Forum mondial Biomin: Les enjeux et défis de la nutrition animale d’ici 2050
Biomin, leader dans la recherche sur les mycotoxines, organisait à la mi-octobre son 4e forum mondial sur la nutrition, à Salzbourg, en Autriche. Réunissant un panel d’experts du monde entier, la conférence a permis de s’interroger sur les limites de nos modes de production au regard des nouveaux enjeux planétaires, liés à l’accroissement de la population et la préservation nécessaire de l’environnement.

Andreas Kern, directeur Biomin Europe, Afrique et Moyen Orient, Christian Tenier, directeur Biomin France, et Erich Erber, président de Biomin.
Le constat d’une situation alarmante tend à provoquer d’autant plus d’enthousiasme dans la recherche de solutions innovantes. Telle pourrait être l’aphorisme résumant la démarche de Biomin, qui organisait du 13 au 16 octobre dernier son 4e forum mondial sur la nutrition, rassemblant plus de 700 participants du monde entier, parmi lesquels on pouvait compter assez peu d’Européens. « Le futur se joue désormais en Chine, en Inde, au Brésil…, explique Erich Erber, président de Biomin, qui s’est lui-même installé à Singapour depuis plusieurs années. C’est dans ces pays que nous orientons désormais la plus grande part de nos investissements. »

Franz Waxenecker, directeur technique de Biomin, a présenté le concept de NutriEconomics®, défendant une approche « durable et rentable » de la nutrition animale.
L’ensemble des conférences s’orientait autour de la recherche d’une articulation optimale entre les exigences nutritionnelles de demain et la nécessité de préservation de la planète. Franz Waxenecker, directeur technique de Biomin, a présenté à ce propos le concept de NutriEconomics®, défendant une approche « durable » plus que «respectueuse de l’environnement », dans l’idée de rassembler les problématiques scientifiques de la nutrition avec celles du profit et du commerce, et surtout «d’apporter une réponse rationnelle à une question émotionnelle». L’approche holistique de la nutrition animale de Biomin prend en considération les facteurs micro-économiques et macro-environnementaux, précise le directeur technique.
Le problème de tarissement des sources appelle à chercher des solutions alternatives. « Nous sommes amenés à changer nos habitudes, notre façon de travailler. D’autant que vivre dans un monde multipolaire change la donne», a annoncé Erich Erber en préambule. En guise d’illustration, Gordon Butland, conseiller financier en agro-business (Cardy-Brown & Co Ltd) a rappelé que les quatre principaux producteurs que sont la Chine, les États-Unis, l’Europe et le Brésil, hébergent 35 % de la population mais produisent 65 % des protéines animales, sachant qu’à elle seule la Chine produit pratiquement autant que les 3 géants réunis.
Jim Smith, de la Banque Mondiale, a rappelé de son côté que le commerce de la viande s’est développé plus vite que la production : « La demande alimentaire ne respecte pas l’évolution des élevages. Il est nécessaire de changer les standards de production de telle sorte que l’élevage soit pris en considération au regard de la pauvreté, de l’environnement et de la santé humaine. Cela implique une intervention nécessaire des pouvoirs publics. » Défendant une approche écosystémique, Jim Smith a évoqué le concept « One health » (une seule santé), appelant à davantage d’interaction entre médecine humaine et vétérinaire, du point de vue de la recherche notamment.
Les fourrages : une valeur sûre

Adesogan Adegbolan, de l’Université de Floride, aux États-Unis : « Il est temps de développer une approche critique sur les productions animales, de nous interroger en profondeur sur les changements nutritionnels et de voir au-delà des logiques de rentabilité. »
L’utilisation optimisée des fourrages dans l’alimentation du bétail est une question urgente et stratégique qui mérite d’être soulevée, selon Adesogan Adegbolan, de l’Université de Floride, aux États-Unis. La concurrence qui agite le marché céréalier pour l’alimentation d’une part et la production de biocarburants d’autre part exerce une pression énorme sur les prix et la disponibilité des stocks, et pourtant la production de viande et de lait est le secteur qui peut le mieux s’en émanciper. C’est pourquoi les ruminants auront un rôle déterminant à jouer dans les problématiques d’alimentation mondiale, « mais selon une approche extensive », souligne Adesogan Adegbolan. « Les systèmes de production les plus intensifs sont effectivement dépendants du marché des céréales, mais ils ne peuvent de toute manière pas apparaître comme des modèles à la portée des pays en voie de développement, qui abritent pourtant la majorité des élevages mondiaux. »
La haute teneur en fibres des fourrages est synonyme de bénéfices : la digestibilité s’en trouve améliorée et le pH ruminant modulé. Rappelant par ailleurs l’effet antioxydant et l’apport en vitamine E des fourrages, Adesogan Adegbolan a aussi évoqué les avantages environnementaux de ces derniers: les plantes fourragères garantissent la biodiversité et réduisent l’érosion des sols. Les légumineuses peuvent aussi limiter l’usage des fertilisants et servirent de substituts aux tourteaux de soja. Des études comparatives ont montré que le pâturage, bien que permettant une production inférieure en lait, assurait des revenus égaux voire supérieurs grâce aux dépenses moindres et à la relative indépendance induite par rapport aux cours du prix du lait ou aux concentrés nécessaires dans l’élevage intensif. La qualité des fourrages constitue un vrai défi à relever, en particulier dans les pays en voie de développement, et il importe de développer des suppléments permettant de maximiser la production. L’émission de méthane est toutefois un problème majeur qui affecte les élevages dont l’alimentation est basée sur les fourrages. Des solutions sont à envisager dans une supplémentation adéquate (en tannins, graisses, huiles et additifs) favorisant la digestibilité des fourrages.
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La solution des probiotiques
« La recherche sur les probiotiques est une science relativement jeune, qui vient de l’alimentation animale », a rappelé Todd Applegate, spécialiste volailles de l’université Purdue, aux États-Unis. David Caldwell, de l’Université du Texas, a quant à lui présenté les prés et probiotiques comme « une alternative intéressante au pouvoir de la thérapie chimique. Les bactéries sont bénéfiques et favorables à l’équilibre microbien de la flore intestinale. »
En Europe, les probiotiques ont été classés comme additifs zootechniques, et la communauté scientifique les défend de plus en plus comme alternative possible aux antibiotiques facteurs de croissance. Il a été démontré que les probiotiques permettaient de nombreux bénéfices tels que des paramètres de performance, une meilleure digestibilité, une modulation de la composition de la flore intestinale et des activités métaboliques, une inhibition pathogène, une réduction de la mortalité et une immunomodulation ainsi qu’une immunité de l’intestin. « Si les effets bénéfiques des probiotiques ne sont pas tout à fait équivalents à ceux des antibiotiques facteurs de croissance, le terrain de recherche sur le domaine reste largement à explorer, souligne Konstantonis Mountzouris, de l’Université agricole d’Athènes. Un point de vue européen partagé par la Chine, par la voix de Jianhua He, de l’Université agricole de Hunan : « La prolifération des probiotiques ne peut être qu’encouragée car il s’agit d’un produit naturel, sûr et respectueux de l’environnement ». Selon Erich Erber, le plus grand marché pour les probiotiques se situe en Corée, où les antibiotiques facteurs de croissance seront interdits au 1er juillet 2011.
La dimension environnementale est une donnée devenue fondamentale parmi les enjeux des productions animales. Mais comme le rappelle Franck Mitloehner, de l’Université de Davis California aux États-Unis, « la production d’élevages dans les pays développés a déjà l’empreinte carbone la plus basse. Les États-Unis arrivent à des rendements tels qu’une vache américaine produit autant de lait que 5 vaches mexicaines. » Néanmoins, la perspective de voir la production de viande doubler d’ici 2050 est incompatible avec la baisse d’émission de CO2 de 50 % préconisée par la FAO. Aussi Franck Mitloehner encourage-t-il à exporter la révolution verte en l’accompagnant de mesures de transferts technologiques vers les pays en voie de développement, « afin de satisfaire la demande croissante de protéines en développant des moyens de production à la fois modernes et durables ».
Sarah Le Blé


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