Bel Holstein: Les Beltramino ont touché la Luna !
La renommée de l’élevage Beltramino n’est plus à faire : les vaches issues du troupeau trustent les premières places sur les rings européens. Reste qu’elles savent aussi produire du lait et enchaîner les lactations. Reportage dans le Piémont.
Si l’on s’intéresse à l’élevage, on connaît avant tout la région italienne du Piémont pour la race Piémontaise ; mais pour le petit monde de la Holstein, le Piémont, c’est la région de Bel Holstein, l’élevage de la famille Beltramino. Impossible de passer à côté de ce nom tant on peut le lire sur les palmarès des rings transalpins et européens. La vache de référence, c’est Al-Pe Doriana EX 97, une fille de Quartz x Vectra, qui a terminé trois fois grande championne à Crémone. Autre signe du savoir-faire de Bel Holstein : les titres de meilleur éleveur et de meilleur exposant remportés à Lausanne en 2009. Dans les autres vaches marquantes, on peut citer aussi Bel Stormatic Ira VG 88 qui s’est, elle, distinguée par un premier prix de section au National allemand. Bel Stormatic Isa a, quant à elle, remporté le titre de grande championne à l’Expo Gruyère en 2008. Côté mâle, le meilleur représentant de l’élevage est sans aucun doute Andreas, qui est en ce moment le meilleur fils de Champion testé en Italie. Son PFT ressort à 1 827 lors de l’indexation d’août. La taureau a pris l’habitude de se bonifier dans le temps.
Bref, la renommée de l’élevage Beltramino a dépassé les frontières du Piémont pour s’étendre à tout l’espace transalpin et même européen. Ces coups de projecteur sur les rings ont aussi apporté une dynamique commerciale : l’élevage enregistre d’ailleurs beaucoup de commandes de l’étranger et la famille Beltramino écoule sa génétique aussi bien en Espagne qu’en France, en Allemagne ou même en Irlande. Ce qui est plus surprenant, c’est de constater que l’histoire de l’élevage est récente. Les premières pages ont tout d’abord été écrites par Renato et Dina Beltramino, qui ont acheté l’élevage à Buriasco, un petit village du Piémont. Les parents, eux-aussi d’origine paysanne, élèvent alors une quinzaine de Piémontaises.
L’histoire débute en 1985
Dans les années 80, Mauro et Giuseppe, deux des cinq enfants de la fratrie, attrapent à leur tour le virus et la passion de l’élevage, ils poussent leur père à s’intéresser à la Holstein. « Finalement, en 1985 il décide d’acheter 25 Holstein dans les provinces voisines », explique Mauro Beltramino aujourd’hui à la tête de l’élevage avec son frère Piero. Parallèlement, l’élevage se dote de nouvelles infrastructures avec un nouveau bâtiment en béton. Tous les membres de la famille Beltramino ont en commun la passion de la génétique, celle qui vous pousse à aller sur les concours. D’ailleurs, les premières vaches défilent sur les rings dès 1987 : « Depuis notre enfance, mon frère Giuseppe et moi sommes amoureux des vaches et nous avons le virus des concours. Nous avons toujours eu comme objectif de participer aux expositions et nos choix génétiques nous ont toujours poussés à faire naître de belles vaches capables de taper dans l’oeil des juges ». Pour autant, la production laitière n’est pas oubliée, car Mauro et ses frères ne sacrifient pas tout à leur passion. À Buriasco, l’élevage des vaches est un métier, pas un passetemps. Les Beltramino ne sont pas des contemplatifs, mais ils cherchent à faire vivre un élevage, qui garde des mensurations familiales alors que dans la plaine du Pô, les élevages laitiers ont des dimensions largement supérieures. L’élevage se distingue aussi par le niveau de la production laitière : plus de 10 200 kg. Autre point fort du troupeau et des vaches de concours : leur longévité, avec Al-Pe Doriana qui a aujourd’hui plus de dix ans, et Luna, autre vache de référence de l’élevage, qui a dépassé les quinze ans.
La science du pedigree plutôt que celle des index
Mauro a une idée très précise de la sélection et il a toujours cherché à capitaliser sur son savoir-faire plutôt que sur les index sa connaissance des pedigrees et son oeil d’éleveur. « Je cherche des animaux avec des caractères laitiers marqués, de bonnes mamelles ». Au départ, l’index italien, l’ILQM, avait des objectifs assez éloignés de ceux de l’éleveur. L’arrivée du PFT a quelque peu réconcilié l’éleveur avec les index, mais ceux-ci ne constituent toujours pas la tasse de thé de Mauro. En quelques secondes, l’éleveur peut sans sourciller citer le pedigree complet d’une vache, « mais l’index, je ne le connais pas forcément ». De même, Mauro reste de marbre quand on lui parle de la génomique. Il mise avant tout sur sa connaissance de pedigree. « Je peux avoir des a priori positifs sur tel ou tel croisement, mais au final j’attends de voir les génisses avant de me forger un avis définitif ». Le fait que Guiseppe travaille à l’extérieur pour Semenzoo est aussi un atout de poids pour l’élevage. Celui-ci visite beaucoup d’étables et il peut accumuler des informations précieuses sur les accouplements qui fonctionnent bien. Les échos de la génétique du monde entier résonnent à Buriasco. « Cet apport est précieux. Ainsi je suis passé à côté de Bolton. Le pedigree de ce géniteur ne me plaisait pas spécialement et je ne l’ai pas pris au sérieux. Pourtant, les génisses ressortaient bien et j’ai donc changé d’avis sur ce taureau ». Mauro n’utilise que très peu les taureaux aux qualités extrêmes, il mise aussi bien sur les géniteurs italiens que nord-américains. Mauro utilise ou a utilisé très récemment des paillettes de Bolton, Beacon (un fils de Shottle), Damion, Knowledge. Chez les Italiens, il attend beaucoup de bonnes choses de TKO, Teatro ou encore Rubentot. « Les génisses sont superbes. Elles ont du style. Les bassins sont très corrects et les lignes de dos impressionnantes ».
L’élevage a touché la Luna !
Impossible d’évoquer l’histoire du troupeau sans évoquer Al-Pe Dynamo Luna EX 96, née en 1985, une vache qui a atteint un âge canonique – 15 ans ! – et dont la meilleure lactation est la septième avec plus de 12 000 kg de produit. « Cette vache avait onze ans lorsque nous l’avons achetée à Guido Perotti, elle venait de remporter le titre régional », souligne Mauro. Luna va continuer à sortir sur les rings et obtenir des récompenses. Un fait remarquable pour une vache de cet âge ! Luna se distinguait par une morphologie moderne : un caractère laitier marqué, un bonne ligne de dos, une mamelle exceptionnelle, le tout sur de bons membres. Son exceptionnelle longévité, elle va la transmettre à ses descendantes et plusieurs de ses filles ont dépassé le cap des 10 ans. Un exemple? Al-Pe Doriana, la fameuse triple grande championne de Crémone et double grande championne à Vérone, est aussi née chez Guido Perotti. À Crémone, elle a aussi terminé deux fois grande championne réserve et pendant 7 années consécutives elle a été désignée meilleure mamelle de sa section. C’est une fille de Quartz sur Al-Pe Astre Vectra EX 93, la fille de Luna. Outre sa morphologie exceptionnelle, elle enchaîne les lactations sans faiblir, c’est une « belle » aussi à l’aise sur les rings que dans la stabulation de l’élevage. En cinquième lactation, elle a produit plus de 15 000 kg de lait, elle aura produit 93 213 litres de lait en six lactations : « Pas mal pour une vache de show», note Mauro, un brin ironique. Cette vache a toutefois un défaut : « Elle ne donne pas beaucoup d’embryons ». Doriana a toutefois généré une belle descendance et notamment Britt Isotta TB 85, qui a terminé championne Junior à Crémone en 2004. Autre fille : Bel Champion Lisa, qui a elle aussi brillé à Crémone avec un titre de championne réserve junior en 2005. Au Dairy Show en 2006, elle obtient le titre de mention honorable chez les vaches junior. Cette vache a été vendue en Suisse.
Quant à Bel Goldwyn Orchidea, autre fille de Doriana, c’est une belle fleur qui ne demande qu’à s’épanouir, elle a vêlé en avril. Sur cette famille, Mauro Beltramino utilise les nouveaux fleurons de la famille italienne et notamment les trois fils de Shottle : Struik (Shotlle x Leader), Berryhill (Shottle x Bw Marshall) ou encore Parocas (Shottle x Britt).
Virgien, Doroty et les filles de Stormatic
La souche Luna a aussi donné Al-Pe Juror Virgien EX 93. Cette vache va être travaillée chez Bel Holstein et sa fille Bel Mtoto Doroty EX 90 va produire cinq filles de Stormatic. Sur ces cinq filles, une est pointée EX et les quatre autres ressortent excellentes. Deux de ces vaches vont briller sur les rings transalpins et même européens. C’est le cas de Bel Stormatic Isa ET, qui va se faire connaître chez les voisins suisses : elle va obtenir une deuxième place de section à Expo Bulle en 2008, une troisième à Lausanne et un titre de grande championne au concours régional de Gruyère. La pleine soeur Bel Stormatic Ira ET va briller au Dairy Show de Vérone : en 2006, elle est désignée meilleure mamelle junior (vaches de deux ans junior) et premier prix de section. En 2007, rebelote avec un titre de championnat chez les jeunes vaches. Depuis lors, elle a été vendue en Allemagne où elle a terminé première de sa classe au National. Ces cinq filles ont des taureaux en centre dont les épreuves doivent être publiées en 2010.
Gioiosa et Diana
Turro Warden Gioiosa est une autre vache marquante du troupeau ; elle a été achetée dès le début de l’histoire Holstein du troupeau. Cette vache porte en elle l’idéal de vache recherché par Beltramino. Côté pointage, elle ressort à 89 points ; côté production, elle a produit plus de 100 000 litres de lait en 9 lactations. De cette souche, on retrouve Bel Mtoto Diana EX 93 avec une note excellente sur la mamelle. Diana a elle aussi remporté Crémone en 2003 et 2004. Plus récemment et toujours issue de cette souche, on trouve Bel Lyster Morena TB 87 (Lyster x Gelpro x Benefit), qui a terminé championne junior à Crémone en 2007, ou encore Bel Cousteau Lisa Bella EX 90 (Cousteau x Gelpro x Benefit), qui a obtenu de belles places à Crémone en 2007 et 2008. Dans cette famille, on peut aussi citer Bel Andreas Noemi. Celle-ci rassemble à la fois la famille de Luna (Doriana) avec celle de Gioiosa (Diana) puisqu’il s’agit d’une fille d’Andreas (Champion X Mtoto x Storm x Skychief x Turro Warden Gioiosa) et de Al-Pe Brock Cortesia EX 94 (Brock x Broker x Rex x mère de Luna).
La famille de Toc-Farm Amyly est aussi présente sur l’élevage à travers Bel Goldwyn Queen. « Une très bonne famille, aussi bien pour le show que pour les index », commente Mauro. Queen a des embryons en gestation avec Beacon (Shottle x BW Marshall). Autre famille présente sur l’élevage : celle d’Iron, grâce à Bel Iron Ordinata, une fille d’Iron x Cousteau x Convincer x Astre x Milkymilk (la mère d’Iron). Parmi les vaches importantes du troupeau, on peut aussi citer Elayo Imera EX 90, la première fille d’Elayo-Red. Elle symbolise aussi le savoir-faire de la famille Beltramino. Repérée par Giuseppe, elle a été achetée en 2006. La famille obtient de très bons résultats avec elle : en 2007 elle a terminé deuxième de sa section au Dairy Show et troisième à Lausanne. En 2008, elle termine quatrième de sa section, elle a ensuite été vendue en Allemagne où elle termine championne adulte à Osnabrück. Les Beltramino n’hésitent pas à vendre des vaches à l’extérieur et se réjouissent des succès que celles-ci peuvent obtenir ; au final, ils ont eux aussi des retombées.
Aujourd’hui, difficile de faire mieux en matière de palmarès en Italie. Pourtant la passion est toujours là, et nul doute que toute la famille sera présente à la prochaine foire, en espérant porter haut les couleurs de l’Italie.
Typex magazine n°94 août-septembre 2010 par Erwan Le Duc







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