Pathologie : Le parasitisme interne de la VL

Le parasitisme interne dû à des parasites majeurs comme la douve, le paramphistome, les strongles pulmonaires et digestifs est rarement responsable de pathologies chez la vache laitière mais le parasitisme latent a pour conséquences des pertes économiques difficilement appréciables quoique bien réelles.

Grande douve (taille adulte de 1 à 2 cm).

Pour ces quatre parasites, l’absorption des œufs ou des larves se fera au pâturage.

La grande douve ou fasciola hépatica

Une enquête a été réalisée en février 2007 sur 520 génisses ou jeunes vaches appartenant à 52 cheptels de plusieurs régions françaises ; 71,3 % de sérologies (recherche d’anticorps contre la grande douve) ont été positives et 46 % avaient des taux d’anticorps élevés. Cette enquête montre bien la prévalence de la grande douve ; celle-ci n’est pas révélée par les saisies de foie dans les abattoirs car l’information ne remonte que rarement jusqu’au producteur et la surveillance sanitaire à l’abattoir ne détecterait que 55 à 70 % des foies parasités.

Le cycle biologique de la grande douve est complexe. Les douves adultes qui séjournent dans les canaux biliaires du foie pondent des œufs qui sont éliminés dans les bouses. En conditions favorables (température et humidité suffi antes), ces œufs vont éclore pour donner une larve aquatique, le miracidium, qui va nager dans un film d’eau et se diriger par un chimiotactisme vers un petit escargot amphibie, la limnée tronquée, indispensable au développement de la douve ; le miracidium va pénétrer dans la limnée et se transformer en un sporocyste à l’origine d’une rédie qui va se multiplier en de nombreuses rédies filles ; dans chaque rédie, une dizaine de cercaires va se constituer : ce sont des larves mobiles qui vont sortir de la limnée et s’enkyster sur des brins d’herbe sous forme de métacercaires, en attendant d’être absorbées par un animal. La permanence de la douve au cours de l’hiver sur un terrain est assurée par deux formes de résistance : les œufs et les métacercaires. Le milieu extérieur humide mais pas saturé d’eau est nécessaire au miracidium, au cercaire et au développement de la limnée ; ainsi, les gîtes à limnées seront les prairies humides, les rives de ruisseaux, rivières et étangs, les empreintes de sabots près des ruisseaux, les zones de ruissellement.

Hôte intermédiaire de la grande douve et du paramphistome.

L’infestation par la grande douve chez le bovin adulte se traduit par des lésions hépatiques : la paroi des canaux biliaires est épaissie par l’inflammation chronique due à la présence de grande douve dans ces canaux ; on peut observer une calcification de la paroi des canaux qui se traduit par un crissement du couteau à la coupe de l’organe. Dans les infestations importantes, des lobules hépatiques sont isolés par les canaux biliaires épaissis avec pour conséquence une dégénérescence fibreuse et développement de la cirrhose. Or, un foie en bonne santé est indispensable au métabolisme de la vache laitière. D’autre part, une anémie est associée aux infestations par la grande douve car la douve est hématophage.

Ces différentes lésions expliquent les pertes économiques liées à la grande douve : des auteurs suisses estiment à 299 € par vache cette perte consécutivement à la baisse de la production laitière, à la diminution de la fertilité, à la perte de poids de la carcasse ou à sa déqualification due au remplacement du muscle par de la graisse et enfin par la saisie des foies. À ces pertes qui ont pu être chiffrées, il faut sans doute ajouter des pertes plus difficilement quantifiables : la plus grande sensibilité aux maladies du fait d’un déficit immunitaire, la morbidité et la mortalité plus importante des veaux suite à des pathologies néonatales et respiratoires à cause de colostrum de qualité insuffisante.

Il est souvent difficile de mettre en évidence la grande douve dans un élevage ; la présence de biotopes favorables au développement des limnées (bordures de ruisseaux ou d’étangs, zones humides ou marécageuses) doit être une alerte et imposer des investigations complémentaires, sauf si l’abattoir a informé l’éleveur de la saisie d’un foie pour douve sur un animal de son élevage. Deux méthodes sont utilisées pour rechercher la douve : une méthode directe par la recherche d’œuf  de douve dans le fèces (la coproscopie) et une méthode indirecte par recherche des anticorps dans le sang (la sérologie).

Si, lors d’une coproscopie, on trouve un seul œuf de douve, on peut affirmer que la douve est présente dans l’élevage et mérite de retenir l’attention de l’éleveur. Mais cette méthode est assez peu sensible car les douves sont assez peu prolifiques et la concentration en œufs des fèces est assez faible. La période de l’année la plus favorable à cette recherche est la fin de l’été et le début de l’automne.

Inflammations et épaississement des canaux biliaires du foie dus à la grande douve.

La sérologie peut être réalisée sur le lait de tank : ses résultats sont souvent difficilement interprétables lorsque la positivité est faible et le résultat peut être faussement négatif lorsque seule une partie des vaches a été soumise au risque (vaches taries ou génisses ayant séjourné sur des parcelles à risques par exemple). Nous préférons des sérologies sur le mélange de huit à dix prélèvements de sang sur les animaux soumis aux risques ; le plus souvent, en pratique, nous prélevons deux groupes : les primipares ou les génisses prêtes à vêler et les vaches adultes. Ces prélèvements peuvent être réalisés à l’automne et en hiver.

En fonction de la période d’infestation dans le cycle de la vache laitière (tarissement, génisse avant vêlage, au cours de lactation) la date du traitement devra être adaptée. Chez la vache laitière, une seule molécule peut être utilisée au cours de la lactation sans temps d’attente pour le lait (Oxyclozanide) mais ce traitement n’est actif que sur les douves adultes. Pour une efficacité optimale, le traitement devra être réalisé deux fois avec un intervalle de six semaines à deux mois, même en hiver, car les adultes de douves lorsqu’elles sont nombreuses empêchent la croissance des jeunes douves et après la mort des douves adultes après le premier traitement, les jeunes douves reprennent leur croissance. D’après des études récentes, le meilleur retour sur investissement est obtenu lors de traitement en octobre et en décembre.

On pourra limiter l’infestation par les douves en drainant les zones humides, en posant des clôtures pour limiter l’accès aux bordures des ruisseaux et des étangs, en supprimant l’accès au ruisseau pour l’abreuvement, les trous faits par les pieds étant des gîtes à limnées. Enfin, il vaut mieux supprimer l’accès aux zones marécageuses impossibles à drainer.

Le paramphistome ou douve du rumen

Les paramphistomes sont des parasites de la même famille que la douve ; ils se fixent sur la muqueuse du rumen et s’accumulent au cours des années ; en effet, un paramphistome peut survivre dans le rumen pendant cinq ans.

La paramphistomose est une maladie parasitaire émergente ; ainsi, au laboratoire départemental de la Creuse, le nombre de coproscopies positives est passé de 9,8 % en 1994 à 52,8 % en 2002 et sa présence a été confirmée dans la plupart des régions françaises.

Le cycle biologique dans le milieu extérieur du paramphistome est identique à celui de la douve avec le même hôte intermédiaire, la limnée tronquée. Toutefois, le miracidium et le cercaire de paramphistome supportent des températures plus faibles que celles de la douve, les infestations seront donc plus précoces au printemps et plus tardives à l’automne. Les zones à risques de paramphistomes seront alors les mêmes que les zones à risques pour la douve.

Le paramphistome a été longtemps considéré comme peu pathogène. Les formes aiguës dues à des fortes infestations larvaires se traduisant, au printemps et à l’automne, par une diarrhée abondante noirâtre ou brun verdâtre conduisant à la mort ou à une non-valeur économique sont très rares. Les formes chroniques dues à l’accumulation de paramphistomes adultes dans le rumen peuvent être responsables de ballonnements du rumen, d’épisodes de diarrhée et d’amaigrissement ; elles ne sont pas rares dans les exploitations où les pâturages à risques sont nombreux. Même en l’absence de symptômes spécifiques, les paramphistomes, lorsqu’ils sont nombreux, nuisent à leur hôte par les prélèvements : les formes immatures sont hématophages et les formes adultes se nourrissent vraisemblablement du contenu du rumen. D’autre part, ils irritent la paroi du rumen et ainsi peuvent diminuer l’ingestion de la ration. Les infestations importantes vont avoir pour conséquence des pertes de production (croissance, lait).

Le diagnostic de paramphistomose est relativement facile car les paramphistomes sont plus prolifiques que les douves : aussi, la recherche des œufs dans les bouses par coproscopie sur quelques animaux de l’élevage permettra-t-elle de mettre en évidence le parasite.

Actuellement, la seule molécule ayant démontré une activité sur la paramphistomose est l’oxyclozanide. Toutefois, la posologie recommandée est différente : elle est de 10 mg par kg de poids vif sans stop dose (10 mg par kg de poids vif avec une dose maximale de 3,50 g pour la douve). À cette posologie, il n’est pas rare d’observer des diarrhées sur quelques animaux pendant un à deux jours. Pour limiter ces inconvénients et comme la paramphistomose est souvent associée à la douve, on recommandera de faire un premier traitement avec stop dose et un deuxième traitement six à huit semaines plus tard sans stop dose.

Étant donné que le cycle d’évolution en extérieur est très voisin de celui de la douve, les mesures sur les pâtures seront identiques.

Les strongyloses gastro-intestinales

Nodosités dans la paroi de la caillette où sont enkystées les larves d’Ostertagia.

Traditionnellement, les infestations par des strongles gastro-intestinaux sont plus importantes chez les veaux en première saison de pâture et des mesures de contrôle (vermifugation) sont limitées à cette tranche d’âge et éventuellement à la deuxième saison de pâture. Ces mesures doivent être réfléchies en fonction de l’exposition au risque afin de pouvoir laisser quelques strongles qui stimuleront l’immunité afin que les adultes soient protégés contre de nouvelles infestations. Mais des enquêtes récentes dans 867 élevages laitiers ont montré que des taux d’anticorps élevés contre Ostertagia ostertagi, un des strongles les plus pathogènes, mesurés par une méthode non encore disponible en routine, ont été associés à une perte de 1 kg de lait par vache et par jour. Sur les animaux dont les taux d’anticorps étaient les plus élevés, on a constaté une augmentation de 2,87 kg de lait par jour après un traitement à base d’éprinomectine autour du vêlage. L’immunité des vaches laitières contre les strongles digestifs et en particulier contre Ostertagia n’est donc pas aussi bonne qu’on aurait pu le souhaiter. Les strongles présents dans l’intestin d’un animal parasité pondent un nombre considérable d’œufs (5 000 à 10 000 par jour pour Oestertagia) qui sont éliminés dans les bouses ; en conditions favorables (température de 7 à 40 °C et humidité), ces œufs éclosent dans les bouses pour donner des larves L1 qui vont subir deux mues successives pour donner une larve L3 infestante en une semaine. L’été, les larves sont sensibles à la sécheresse. À l’automne, la croissance est ralentie. Si les conditions de température sont défavorables, les oeufs ne pourront pas éclore et un petit nombre reprendra leur croissance au printemps suivant. D’autre part, les larves L3 sont résistantes et peuvent survivre jusqu’à 15 mois ; seules des températures basses associées à du temps sec pourront les détruire.

Chez un jeune bovin n’ayant aucune immunité contre les strongles, la larve L3 va muer en larve L4 puis L5 dans la paroi digestive, dans la caillette pour Ostertagia. Enfin, après une dernière mue, la larve L5 se transforme en un adulte capable de se reproduire et de pondre des œufs. Il faut 16 à 21 jours entre l’ingestion des larves L3 et la ponte des premiers œufs. La prolificité des strongles et le cycle court conduisent à une infestation rapide et importante des pâtures lorsque les animaux n’ont pas d’immunité. Chez l’adulte ayant acquis une certaine immunité, les larves vont être inhibées au stade L4 dans la paroi de la caillette pour Ostertagia et à la faveur de dépression de l’immunité (vêlage par exemple), ces larves reprendront leur croissance pour donner des strongles très prolifiques qui contribueront à maintenir une contamination de pâtures.

Le diagnostic d’ostertagiose avec des larves enkystées est difficile car les recherches des œufs dans les bouses par coproscopie sont très souvent négatives. Chez les jeunes, on peut utiliser le dosage du pepsinogène sanguin : à l’automne, lors d’infestation importante de la caillette par Ostertagia, le pepsinogène est moins transformé en pepsine et s’accumule dans le sang. Chez l’adulte, ce dosage n’est pas interprétable. Nous espérons que la méthode de mesure du taux d’anticorps dans le lait par densité optique citée plus haut sera bientôt disponible en routine pour pouvoir améliorer notre diagnostic et prescrire des traitements à bon escient.

En l’absence de diagnostic fiable, nous conseillons de traiter au moins les plus jeunes vaches (premières et éventuellement deuxièmes lactations) au vêlage avec un vermifuge actif sur les larves de strongles enkystées ce qui évitera le recyclage de strongles au vêlage et permettra à ces animaux qui, outre une production importante, ont une croissance à assurer avec une capacité d’ingestion moindre. Les strongles ayant un effet dépressif sur l’appétit, l’ingestion en sera encore diminuée.

En prévention, il est difficile d’agir sur les pâtures car, pour une bonne utilisation de l’herbe, la rotation est trop rapide pour avoir une diminution de la contamination suffisante entre deux passages. Il faut éviter de mettre des vaches laitières sur des parcelles où ont séjourné des jeunes en première année de pâture ; si c’est le cas, un traitement des vaches à la sortie est obligatoire.

Un plan de prévention raisonné du parasitisme sur les jeunes animaux permettra aux animaux d’acquérir une immunité et ainsi de limiter l’incidence du parasitisme chez l’adulte.

La dictyocaulose ou bronchite vermineuse

La toux d’été des vaches laitières est fréquente dans l’ouest de la France ; elle est associée dans au moins 80 % des cas à de la bronchite vermineuse ou dictyocaulose.

Nombreux dictyocaules dans la trachée d’un bovin à l’autopsie.

Le dictyocaule adulte est un parasite des bronchioles et des bronches. Ces vers pondent de nombreux œufs qui éclosent dans les bronches. Les larves L1 remontent les bronches puis la trachée, sont dégluties et éliminées dans les bouses. Dans les bouses, ces larves subissent deux mues successives pour donner des larves L3 infestantes. Ces larves L3 sont sensibles à la sécheresse mais les bouses assurent leur protection contre le dessèchement et favorisent leur dissémination : en effet, dans les bouses se développe un champignon du genre Pilobolus qui, lorsqu’il arrive à maturité, éclate et projette au-delà d’un mètre les larves de dictyocaules qui le parasitent ; ainsi, les larves sont lancées au-delà de la zone de refus des bovins autour d’une bouse, ce qui favorise leur ingestion par un bovin. D’autre part, les larves L3 peuvent être hébergées par des vers de terre qui assurent aussi leur dissémination et leur protection pendant les périodes moins favorables. Ces larves L3, absorbées par un bovin, vont traverser la paroi intestinale, deviennent des larves L4 dans les ganglions et sont acheminées par voie sanguine vers le poumon, elles traversent les alvéoles et elles muent en larve L5 puis en adultes capables de se reproduire : il faut 22 jours entre l’ingestion d’une larve et la ponte des premiers œufs. Les adultes peuvent rester jusqu’à six mois dans les bronches et, à l’automne, il existe une possibilité d’hypobiose des larves L5 qui reprendront leur croissance au printemps : les adultes persistants pendant l’hiver et les larves L5 en hypobiose qui reprennent leur croissance permettent une contamination des pâtures au printemps suivant.

Lors de toux, il est indispensable de faire un diagnostic avant tout traitement car ce traitement est onéreux. Le diagnostic se fera par recherche de larves de dictyocaules dans les bouses. La recherche se fera sur des prélèvements de bouses sur 3 à 5 vaches qui toussent depuis au moins 15 jours. Les prélèvements devront être analysés rapidement car, sur les vaches laitières, du fait d’une immunité présente mais insuffisante, le nombre de larves dans les bouses est faible et ces larves sont relativement fragiles, ce qui peut donner des résultats faussement négatifs. De même, un prélèvement trop précoce (moins de 15 jours après le début des symptômes) peut être faussement négatif ; on conseille alors de refaire un prélèvement 10 à 15 jours plus tard si la toux persiste. La présence d’une seule larve sur un des prélèvements est significative et devra conduire à la mise en place d’un traitement.

Le traitement se fera avec de l’éprinomectine : cette molécule est le seul vermifuge rémanent qui n’a pas de délai d’attente pour le lait. Dans ce cas, l’utilisation d’un vermifuge rémanent nous semble indispensable car elle limite la recontamination des animaux pendant 28 jours et ainsi favorise un assainissement partiel des pâtures.

Comme pour les strongyloses digestives, la prévention de la dictyocaulose se fera par une acquisition de l’immunité par le jeune par un plan de prévention raisonné. Toutefois, la dictyocaulose dépend beaucoup des conditions climatiques : un hiver rigoureux va diminuer fortement la contamination résiduelle des pâtures ; par contre, un printemps humide et doux sera favorable à la survie des larves.

Le parasitisme de la vache laitière ne doit pas être sous-estimé car il n’est pas sans conséquence sur les résultats économiques de l’exploitation laitière. La maîtrise du parasitisme de l’adulte devra être intégrée dans un plan de prévention global du parasitisme du jeune à l’adulte en fonction des pâtures et des contraintes de l’éleveur tout en limitant le coût des traitements.

Typex Magazine n°76 - Août/Septembre 2007 par Gilbert Laumonnier, Dr vétérinaire Commission « vaches laitières » de la SNGTV. Photos : JM Nicol.

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1 Réaction pour “Pathologie : Le parasitisme interne de la VL”

  1. Guillemot dit :

    Excellent article bien illustré.

    Les sérologies ELISA pour les diagnostics de la Douve et d'Ostertagia sur le lait ,avec estimation du manque à gagner,sont possibles au Laboratoire d'analyses d'Alcyon à Plouédern, BP 109,29411 Landerneau cedex

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