Les vibrations : un ennemi sournois aux conséquences multiples
Le confort des matériels agricoles a fortement progressé ces dernières années, mais leur utilisation engendre toujours des secousses qui se transmettent directement au corps ou à une partie du corps. Si ce phénomène devient répétitif, on parle alors de vibrations. Celles-ci peuvent avoir des conséquences qui justifient pleinement la mise en place d’un plan d’action dans chaque entreprise.

Malgré les efforts des constructeurs de matériels agricoles en matière de confort, les vibrations et les secousses existent et peuvent engendrer des problèmes de santé, voire des maladies professionnelles.
Les études scientifiques sur les vibrations n’aboutissent pas toujours à des conclusions évidentes, les conséquences qu’elles entraînent peuvent être nombreuses. On pense bien entendu tout d’abord aux douleurs cervicales ou dorsales que ressentent de nombreux utilisateurs. Ces atteintes peuvent être musculaires ou squelettiques. Elles sont le plus souvent liées à une lombalgie, à une sciatique, à l’apparition d’une excroissance osseuse ou d’une hernie discale. Certains de ces troubles sont reconnus comme maladie professionnelle.
Il n’y a pas que le mal de dos
Les vibrations peuvent également avoir une action sur la circulation sanguine. Ce phénomène concerne particulièrement les mains. Il est connu sous le nom de syndrome de Raynaud ou maladie des doigts blancs ou des doigts morts. La personne exposée éprouve d’abord des picotements dans les doigts. Si l’exposition aux vibrations se prolonge, les doigts changent de couleur et s’engourdissent. On constate une perte de dextérité et une diminution de la force. Dans les cas les plus graves, la circulation est modifiée de façon permanente et les doigts deviennent bleu foncé. Les affections peuvent également atteindre le système nerveux sensoriel et réduire la sensation du toucher et la perception du chaud et du froid. L’exposition aux vibrations augmenterait également le risque d’apparition du syndrome du canal carpien qui est le signe physique lié à la souffrance du nerf médian du poignet. Appliquées à l’ensemble du corps, les vibrations peuvent provoquer des troubles visuels entraînant une diminution de la notion de relief et de la perception des mouvements. Elles peuvent également engendrer des troubles digestifs comme la perte d’appétit, la constipation ou des douleurs abdominales.
Une mesure bien difficile
Pour évaluer les risques encourus, il est indispensable de quantifier l’importance des phénomènes vibratoires subits par les utilisateurs. La mesure est complexe, car de nombreux paramètres interviennent. Une vibration se caractérise par son amplitude mais aussi par sa fréquence. Les vibrations peuvent apparaître de haut en bas, d’avant en arrière mais aussi de droite à gauche. Il est également indispensable de prendre en compte le temps d’exposition. Le « mesurage » des vibrations, comme l’appellent les spécialistes, s’effectue à l’aide d’accéléromètres dont le signal est amplifié et filtré. Les résultats s’expriment en mètre par seconde au carré (m.s-2) en fonction du temps. Les articles R 4441 à 44447 du code du travail fixent des valeurs seuils différentes si les vibrations s’appliquent aux membres supérieurs ou à l’ensemble du corps. Ces valeurs s’appliquent à toutes les entreprises, y compris celles assujetties au régime agricole. La première valeur dite d’action est fixée à 0,5 ms.-2 pour les vibrations transmises au corps entier et à 2,5 ms.-2 pour les vibrations des membres supérieurs. Son dépassement doit déclencher de la part de l’employeur la mise en place d’un programme d’action. La seconde valeur, de 1,15 ms.-2 pour l’ensemble du corps et 5 ms-2, pour les membres supérieurs est la valeur maximale admissible au-delà de laquelle il est indispensable d’intervenir. Les matériels de mesure modernes sont autonomes et facile à embarquer dans un véhicule, mais leur coût et la formation nécessaire à leur emploi ne permettent pas, actuellement, d’envisager facilement une généralisation de leur utilisation. Des campagnes de « mesurage » effectuées par la MSA autorisent une première approche intéressante.
À chaque situation son niveau d’exposition
Ces mesures montrent que, si les seuils peuvent facilement être atteints, les valeurs enregistrées sont extrêmement variables selon les matériels. Les moissonneuses- batteuses, les ensileuses et les pulvérisateurs sont en général des matériels qui présentent peu de risques. Les presses à balles rondes, les tonnes à lisier et les presses à balles parallélépipédiques peuvent générer des vibrations entraînant des risques graves. On constate cependant que dans une même catégorie de matériel, les écarts peuvent être extrêmement importants. C’est le cas en particulier pour les presses, les chargeurs ou les outils de travail du sol. Ces écarts s’expliquent par le fait que de nombreux paramètres influent sur l’intensité ou la fréquence des vibrations, mais aussi sur les conséquences qu’une même vibration peut avoir sur deux individus placés dans des situations différentes. C’est, bien entendu, d’abord le principe de fonctionnement puis la conception du matériel qui engendrent l’apparition de phénomènes vibratoires. Ce sont ensuite les conditions d’utilisation de ces matériels qui favoriseront ou non la propagation de ces ondes. La position, le comportement et l’état physique de l’utilisateur auront enfin une incidence directe sur l’impact réel de ces vibrations sur l’organisme. La Directive européenne « machine » précise clairement que c’est le chef d’entreprise qui doit veiller au respect des textes en vigueur dont les décrets d’application datent de juillet 2007 pour les nouveaux matériels. Après une période transitoire de trois ans, ces textes sont devenus une obligation pour tous les matériels mis en service avant 2007, sauf pour l’agriculture et la sylviculture.
Fin de dérogation pour l’agriculture et la sylviculture en 2014

Le choix d’un siège homologué est important. Une étiquette placée sur le siège indique son homologation et surtout la catégorie de matériel pour lequel il est adapté.
Ces deux derniers secteurs d’activité disposent encore d’une dérogation jusqu’en juillet 2014. La difficulté d’application réside dans le fait que, sans mesure précise, l’évaluation de l’importance du phénomène est facile dans les cas extrêmes, mais très difficile dans les situations normales d’utilisation. Il est donc préférable de toujours chercher à atteindre les valeurs les plus faibles.
La première étape consiste donc à tenir compte des données déclarées par les constructeurs qui doivent normalement tout mettre en oeuvre pour réduire les risques. En cas de risque vibratoire important, le fabricant est dans l’obligation de prévenir l’utilisateur. Cependant les normes d’essais qu’ils utilisent pour déterminer les niveaux de vibration ne sont pas toujours représentatives des conditions réelles et, bien souvent, ils communiquent très peu sur cet aspect des risques professionnels. C’est ce qui a amené la MSA à mettre en place une étude sur plusieurs années qui pourra servir de base de référence.
Bien choisir son outil
Sur les engins automoteurs agricoles classiques, seuls les pneumatiques et la suspension du siège permettent d’atténuer les vibrations, mais tous les sièges n’ont pas le même comportement. Certains n’agissent que selon l’axe vertical, alors que d’autres agissent également d’avant en arrière. Le choix d’un siège homologué est donc important. Une étiquette placée sur le siège indique son homologation et surtout la catégorie de matériel pour lequel il est adapté. Les tractoristes sont tenus de respecter cette homologation pour la première monte. Attention, cette obligation ne concerne pas les secondes montes ni les autres de machines mobiles.
La présence d’autres systèmes amortisseurs peut améliorer la situation. La suspension du châssis est sans doute la plus efficace, mais elle équipe peu de matériels, car elle n’est pas toujours compatible avec le travail à réaliser. La suspension de la cabine est une solution intéressante. Il faut cependant distinguer les cabines isolées du véhicule par des plots de caoutchouc de celles équipées d’une véritable suspension mécanique basse fréquence. Ces dernières sont les seules réellement efficaces sur route. Les suspensions des ponts avant de tracteur ou celles placées sur les outils peuvent améliorer sensiblement les conditions d’utilisation.
Optimiser l’utilisation
Choisir un matériel disposant des dernières innovations technologiques n’est pas tout, encore faut-il que l’outil soit utilisé dans les meilleures conditions. Pour les engins comme les chargeurs qui circulent régulièrement au même endroit, il est indispensable d’aménager des surfaces de roulement planes. Les pneumatiques étant des acteurs importants de la suspension, à faible vitesse, il est bien souvent préférable de réduire au minimum leur pression de gonflage pour absorber les petites rugosités du terrain. À vitesse élevée, une faible pression peut cependant générer des mouvements basse fréquence assimilables à du tangage. Toutes les transmissions et les articulations peuvent être sources de vibrations. Il est donc indispensable de veiller à leur entretien rigoureux. L’apparition de jeu dans toutes les articulations est à suivre de prêt. Une usure importante de l’anneau d’attelage des équipements traînés peut provoquer des à-coups difficilement supportables. L’utilisation d’attelage sans jeu comme les boules d’attelage ou certains attelages en chape avec rotule diminue sensiblement les risques. Tous les phénomènes vibratoires sont bien souvent amplifiés par la vitesse. Il est donc toujours préférable de choisir la vitesse la plus faible, compatible avec le rendement du chantier.
Former les utilisateurs
Toutes choses étant égales par ailleurs, le comportement du conducteur peut entraîner de grandes différences. Une conduite tout en souplesse réduira les risques de chocs et de vibrations. Ces dernières auront plus d’impact sur l’organisme si l’utilisateur se crispe sur ses commandes ou si sa posture est mal adaptée. C’est le cas en particulier lorsque le conducteur doit regarder sans cesse vers l’arrière pour surveiller son travail. Sur les engins automoteurs, le réglage du volant et du siège par rapport à la taille et au poids du conducteur est essentiel. Ces réglages doivent être exécutés avec un maximum de soin avant chaque utilisation. Pour le siège il est important d’adapter la hauteur, l’inclinaison, l’avancement et la suspension. L’aménagement de poses régulières et le changement de poste de travail réduiront l’incidence des vibrations sur l’organisme. À l’inverse, certaines activités annexes comme le port régulier de charges lourdes, le travail dans le froid, le stress, ont un effet amplificateur incontestable. Pour mettre en place l’ensemble de ces actions et les actions de formation qui devraient les accompagner, les employeurs sont dans l’obligation d’évaluer régulièrement avec leurs salariés les risques auxquels ces derniers sont soumis. Comme le stipule la loi, le résultat (document unique d’évaluation des risques) écrit de cette évaluation devrait être conservé pendant une durée de 10 ans.
Gérard Vromandt



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