Le point sur les systèmes de détection de vêlage

Quand la génétique, la recherche de l’excellence et le besoin de sérénité guident les choix de l’éleveur, le recours à un système de détection de vêlage s’impose. Revue de détail entre l’Alert’ Vel, l’Agrimonitor et le Vel’ Phone.

 

Comment fonctionnent les systèmes de détection de vêlage proposés sur le marché ? La question vaut d’être posée alors que l’on observe chez les éleveurs un intérêt grandissant pour ce type d’équipement. Depuis une quinzaine d’années, l’Alert’ Vel construit par la société ALB Inov, à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), fait valoir la simplicité de son utilisation. Le système est composé d’une pince émettrice placée sur la queue de la vache quelques heures ou plusieurs jours avant le vêlage et d’un boîtier récepteur branché sur le téléphone de l’éleveur. La pince est alimentée par des piles et le récepteur par un courant en 220 volts (V). Quand la vache a des contractions, elle lève la queue. Le contacteur situé à l’intérieur de la pince envoie par onde radio des impulsions à un coffret récepteur qui les mémorise. Lorsque les impulsions correspondent aux caractéristiques du vêlage, en termes de durée et de répétition, l’éleveur est appelé sur le premier numéro de téléphone entré dans le système. Il prend connaissance d’un message d’alerte et appuie sur la touche 5 de son téléphone pour valider sa réception. Si la réception du message n’est pas validée, il est envoyé en boucle sur les numéros enregistrés lors du paramétrage du système — cinq au total. La communication entre l’émetteur et le récepteur peut fonctionner jusqu’à une distance de deux kilomètres, à condition d’ajouter un boîtier relais et une antenne longue portée. « Nous voulons inciter l’éleveur à laisser faire la vache ; à ne pas intervenir de manière intempestive dès les premières contractions, explique Alain Chevallier, chef de marché « solutions reproduction » de l’union de coopératives Créavia, principal distributeur depuis juillet 2010 d’Alert’ Vel en France. L’éleveur peut programmer l’envoi de l’appel téléphonique de façon différée par rapport à la validation de l’alerte du vêlage. L’éleveur arrivera pendant le vêlage ou, s’il n’est pas commencé, il saura quand ont eu lieu les premières contractions. » L’Alert’ Vel n’est pas invasif pour l’animal, fait-on remarquer chez Créavia. « Il ne crée pas de lésions et ne présente pas de risque sanitaire. Il peut prendre en charge jusqu’à huit vêlages simultanément, avec des alertes même si la poche des eaux n’est pas expulsée. C’est important si le veau est mal placé ou s’il y a torsion de matrice. » Perçu comme un « outil de rentabilité par les éleveurs », il n’est pas étonnant, selon Alain Chevallier, que l’Alert’ Vel soit « en forte progression sur le plan commercial, en particulier chez ceux qui misent beaucoup sur la génétique. Le système contribue à limiter le stress de l’éleveur lorsque la naissance d’un veau de valeur est attendue ». L’Alert’ Vel, dont quelque huit cents exemplaires sont en service en France, revient à 3 000 euros HT environ, et son constructeur annonce pour cet automne des évolutions du système.

L'enregistrement de 9 600 vêlages de vaches et de génisses d’âge, de race et d’origine différentes a été nécessaire pour développer l’Agrimonitor.

L’Agrimonitor depuis 1987

Dans le même ordre de prix — moins de 4 000 euros HT —, les éleveurs peuvent se tourner vers l’Agrimonitor qui a depuis longtemps fait ses preuves sur le marché français. La présence en France de ce système de monitoring de vêlage remonte à 1987 et, selon son fabricant, la société belge Databel, environ quatre mille exemplaires sont en service dans l’Hexagone. Le système est fondé sur la surveillance (monitoring) des contractions utérines et abdominales de la vache, exactement comme en médecine humaine, chez la femme, depuis une vingtaine d’années. L’observation des contractions et l’analyse de leur évolution étant déterminants dans la prévention des risques obstétriques. Une ceinture et un boîtier posés sur la vache enregistrent l’activité utérine, détectent le démarrage du vêlage et les éventuelles complications — torsion de matrice, veau trop lourd, etc. Il faut deux minutes pour installer correctement cet équipement sur l’animal. À l’autre bout, les informations collectées par la ceinture arrivent sur un module de contrôle. L’éleveur peut être prévenu sur un téléphone portable de l’imminence du vêlage ou d’un problème nécessitant une intervention. L’Agrimonitor comprend entre un et huit ensembles boîtier-ceinture. Deux modules de contrôle sont proposés au choix. Le premier, appelé Contrôleur 8 000, est un signal sonore et lumineux qui informe d’une alarme (vêlage ou problème de fonctionnement), le système mémorisant les alarmes non réceptionnées par l’éleveur. Ce contrôleur, alimenté en 220 V, offre la possibilité — en option — d’un transfert d’appel vers les réseaux téléphoniques fixe et GSM (Global System for Mobile Communications). Le second, baptisé Centrale Activel, permet une gestion personnalisée du monitoring. Il est, entre autres, équipé d’un modem pour transférer les alarmes vers un téléphone fixe ou un portable. Les ceintures actives sont affichées avec l’état de la pile, le niveau de réception des données et la durée des alarmes. L’éleveur a la possibilité pour chaque vêlage de bloquer, retarder ou demander un rappel d’alarme. Dans le cas d’une situation normale, les alarmes se déclenchent en fin de vêlage. S’il s’agit d’un vêlage qui présente une évolution anormale des contractions — intensité, durée, fréquence — les alarmes sont émises de manière précoce en prévision d’une intervention de l’éleveur et/ou du vétérinaire. Databel n’annonce pas d’évolution particulière de son matériel. « Nous observons seulement un regain d’intérêt pour l’Agrimonitor chez les éleveurs qui investissent dans la génétique, mais aussi parce que les troupeaux grossissent, constate André Thibaut, directeur de Databel. D’autre part, les modes de vie changent. Les gens veulent une vie de famille la moins perturbée possible. »

Le kit Vel’ Phone de Medria se compose de 5 à 50 thermomètres vaginaux, 2 lots d’appendices par thermomètre, 1 applicateur, 2 filets de nettoyage, une base radio GSM, 1 malle de transport. Son prix, avec cinq sondes, est d’environ 3 400 euros HT.

Le Vel’ Phone, approche globale

Basé sur l’analyse de la température de la vache, le Vel’ Phone entre, depuis le début de sa commercialisation en 2008, dans sa quatrième génération d’équipement. Chez Medria, son concepteur, à Châteaugiron (Ille-et-Vilaine), on affirme que près de deux mille élevages utilisent le procédé. De quoi s’agit-il ? À la différence des deux détecteurs précédents, l’analyse de la situation se pratique à l’intérieur de l’animal. Un thermomètre est mis en place sept jours avant le vêlage dans le canal vaginal de la vache, avec pour mission de communiquer les températures qu’il relève à une base radio GSM. Le paramétrage de la base radio permet l’enregistrement d’un à trois numéros de téléphone portable ; le choix des heures et du nombre de relevés de température (jusqu’à deux par jour) ; le retardement de l’envoi du message d’expulsion de la poche des eaux (de quelques minutes à deux heures). Selon Medria, les services apportés par le Vel’ Phone à l’éleveur résultent des messages SMS (Short Message Service) envoyés par la base radio GSM après la mise en place du thermomètre vaginal. Les algorithmes de prédiction du vêlage génèrent des SMS différents selon les signaux observés : « Vêlage probable sous 48 h » à la fiabilité supérieure à 75 % ; « Vêlage attendu sous 48 h » à la fiabilité dépassant 90 % ; « Alerte température basse » quand celle-ci est inférieure à 37,8° C pendant plus de deux heures consécutives ; et le message d’expulsion du thermomètre. Pour aller vers une approche globale des « événements de l’élevage », Medria propose depuis 2010 à l’éleveur une connexion à sa plate-forme Internet Daily Web Services qui présente le tableau de bord zootechnique et sanitaire de l’élevage. Medria souligne qu’avec la même base radio GSM, il est possible de réunir les services du Vel’ Phone et du détecteur de chaleurs Heat Phone. Tout cela dans la direction d’une recherche de globalité parce que « le regard des éleveurs change », constate Jean-Pierre Lemonnier, président de l’entreprise. « Les pertes d’exploitation sont plus difficilement acceptées. En élevage, faire face à une urgence signifie souvent qu’il est déjà trop tard. » Autre raison, enfin, et non des moindres : « Les épouses jouent un rôle dans les schémas de décision de l’exploitation. Et les éleveurs connaissent la réponse à la question lancinante : ne pourrais-tu pas être un peu plus serein ? »

Dominique-J. Lefebvre

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