Aliments minéraux: Costal peaufine son offre « cousue main »
Costal a configuré son usine de Molsheim pour fabriquer des formules de minéraux précisément calées sur les besoins des animaux et la demande des éleveurs. L’entreprise veut ainsi renforcer sa réputation d’acteur qui propose des solutions « cousues main » à ses clients.
Filiale du Comptoir agricole de Hochfelden (CAH), principale coopérative céréalière alsacienne, Costal rayonne sur quatre à cinq départements du nord-est de la France et un peu en Allemagne. Le Bas-Rhin est sa place forte historique. Sa part de marché dans les deux départements alsaciens est d’environ 50 %. Costal occupe une position dominante en volaille de chair (80 % du marché) et en porc (70 %). Elle se contente de 45 % en bovins et de 10 % en volaille de ponte. En 2009, l’unique site de Molsheim a réalisé un chiffre d’affaires de 25 M€ pour 95 000 t d’aliments répartis sur la volaille (50 %), les ruminants (35 %) et le porc (15 %). « Nous sommes restés sur la dynamique enclenchée par la demande accrue d’aliments bovins en 2007. Cet acquis a été conservé. Le tonnage ruminants a progressé de 2,83 % en 2009 grâce à l’élargissement de notre zone de chalandise et à notre agressivité sur les tarifs », explique Laurent Thiaucourt, directeur de Costal. En 2010, le volume ne sera cependant pas tenu. La perte d’un marché de 10 000 t en pondeuses se traduira par un recul de la production à quelque 85 000 t. Mais la création d’une dizaine de nouveaux bâtiments en volaille de chair dans les mois qui viennent redonne des perspectives. L’entreprise est en tout cas loin des 55 000 t qui constituaient sa référence à sa création en 1997 quand Sicaliments, à l’époque la filiale aliment du bétail du CAH, a racheté les Etablissements Schreyeck.
Coller aux besoins des animaux
Dans l’incapacité d’adopter un positionnement volume-prix comme certains de ses concurrents, français ou allemands, Costal a basé son développement sur la personnalisation de ses gammes. « Nous sommes à l’écoute de nos clients avec l’ambition de leur proposer une solution adaptée à leur situation », souligne Laurent Thiaucourt. Un pas supplémentaire dans cette direction a été franchi en 2009 avec la mise au point de la gamme d’aliments minéraux vitaminisés Flexi, destinée aux bovins. Comme son nom le suggère, elle se caractérise par sa souplesse de formulation. Mais aussi la capacité de coller au plus près aux besoins des animaux. L’idée de Costal est de complémenter les fourrages et les aliments de la ration présents sur une exploitation en fonction des apports qu’ils procurent. En Alsace, les ingrédients d’une ration de base sont divers et variés : ensilages de maïs, d’herbe ou de luzerne, drèches de brasserie, pulpes de betteraves, CGF (Corn Gluten Feed), déchets de pommes de terre. « Pour proposer le bon minéral, il faut définir le ratio Ca/P, mais aussi trouver les bons équilibres avec les oligo-éléments, les minéraux mineurs et les vitamines », insiste Laurent Thiaucourt. Pour trouver les bons ajustements, Costal analyse par spectrométrie infrarouge un extrait sec des échantillons d’ensilages de maïs prélevés en ferme. Les teneurs en phosphore, en calcium, autres minéraux et en oligo-éléments sont mesurées et exprimées en valeur absorbable. Pour les oligo-éléments, des références ont été recherchées par petites zones géographiques. Les variations étant faibles, des valeurs moyennes régionales ont été retenues. Pour les vitamines, il a été admis que les fourrages en contiennent peu, que leur apport est hétérogène et suit une courbe dégressive dans le temps. Elles ont donc été dosées pour éviter les carences. Enfin, les calculs ont été effectués sur les apports totaux des composants de la ration. L’incorporation de tourteau de colza dans les correcteurs azotés a par exemple été prise en compte.
Cette quantification des apports a permis d’ajuster la complémentation. Costal a redéfini les besoins des ruminants en se basant sur les nouvelles recommandations de l’Inra, en les pondérant avec celles du NRC américain et en les adaptant dans certains cas. La teneur en vitamine E a, par exemple, été fixée à son niveau le plus élevé (25 mg/kg). Un taux de sélénium de 0,4 mg a été retenu bien que l’Inra ne conseille que 0,1 mg. « Des travaux ont montré l’intérêt d’être au-dessus de cette valeur », argumente Laurent Thiaucourt. Après coup, il suffit de retrancher les apports des besoins pour arriver à une large gamme de complémentaires basée sur le rapport phosphocalcique et une proportion fixe d’oligo-éléments et de vitamines. Cette formule de base satisfait les besoins essentiels des ruminants. Elle a été déclinée pour les bovins lait (200 g/jour) et viande (100 g/jour). « Ces quantités couvrent plus de la moitié des besoins en vitamines et oligo-éléments essentiels et toute sous-distribution aura des répercutions à terme », insiste Laurent Thiaucourt. L’éleveur a la possibilité de compléter son minéral en choisissant dans une panoplie d’une dizaine d’options (sélénium organique, méthionine protégée, argiles, levures, biotine, etc.) avec lesquelles il peut mieux valoriser sa ration, prévenir les troubles digestifs, les problèmes de fertilité, d’aplombs, etc. « Notre philosophie n’est pas de vendre de l’option à tout va, mais seulement quand il y a un réel besoin. Flexi a adopté pour slogan « opter pour l’essentiel ». On peut traduire par « virer le superflu ». C’est une autre approche commerciale. On n’empile pas les produits chers. Mais on revient aux fondamentaux en ajoutant uniquement des éléments quand il faut corriger », commente David Contet, technicien ruminants chez Costal. Sur le terrain, l’argument de la « régionalisation » du calcul des besoins est d’autant mieux accueilli qu’en termes de prix Flexi est plus économique. Il coûte environ 10 % moins cher.
Seulement en big-bag d’une tonne
Cette performance s’explique certes par un dosage différent des minéraux, mais aussi par les choix de fabrication et de conditionnement. Sur 2008 et 2009, Costal a investi 2 millions d’euros dans la reconfiguration de son outil de production. « Jusque-là, l’usine tournait six jours sur sept. La marge de manoeuvre pour programmer les opérations de maintenance devenait étroite. Il a été décidé d’augmenter le débit. Cet objectif supposait de changer la mélangeuse datant de 1967 », explique Laurent Thiaucourt. Un tel redéploiement posait un défi technique : sans possibilité de transfert de production, l’unité devait continuer à tourner pendant les travaux. En pratique, l’usine a anticipé des commandes et a informé au préalable ses clients de possibles perturbations dans ses livraisons. Un cabinet d’ingénierie a géré le chantier. La stratégie retenue a été de profiter des espaces disponibles pour déplacer une des trois bennes et installer à sa place une nouvelle mélangeuse d’une capacité de 3 tonnes en complément de la mélangeuse à minéraux de 1 tonne. Les broyeurs ont quant à eux été déplacés en amont d’une des trois bennes peseuses. Une vingtaine de petites cellules servent au stockage des oligo-éléments, vitamines, anti-coccidiens, etc. Une benne peseuse les pèse avec une précision de 20 g avant transfert pulsé vers la mélangeuse. Un poste d’ensachage en bigbag d’une tonne constitue le terminus de cette ligne de minéraux entièrement automatisée. L’usine fonctionne aujourd’hui cinq jours sur sept avec trois équipes de trois personnes polyvalentes (réception, fabrication, ensachage, chargement) sur un effectif total de 27 salariés hors chauffeurs. « C’est une solution simpliste. Nous travaillons uniquement en farine et avec un seul type de conditionnement. Nous appliquons au minéral ce qu’on faisait dans l’aliment il y a quelques années », reconnaît Laurent Thiaucourt. Les demandes en sac sont satisfaites par le biais d’une activité négoce.
Le choix du big-bag n’est pas un hasard. « C’est le plus adapté à l’élevage de 70 à 80 laitières. Il répond à une problématique de main d’oeuvre. Au lieu de manipuler cinq ou six sacs, l’éleveur a sous la main dans un seul sac tout ce qu’il doit distribuer comme minéraux. Flexi couvre les besoins des animaux et simplifie le travail », poursuit David Contet.
Plus d'infos: www.costal.fr


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