Nutrition : « J’ai investi dans le conseil »

Éleveur dans le nord de la Sarthe, Vincent Bonvouste a souhaité faire appel à un cabinet d’expertise en nutrition pour avoir un regard critique sur l’alimentation de son troupeau.

Vincent Bonvouste, éleveur, Yan Mathioux et Stéphane Baille, membres du cabinet d’expertise en ration mélangée, observent la structure physique de la ration.

Vincent Bonvouste, éleveur, Yan Mathioux et Stéphane Baille, membres du cabinet d’expertise en ration mélangée, observent la structure physique de la ration.

Vincent Bonvouste a une démarche originale dans le monde agricole, il a décidé d’investir dans le conseil : « Je voulais un regard extérieur sur mon troupeau. Sur mon exploitation, on a un souci de stabilisation des taux. J’avais aussi un problème de stocks de foin. Enfin, mon autre préoccupation venait de l’état sanitaire du troupeau avec des animaux aux poils un peu piqués. J’ai donc décidé de faire appel aux services de Yan Mathioux. Mon objectif est aussi d’utiliser des sous-produits et il faut dire qu’on manque de conseils en la matière».

L’éleveur a calculé que la baisse des taux engendrait une perte de revenu comprise entre 150 et 200 euros par an et par animal.

Lorsque Yan Mathioux et Stéphane Baille effectuent leur visite sur l’exploitation de Vincent Bonvouste, ils ont deux réflexes : l’observation des bouses et la structure de la ration. « 5 à 6 grains de maïs par bouse, c’est l’équivalent de 800 grammes de maïs grain perdu et un potentiel de 2 litres de lait gâché. On est dans une tendance économique difficile avec une baisse du prix du lait et la hausse des intrants. Le droit à l’erreur se réduit. En s’intéressant aux bouses, on peut savoir si la ration est bien valorisée. La vache est une usine à transformer la ration en lait. Les bouses sont un reflet de sa rentabilité », souligne Yan Mathioux, nutritionniste indépendant, membre d’un cabinet d’expertise avec Marc Didienne et Stéphane Baille. « Avec leur visite, j’ai le sentiment d’une autre approche où l’on revient aux fondamentaux, où l’on se soucie de la teneur en fibres alors que l’approche actuelle veut qu’on évoque les UF, les PDI ou la MAT ».

La bouse miroir de l’état de santé du rumen

chiffresLeur démarche n’est pas révolutionnaire, il cherche juste à revenir aux fondamentaux de la nutrition en faisant notamment appel à la bousologie : « Les bouses sont le reflet du fonctionnement du rumen », poursuit le nutritionniste. « On pèse les bouses, on analyse la consistance. Avec un tamis et un rinçage à l’eau, on détecte la présence de grains ou de fibres. La proportion de résidus ne doit pas dépasser les 30 % du poids total de la bouse. En dessous, il y a un souci. Dans une bouse, si on retrouve des particules de plus de 2 cm, cela traduit un mauvais fonctionnement du rumen et on peut imaginer un problème de subacidose avec un mauvais fonctionnement des bactéries cellulolytiques. On aimerait même trouver un laboratoire qui puisse nous faire une analyse chimique des bouses. Ensuite, si on observe un problème d’efficacité alimentaire, on peut supposer qu’une vache est en subacidose. Pour une Holstein, on doit se situer autour de 1,30 litre de lait produit par kilo de matière sèche ingérée », poursuit Stéphane Baille qui a effectué une partie de sa carrière au Canada. Leur approche vise surtout à s’inquiéter de la structure de la ration et particulièrement depuis la mise en place de mélangeuse dans les élevages. « La structure de la ration va expliquer au moins la moitié du résultat final. Il faut des fibres coupées nettes et fournir à l’animal un mélange aéré et piquant qui déclenche bien la rumination. Si la structure n’y est pas, pas la peine de se soucier de l’équilibre. En matière d’équilibre, il faut chercher 1,65 % minimum de protéines, 0,95 UFL par kilo de matière sèche. L’amidon doit représenter autour de 25 % de la ration et les sucres 5 % ». Pour cela, leur outil quotidien est le tamis de l’université de Pennsylvanie. Dans la ration, la proportion d’éléments dont la taille est inférieure à 0,8 cm ne doit pas dépasser les 60 %, celle des éléments dont la taille est comprise entre 0,8 et 1,9 % ne doit pas dépasser les 50 %. Enfin, les particules avec une taille supérieure à 1,9 cm ne doivent dépasser le seuil des 10 %. « Il ne faut pas se limiter à tamiser la ration, on conseille de passer les refus au tamis. Au passage, on ne doit pas tolérer plus de 5 % de refus », préconise Stéphane Baille. Comme souvent, les conseillers se soucient de la teneur en fibre de la ration, le meilleur moyen de ne pas générer de sub-acidose : « La taille des fibres doit correspondre à la largeur de la gueule d’un animal. La paille est excellente pour déclencher la rumination. Le risque des mycotoxines existe sur la paille, mais neuf fois sur dix, si on retrouve des mycotoxines, elles proviennent le plus souvent du maïs ensilage ».

Une mélangeuse qui tourne quatre minutes

Dans une bouse, si on retrouve des particules de plus de 2 cm, cela traduit un mauvais fonctionnement du rumen.

Dans une bouse, si on retrouve des particules de plus de 2 cm, cela traduit un mauvais fonctionnement du rumen.

Si le cabinet est intervenu sur l’élevage, c’est aussi pour optimiser le fonctionnement de la mélangeuse. « Avec les mélangeuses, on a tendance à toujours faire tourner trop longtemps la machine », constate Stéphane Baille. Vincent Bonvouste acquiesce et aujourd’hui sa mélangeuse Belair Drakkar de 14 m3 fonctionne environ quatre minutes. « Il faut faire attention aux couteaux, ils ne doivent pas être trop agressifs. L’objectif est de fournir de la fibre. Attention aussi à proposer une ration bien mélangée sinon, les vaches ont tendance à effectuer un tri et à ne prendre que les éléments les plus fins ».

Typex magazine n°86-avril/mai 2009 par Erwan Le Duc

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