle technologie. Les contrats sont déjà bien cadrés aux USA : un taureau est acheté entre 5 et 6 000 dollars. Ensuite si l’index génomique est supérieur à l’index calculé sur l’ascendance, l’éleveur peut obtenir un bonus de 1 000 voire de 2 000 dollars. Mais, attention si le test génomique est décevant, le contrat peut être annulé ! C’est une sorte de contrat « gagnant- gagnant » entre la coopérative et le sélectionneur.
Attention, la génomique ne va pas transformer systématiquement une vache moyenne en mère à taureau d’exception. De même, un sélectionneur peut subir quelques déconvenues.
Pour autant, Charlie Will garde les pieds sur terre, « La génomique va nous permettre d’accumuler beaucoup d’informations sur les jeunes animaux. Auparavant, seuls les pedigrees et le calcul de l’index sur ascendance nous permettait d’estimer le potentiel de l’animal. Pour l’instant, rien ne remplace le testage. La meilleure fiabilité est atteinte quand l’index d’un taureau prend en compte les performances des filles de service. C’est toujours d’actualité. D’ailleurs, on vient d’augmenter notre programme de testage, signe de notre confiance dans ce mode d’évaluation des taureaux », poursuit le généticien. Avant l’arrivée des filles de services, on sait que les surprises peuvent arriver et le plaisir de Charlie reste de proposer des taureaux performants avec une fiabilité de 99 %, avant ce niveau de sûreté, le généticien reste prudent. Une dose de bon sens et d’expérience sans doute.
Une image plus précise

Un exemple du savoir-faire Select Sires : deux filles du taureau Planet, un taureau avec un pedigree non consanguin. Il transmet à ses filles à la fois du type, des qualités fonctionnels et une bonne production.
Avant de lancer un taureau dans les programmes de testage, la génomique permet d’obtenir une image plus précise des qualités du taureau que ne donne un index sur ascendance. Pour la production, on passe d’une fiabilité de 40 à 70 %, pour le type de 37 à 65 % et pour les aspects fonctionnels de 31 à 60 %. « Concrètement, si auparavant, un index sur ascendance obtenu selon le pedigree d’un taureau nous donnait un chiffre de 1 500 lbs. L’incertitude était forte et au final, après le testage, ce chiffre pouvait en fait, être de 1 000 ou de 2 000 lbs. Avec la génomique, moins de surprise, si au départ son index génomique est de 1 500, l’index final sera de 1 250 ou 1 750. l’incertitude est moins forte ». Le risque de se tromper est donc toujours présent : « La génomique, c’est comme jouer au loto avec déjà trois bons numéros. Oui, mais voilà pour gagner, il en faut six », poursuit Gilles Florid, le directeur de Bovec.
L’outil est donc précieux pour la mission de Charlie Will. Une mission qu’il résume simplement : « Nous réalisons trois types d’accouplement dans nos programmes : des accouplements extrêmes dont sont issus les taureaux qui marquent l’histoire de la race, des accouplements logiques dont on sait qu’ils fonctionnent et des accouplements on l’on cherche à minimiser les défauts ».
Trois types d’accouplement
En clair, des accouplements connus sur le marché où les risques financiers et commerciaux sont limités, des accouplements peu risqués et la troisième catégorie où le généticien prend le maximum de risques, mais où le retour sur investissement peut être colossal. Un exemple ? « Les accouplements logiques, c’est par exemple Blackstar sur ChiefMark. Les accouplements extrêmes nous ont donné des géniteurs comme Sanchez, un taureau extrême en type, un animal parfait pour les shows. C’est aussi le cas pour Planet, qui est numéro trois dans l’index production lait. Il est en plus positif pour la fertilité des filles, de même pour les cellules. En plus, il apporte de très bon pis. La génomique a d’ailleurs confirmé ses index. Million, quant à lui, c’est l’exemple du bon compromis, un taureau très équilibré avec peu de défauts ». Très bon dans les postes fonctionnels, il peut être une bonne solution sur les filles de Goldwyn en leur apportant de la puissance laitière. Charlie Will se dit avant tout technicien, il ne manque pas en tout cas d’arguments pour vanter les mérites de sa coopérative. Tout d’abord, un programme de sélections important : 3 460 troupeaux et 1 067 000 vaches sur une vaste zone géographique, qui couvre le Mid-West, la Californie, l’État de Washington, la partie est des USA et même le sud. La coopérative puise dans un vaste vivier où les vaches sont élevées dans des conditions très différentes. Le programme de testage comprend 320 taureaux Holstein et 20 Red Holstein. Le programme a d’ailleurs derrière lui de jolis succès avec des taureaux comme Elevation, Durham, Blackstar. Actuellement, dans le classement TPI, on retrouve 30 taureaux Select Sires dans le Top 100 TPI.
En 2009, la coopérative va lancer des fils de O Man, Titanic, Ramos, Laudan et Lancelot. Pour 2010, elle a en réserve des fils de Shottle, Goldwyn ou encore Mr Sam. Si Select Sires suit la création génétique de la vieille Europe, la France ne semble pour l’instant pas être concernée. « La priorité reste à la sélection d’animaux avec de bons membres, de bonnes mamelles et avec de la puissance laitière », explique le généticien. Le succès de la génétique nord-américaine ? « L’antériorité de la collecte de données et le fait que les priorités de notre schéma de sélection n’ont pas évolué au fil des ans », assure Charlie Will. Le cap a été mis sur de bons membres depuis des années pour concevoir des animaux qui vieillissent.
Erwan Le Duc,
Typex Magazine - Février-Mars 2009 - N° 85


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