Boiteries : Faire marcher son attention !
Faute d’une détection fiable, le monde de l’élevage a souvent tendance à sous-estimer les boiteries. Une preuve ? une étude a montré que les éleveurs imaginent qu’entre 5 et 10 % de leurs animaux sont touchés par les boiteries, alors qu’en vérité entre 2 et 30 % souffrent de ce mal insidieux ! Ce constat a été confirmé par une étude européenne publiée en 2009.
Si les boiteries constituent un problème connu dans le monde de l’élevage laitier, il reste d’actualité faute de détection efficace. Cela reste encore plus d’actualité avec l’arrivée des systèmes de traite robotisée. Force est de constater que l’installation d’un robot dans un système laitier s’accompagne d’une réduction de la part de pâturage. Moins d’herbe donc plus d’ensilage de maïs qu’il faut complémenter en plus de la part de concentré utilisé pour attirer les vaches au robot. Mal géré, le passage au robot de traite peut générer des maladies métaboliques telles que l’acidose et la cétose. Celles-ci génèrent aussi des boiteries et des problèmes de déplacement pénalisant l’ingestion et la fréquentation de la stalle. Avec le robot, les vaches passent ainsi plus de temps en bâtiment et les problèmes de boiteries peuvent aussi s’intensifier.
250 € par animal en coût direct
Une boiterie négligée ou mal traitée peut générer de lourdes pertes économiques et d’importantes conséquences zootechniques. Le coût direct d’une boiterie est estimé à 250 € / animal et bien plus en tenant compte des frais indirects de traitement, de troubles de la fécondité… Les coûts directs liés au traitement ne représentent qu’une petite partie du total des coûts associés à la boiterie. Un certain nombre de chercheurs ont établi des estimations quant aux effets de la boiterie sur la production laitière. Ainsi, une étude réalisée au Royaume-Uni a estimé à 360 kg la perte de production laitière attribuable à la boiterie sur 305 jours. La même étude a par ailleurs démontré que la perte de rendement peut commencer jusqu’à quatre mois avant que le producteur n’observe la boiterie et persister jusqu’à cinq mois après le traitement. Certains types de boiterie peuvent avoir des effets encore plus marqués : le piétin, par exemple, peut entraîner une diminution de 10 % (~860 kg sur 305 jours) de la production laitière. La boiterie a également une incidence nettement défavorable sur la reproduction, notamment parce qu’elle entraîne le prolongement de l’intervalle vêlage conception. Certaines vaches réformées en raison de problèmes reproducteurs qui semblaient évidents pourraient en réalité être atteintes de boiterie non détectée. Pourtant, le mal reste souvent ignoré, voire négligé : des recherches ont démontré que les producteurs observent seulement un cas sur trois ou quatre. D’autres études montrent même que les producteurs identifient moins de 20 % des animaux boiteux. Des études à grande échelle réalisées dans des pays développés, notamment en Europe, indiquent que, pour un troupeau de 100 vaches, entre 10 et 25 nouveaux cas de boiterie se développent à chaque lactation. Cela dit, l’incidence réelle varie considérablement d’une exploitation à l’autre. La boiterie peut être causée par bon nombre de facteurs différents, des troubles métaboliques ou plus simplement des problèmes de pieds. Les lésions aux onglons peuvent découler d’une infection, comme le piétin italien, de problèmes métaboliques attribuables à la fourbure, ou de blessures comme des ecchymoses ou une usure excessive.Certaines lésions n’ont pas suffisamment d’incidence sur la démarche pour permettre aux producteurs d’identifier le problème. Ainsi, de nombreux animaux souffrent de blessures ou de lésions aux pieds sans pourtant être atteints de boiterie.
La survenue des effets indésirables et les estimations du risque dans les stabulations sont beaucoup plus importantes dans les systèmes basés sur des stabulations à logettes ou des stabulations entravées, qu’au niveau des systèmes de cours paillées et de pâturages. Les risques attribuables à la prise en charge des animaux et à la sélection génétique visant à privilégier une forte production de lait sont similaires pour l’ensemble des systèmes d’élevage. Il existe aujourd’hui suffisamment de preuves pour établir que les planchers de béton sont partiellement responsables de l’incidence élevée de boiterie chez les bovins laitiers. Des études réalisées aux Pays-Bas et aux États-Unis ont démontré que la santé des pieds des vaches se détériore quand ces dernières doivent marcher et se tenir debout sur des planchers de béton. Heureusement, il existe aujourd’hui d’autres matériaux de revêtement de sol, et de plus en plus de producteurs laitiers installent des revêtements spéciaux en caoutchouc dans les endroits où les vaches circulent et se tiennent debout. Les estimations du risque « boiterie » restent toutefois plus élevées au niveau des stabulations à logettes et des stabulations entravées qu’au niveau des cours paillées et des pâturages. Un revêtement en béton présente un risque plus élevé d’entraîner des problèmes au niveau des sabots que les pâturages et les cours paillées : le fait de rester debout et de marcher pendant de longues périodes sur un sol en béton, ou sur des sols humides ou recouverts de boue, provoque des problèmes sévères au niveau des sabots de l’animal.
Plus d’espace, moins de boiteries

Le risque le plus important par rapport au type de stabulation utilisé reste le manque d'espace dans les stabulations entravées.
L’étude menée en Europe et publiée en juin 2009 a montré que le risque le plus important par rapport au type de stabulation utilisé reste le manque d’espace dans les stabulations entravées. Un plus grand espace, que ce soit au niveau de la zone de marche ou de la zone de couchage, est bénéfique pour le bien-être des vaches, en termes de réduction de l’agressivité, des blessures et de la survenue d’une boiterie. Les vaches conduites en stabulations entravées ont plus de problèmes de boiterie que celles laissées libres de leurs mouvements et bénéficiant de zones de repos. Dans les stabulations à logettes, les survenues d’effets indésirables et les risques les plus importants sont associés à un sol inapproprié au niveau de la zone de marche, à une mauvaise conception des logettes et à une zone de couchage inadéquate. Les vaches laitières sont enclines à s’allonger et restent allongées 7 à 15 heures par jour. Le temps où les vaches restent allongées varie selon les stabulations utilisées et peut être influencé par la conception des stabulations. Des modifications observées dans la façon qu’a la vache de s’allonger peuvent être un signe de boiterie, de blessure ou de mauvaise conception de la stabulation. Lorsque les vaches laitières sont maintenues dans des stabulations à logettes, les problèmes au niveau des sabots et des pattes sont nettement plus fréquents que lorsqu’elles se trouvent dans des cours paillées. Compte tenu du fait que les problèmes affectant les pattes et les sabots constituent le problème majeur concernant le bien-être des vaches laitières, et qu’il s’agit également d’un problème dans les stabulations à logettes bien gérées, il est important d’envisager la mise en place de stabulations autres que des stabulations à logettes, par exemple des cours paillées, et l’amélioration de la conception des stabulations à logettes. Les impacts économiques de la boiterie sont plus importants quand les vaches doivent marcher pour accéder à l’eau et à la nourriture et pour être traites. Les systèmes de traite automatisée requièrent la coopération des animaux qui doivent choisir de se rendre au robot plusieurs fois par jour. Une étude menée au Québec a montré que les vaches qui se rendent le plus souvent au robot ont une meilleure démarche que les autres qui s’y rendent le moins souvent. Ces résultats donnent à penser que la boiterie au stade subclinique pourrait être une des raisons pour lesquelles certaines vaches ne se rendent pas au robot aussi souvent que d’autres dans les exploitations munies de systèmes de traite automatisée. L’utilisation des systèmes de traite automatisée requiert des producteurs une attention accrue à la démarche des vaches, en vue de réduire l’incidence de la boiterie et d’améliorer les surfaces du plancher sur lequel les vaches doivent marcher.
Attention à l’alimentation de transition
En matière de nutrition, les risques les plus importants sont les inadéquations observées au niveau de l’alimentation de transition et des régimes alimentaires déséquilibrés. On estime que le risque le plus important est lié à l’alimentation de transition. Toutefois, la probabilité des risques attribuables aux systèmes de nutrition et d’alimentation est faible par rapport à celle attribuable aux stabulations utilisées et à la prise en charge des animaux.
Pour ce qui est des mesures de prise en charge des vaches laitières, l’évaluation du risque a montré que les risques de prise en charge les plus importants provoquant des problèmes au niveau des pattes et des problèmes locomoteurs sont ceux liés à des soins inappropriés et à une surveillance inadéquate de la santé et de l’hygiène des sabots des animaux, et que ces risques sont similaires pour l’ensemble des systèmes de stabulations étudiés. Le risque et les effets indésirables des effets indésirables sont toutefois aggravés par les risques liés au type de stabulation utilisé et sont environ deux fois plus importants dans les stabulations à logettes et les stabulations entravées que dans les cours paillées ou les pâturages. La plupart des vaches atteintes de boiterie souffrent et ont plus de difficultés à supporter leurs conditions de logement que des vaches ne souffrant pas de boiterie, en raison des conséquences des problèmes de sabots ou des problèmes des pattes sur la marche, le confort en position allongée, le moment où la vache se relève et le comportement d’évitement. Les vaches qui boitent sont plus à même de se mettre en retrait, de perdre leur condition physique, de présenter une réduction de la fertilité et de développer une mammite ou une maladie métabolique. Une attention hebdomadaire apportée à l’hygiène des sabots des vaches laitières permet de réduire les maladies infectieuses qui se développent au niveau des sabots. Il faut donc lever le pied des animaux le plus souvent possible.
La sélection génétique a entraîné une modification de la forme et de la taille des vaches laitières, d’où les demandes concernant leur comportement et autres mécanismes d’adaptation. L’espace requis pour les vaches laitières est plus important, ainsi que leur vulnérabilité aux impacts mécaniques et aux blessures au niveau des parties externes du corps, de la peau, des membres et des sabots. La forme et le volume du pis sont particulièrement importants, par rapport à une locomotion normale, à la prévention de la boiterie et au confort au cours des périodes de repos dans les types de stabulations les plus fréquents. L’évaluation du risque a confirmé que la sélection génétique visant à privilégier une forte production de lait, au détriment d’autres caractéristiques liées à la forme physique de l’animal, augmente le risque pour l’animal de souffrir de problèmes au niveau des pattes, ainsi que de problèmes locomoteurs. Ce risque est plus élevé lorsque les stabulations, la nutrition et la prise en charge ne sont pas propres à compenser les effets indésirables de la sélection génétique.



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