Genos Gavor: Promesse tenue

Il est toujours difficile de prendre la mesure des valeurs d’un taureau venu d’un pays émergeant dans la sélection. Les visites de terrain puis des centaines de filles émergentes démontrent pourtant que les chiffres de Gavor n’étaient pas surévalués.

Genos Gavor est un double premier, premier fils de Champion et étonnante première contribution de la République tchèque au panorama mondial Holstein, sans être d’origine européenne. Si une prudence compréhensible a été observée dans un premier temps, aujourd’hui il est non seulement père à taureaux, mais a aussi acquis la fiabilité liée à 534 filles en production dans 155 troupeaux. 200 000 doses ont été vendues, la majorité en Tchéquie. Les gros clients suivants sont les USA, l’Allemagne et la France où il était le 5e étranger le plus utilisé en 2009 avec 5 981 doses.

Résultats à l’appui

2771, fille de testage hongroise de Gavor, cinq mois après son premier vêlage, 1re de sa catégorie au National de Prerov en 2007. Issue de l’important troupeau Nemesszalóki Mg. Zrt.

Dans son pays de naissance, il est évalué 139 en squelette (base 100), 143 en type laitier, 119 en synthèse mammaire, et 114 en membres. Ses vêlages et sa longévité sont évalués très haut (124 et 123). Ses index de production annoncent 854 kg 0 % et – 0,34 %. En valeurs françaises, ceci est traduit par 1,9 en ligament, 2,3 en attache arrière, 1,7 en implantation arrière, 2,5 en taille, 1,8 en profondeur corporelle, 2,9 en aspect, 1,8 en largeur aux ischions chez des bassins légèrement inversés (- 0,6). Ses vêlages et sa longévité sont évalués 91 et 0,4. Ses index de production annoncent 1 117 kg, – 4,4 % et – 0,3 %. L’abrasion n’est que superficielle au fil des filles de service qui viennent s’ajouter.

Ladislav Skarupa est responsable du programme Holstein de Genoservis : « La République tchèque dispose actuellement de près de 1 000 filles de Gavor. Les éleveurs en sont très satisfaits, particulièrement grâce à la très bonne combinaison entre morphologie et production élevée. La performance moyenne des premières lactations est de 9 300 kg de lait, 3,6 % de gras et 3,3 % de protéine. Les Gavor les plus vieilles sont en 4e lactation et leur production moyenne est de 45 kg de lait. »

Hubertus Wasmer, responsable de CRI Allemagne, a été un observateur attentif de 54 filles de testage il y a 2 ans. « Les jeunes génisses avaient déjà suscité des retours d’informations très positifs, » dit-il « et les premières vêlent en Allemagne, mais je ne les ai pas encore vues. Par contre, j’ai des retours d’informations à propos des jeunes vaches aux pis meilleurs que ce qui était attendu et au très bon type. Certaines ont la charpente et le style qu’il faut pour concourir, mais sont parfois un peu étroites. Je pense qu’il faut l’accoupler sur des lignées lentes à mûrir, aux pis solides et aux pattes plus droites.»

Un Champion très prometteur

Plusieurs centaines de filles de service plus loin, le profil n’a pas bougé. Ladislav Skarupa rappelle que sa série de testage était en moyenne évaluée 81,9 points (contre 78,5 pour l’ensemble de leurs contemporaines) et qu’un très grand nombre provenait de grands troupeaux. Il confirme son tempérament laitier, sa taille et sa force ainsi que ses pis un peu amples soutenus par un bon suspenseur médian et une attache arrière très efficace. L’accouplement Champion x Aaron est très complémentaire dans les postes membres et mamelles et a déjà fait ses preuves dans la voie femelle. Bien que les notes soient très bonnes dans le poste mamelle, notamment celle de la distance plancher-jarret, les observateurs des primipares incitent à le protéger dans le volume. L’inclinaison de la croupe est aussi à prendre en compte. Certains aspects morphologiques et la fertilité sont à relativiser et à mettre en parallèle avec l’envie de produire de ses filles. D’après la base française, les filles de Gavor sont légèrement moins fertiles (- 0,9 ; 1 point correspond à 3,5 % d’IA fécondante) et la production en première lactation ne peut évidemment pas renverser la tendance. Nous verrons néanmoins qu’il est inutile d’être alarmiste.

Champion, le millionnaire

Gavor Jackie 86 points (gm Goldwyn), fille de service allemande à plus de 40 kg en 1re lactation. 25 mois au premier vêlage et 42,6 kg au premier contrôle. Propriété de Bunge Agrar GbR, Stemwede.

Le millionnaire Calbrett-I H H Champion EX avait pour mère Skys-The- Limit Claire (EX-12* DOM), qui a été championne intermédiaire à la World Dairy Expo puis réserve All-Canadian et réserve All-American 3 ans junior. Testé au Canada, aux USA et en République tchèque, il avait reçu une première valeur en août 2002 qui l’avait fait débuter en seconde place du LPI canadien, puis à la première un trimestre plus tard, position qu’il conserverait quatre indexations consécutives. À l’époque du passage de la barre du million, son propriétaire GenerVations estimait qu’environ 800 fils avaient été destinés au testage. Le Canada, les USA et l’Allemagne en détenaient plus d’une centaine chacun. Cinq mois plus tôt, Gavor était déjà sorti avec éclat en République tchèque.

Les demi-frères de Gavor sont plus nombreux au Canada qu’ailleurs. Parmi eux, citons La Présentation Denzel (m. Emerson), Peachey Timber et Glenhaven Chant (m. Storm), Lajeante Kingley (m. Lee) chez Semex. Aux USA, Roylane Champion Champ se démarque chez Accelerated Genetics. En France, Ulier Champ (m. Jocko) cartonne en morphologie, ce qui est aussi le cas de Cassano (m. Convincer) en Allemagne.

Au Canada, Champion compte 12 000 filles dans 3 400 troupeaux. Sa puissance laitière est largement influencée par son angularité (12) et sa stature (7). Sa croupe marquée par la force du rein (9) et la largeur aux ischions (7) resteront dans les esprits. La largeur de l’attache arrière (6), la hauteur d’attache arrière et la profondeur de pis (4 respectivement) sont ses meilleures notes. L’angle du pied de Champion (- 6) et sa profondeur de talon (- 7) étaient le reflet atténué de ceux de Rudolph (- 10 et - 13 respectivement). Les observateurs rapportent une nette tendance Rudolph dans les pattes de Gavor.

Diversité relative

Gavor Aster 86 points (gm Goldwyn), fille de service allemande à plus de 40 kg au troisième contrôle en 1re lactation. 23 mois au premier vêlage, propriété de Bunge Agrar GbR, Stemwede.

Au regard du nombre de fils de Champion en service à l’échelle mondiale, l’on peut être rapidement séduit par une influence paternelle différente. Néanmoins, une courte analyse s’avère nécessaire. Bien qu’on ne connaisse pas le niveau de consanguinité de Gavor, on peut pourtant en avoir une idée par des moyens détournés. Champion et Genos Nora sont respectivement affectés par 5,34 % et 7,47 % de consanguinité (valeurs en base canadienne). Au Royaume-Uni, elle n’est que de 4,1 %. Genos Gavor apporte donc de la diversité génétique et son influence sur la consanguinité est largement dépendante de la population dans laquelle il est utilisé. Valiant pèse beaucoup en tant que père de Tesk, de grand-père maternel de Luke, de grand-père maternel de Leadman, de père de Sir C Valor, tandis qu’il intervient aussi dans l’ascendance maternelle de Rudolph. Conservons à l’esprit qu’il est aussi demi-frère de Chief Mark que l’on retrouve une fois de chaque côté dans le montage de Gavor. Leur père Chief est encore présent deux fois dans la lignée paternelle de Bellwood.

Elevation est le suivant, présent deux fois chez Aerostar, une fois chez Horton (demi-frère de Blackstar). Soulignons qu’il est encore le père de Tradition et que Cleitus Luke n’en est pas dépourvu.

Cinq fils

Genoservis est d’abord une structure de services destinés aux éleveurs de nombreuses espèces. Le troupeau pépinière Holstein Skalika de Genoservis s’inscrit donc dans cette démarche de mise à l’épreuve et de multiplication des meilleurs sujets. Il est composé de quelque 120 vaches parmi lesquelles 25 à 30 sont considérées mères à taureaux. Mis en place en 2000, il s’est construit à partir d’importations continues d’embryons européens et nord-américains. La mère de Gavor, Genos Nora, faisait partie des premières naissances issues d’importation. Elle a été multipliée avec Finley, Garter, R. Marshall, Champion, et quatre autres fils ont été mis à l’épreuve.

Même aujourd’hui, on sait peu de choses sur Genos Nora VG-86, sinon qu’elle a été très productive au fil de ses trois lactations jusqu’à atteindre 45 296, 3,8 et 3,3, ce qui lui confère un index de + 1 534 – 0,35 + 36 kg G – 0,09 + 47 kg P.

Famille à taureaux

Gavor Zeras, fille de testage tchèque en seconde lactation. Vêlée à 23 mois et classifiée 87 points 50 jours après vêlage. Elle a produit une moyenne de 13 358 kg 3,21 3,27 dans un environnement de 650 vaches

Par contre, sa lignée maternelle américaine est mieux connue depuis les années 2000 pour être solide en type et production. Sa 3e mère, Beachlawn Bell Pro Tara EX-91, est une pleine soeur de Gelpro (Tesk x Beachlawn Bell Cleitus Pro EX-93), à une époque porte-étendard de Gènes Diffusion. L’Amérique du Nord compte un autre spécialiste du type qui provient de cette famille : propriété de Field of Dreams Genetics, Muranda BWM Leader EX-93 (BW Marshall x EX-93 Lord Lily x TB-86 Bellwood) est précédé par Beachlawn Bell Pro Tammy TB-89, une autre pleine soeur de Gelpro. Il a longtemps occupé la place de n° 1 en type et fait partie des meilleurs au TPI. Ses 3 360 filles en font un raffineur de grande taille et éclaté qui apporte 1 007 livres de lait. Seul véritable inconvénient, le gène Blad. En 2003, chez Select Sires, Pagen-Ernwood Dane (Zebo x VG-87 Mascot x Beachlawn Dutchoe Bell EX-92) arrivé une génération plus tôt, occupait la 10e place du TPI. Il est toujours crédité de 1 024 lbs de lait et de taux positifs, de pieds épais et de bons pis, et convenait mieux aux troupeaux commerciaux.

Accouplement précurseur

Lorsqu’on s’appuie sur la chronologie des événements pour analyser le bienfondé de l’accouplement entre Champion et Genos Nora, on en déduit qu’il y avait dans cette combinaison une question de flair mêlé d’une envie de bousculer la chance. En effet, Nora n’était qu’une génisse (17 mois) sans référence propre, et Champion serait second du classement canadien… six mois plus tard. Certes, les présomptions selon lesquelles Champion serait incontournable étaient émises depuis l’été 2002. Quant à Nora, elle s’appuyait sur les talents de sa famille généreuse en taureaux et sur la persistance de l’intense production de sa mère US Masal Teresa Bellwood VG-88, donneuse chez Bo-Irish Holsteins. C’est de cette même vache qu’est né Gorgonzola (Hershel), testé par Semex aux USA et en… République tchèque et mis en service dans ce pays six mois après son demi-frère, doté d’un profil nettement plus commercial hérité de son père.

Des filles par centaines

En vertu d’accords de collaboration, Gavor a été testé en République tchèque et en Hongrie par Bos Genetic qui occupe 40 % du marché Holstein hongrois. La tendance enregistrée était sensiblement identique dans les deux pays : une production laitière élevée, une protéine positive et un taux de gras bien inférieur à la moyenne. Il a cependant cédé près de 300 kg de lait en cours de première année, une perte compensée par la matière utile et les courbes de lactation sont très plates. Si la fiabilité de son testage tenait alors à la fois de la présence de ses filles dans des troupeaux de petite et de grande envergures, celle-ci s’appuie désormais officiellement sur 534 filles dans 155 troupeaux pour la production, et sur 488 filles dans 126 étables pour la morphologie en République tchèque, tandis que les filles de service n’ont pas été introduites dans l’indexation hongroise bloquée à 88 dans 41 troupeaux.

Ladislav Skarupa précise toutefois qu’elles sont aujourd’hui 622 classifiées en moyenne 81,3 dans des étables dépassant 500 vaches. Elles sont 7 % de VG et 67 % de GP. Les pis sont encore plus parlants : 14 % de VG et 47 % de GP. Il les décrit ainsi : « Les filles de Gavor sont plus grandes et plus laitières que leurs contemporaines. La côte est plate et laitière, avec une largeur et une profondeur de poitrine suffisante, de solides pattes et des pis bien faits. Ceux en 4es lactations sont toujours en ordre malgré de grosses productions. Le record de production de l’année 2010 en République tchèque est une Gavor en 3e lactation : 305 j et plus de 19 300 kg. » L’analyse enchaîne sur la fertilité : « Celle des génisses est dans la moyenne, celle des vaches est légèrement inférieure à cause de la production et néanmoins du souhait des éleveurs de réinséminer tôt. »

Belles avec du flanc

En France, il est distribué par Gen’France. Dans le Maine-et-Loir, Joseph Bedouet semble détenir les trois plus vieilles primipares de Gavor. « Elles ont toujours été de très belles et très grandes génisses, fières, harmonieuses, avec de la longueur corporelle et de grandes oreilles », indique-t-il. « Deux sont au 5e contrôle et ont produit plus de 36 kg en moyenne et en sont à 39 kg quotidiens avec un lait allégé en gras, ce qui convient à notre tendance de sélection. À ce rythme, nous allons les tarir à 35 kg, ce qui correspond à leur niveau au vêlage. C’est important, même pour notre moyenne de troupeau de 11 500 kg. » Elles sont au même niveau que les Bolton primipares. Il s’attend à ce que la première classification soit de 85 ou 86 points. « Certes, elles sont un peu volumineuses dans le pis, mais ils demeurent très bons. Les structures sont très bonnes, l’attache arrière est très haute. Je ne me fais pas de souci, nous disions la même chose des Starbuck » confie-t-il, « et elles ont tenu dans le temps. Elles ont des trayons un peu plus longs, ce qui conviendrait au robot. » Sa réflexion concerne la taille de ces vaches, « Elles mesurent autour de 157 cm et ont un bien meilleur flanc. Pour leur confort, il vaut mieux disposer de grandes logettes ou d’un couchage paillé. Elles savent marcher et ont des pattes parallèles. »

Typex magazine n°97 février-mars 2011 par Guillaume Bélibaste

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