Elevage André Bernard : La morpho toujours !

Quota limité, objectifs affichés pour ses 29 vaches, seul acteur de son élevage du sud Morbihan, André Bernard mise sur des animaux solidement construits qui assurent des ventes de jeunes des deux sexes ainsi qu’une production de 9 000 kg.

Il y a 15 ans, André Bernard s’installait dans le Morbihan. L’élevage se situe à Grand-Champ, localité à une vingtaine de kilomètres au nord de Vannes. Le cheptel a évolué à l’aune de ce qui avait été envisagé au moment de son installation, sans achat extérieur. Il s’est fait connaître des professionnels et des passionnés à partir d’une forte proportion d’individus souvent bien valorisés, tandis que les animaux jugés les moins intéressants trouvent très aisément grâce auprès des producteurs commerciaux.

Au Top-10 national

L’élevage d’André Bernard est entièrement tourné vers la sélection morphologique, support d’une abondante production laitière jusqu’à présent bridée par ses installations plutôt sommaires. L’évolution très progressive d’un quota initial restreint a constitué un facteur limitant de l’investissement. Néanmoins, ce troupeau breton s’inscrit visiblement au classement morphologique national. En 2006 déjà, l’ancienne grille lui donnait 88,3 points. Depuis, les valeurs ont évidemment changé, pourtant, avec 4 EX, 21 TB, 1 BP ; une note globale de 86,9 deux années consécutives lui attribuait une 6e place, puis une 10e place en 2008 et 2009. Pour un élevage de petite dimension, l’évolution des classifications mérite une analyse, surtout si elle devait s’orienter à la baisse, car les conséquences d’une transaction ne sont pas anodines. « Je ne suis pas mieux loti qu’un gros élevage en termes de classification. Le poids que représente la vente d’une grosse classification fait dégringoler le pointage moyen et peut aussi nuire (par méconnaissance) à la réputation de l’élevage », explique André Bernard. Son quota est passé de 210 700 à 260 000 kg en 12 ans. Il espère pouvoir rajouter de la capacité de production, sans toutefois dépasser 350 000 kg par unité de travail, et ce en confiant les travaux du sol et des cultures à un prestataire de services.

Trois vaches par personne

Malgré la contrainte des tâches quotidiennes d’une exploitation conduite par un seul homme, au cours de ces six dernières années on a pourtant vu André Bernard briguer des podiums avec Sultane, Uvéa, Ultime, Biscotte et Berceuse dont les faits sont plus largement développés dans cet article. Cependant, trois autres vaches classifiées TB 88 à EX 90 ont encore assuré la promotion de l’élevage dans ce laps de temps. Elles totalisent 1 place en National, 5 places à l’échelle régionale et 8 places aux Départementaux. Pas plus de trois vaches par personne et par événement, c’est la règle. « C’est le résultat qui compte, pas le nombre d’animaux », telle est la conclusion que tire l’éleveur après avoir été trop gourmand et s’être insuffisamment préparé pour Farmingtour 2008 à l’issue duquel il est revenu bredouille.

La semence sexée en second lieu

Black Sam TB 86 (Mr Sam x Rudolph x EX 92 Kemview x EX 91 Bichon Buck) remonte à Southwind Ginette TB 88. Pas repointée en 2e lactation pour cause d’embonpoint, elle est pour l’instant sans fille. Elle a produit en 409 jours 10 143 3.81 3.28 et est gestante par Final Cut.

Fabriquer de grandes vaches nécessite un savoir-faire certain auprès des génisses. Aux 25 jeunes femelles de renouvellement se joignent une quinzaine d’autres en pension chaque hiver. Une prestation facturée 1,20 € par jour. Toutes reçoivent un peu de maïs, 1 kg de soja, 150 g de minéral et de la paille stimulatrice de la consommation. Puis, une fois qu’elles sont inséminées, elles passent au foin pour satisfaire leurs nouveaux besoins. Faire naître un plus grand nombre de femelles demeure une priorité. Chez les génisses, la primauté est encore donnée au taureau plutôt qu’au mode de conditionnement de la semence. En deuxième lieu si le géniteur est disponible en semence sexée, c’est celui-ci qui est retenu. Le groupe comporte aujourd’hui quelques filles de Henkeseen Hyatt et des Bosside Ross. Ce fils de O-Man sera réutilisé tant ses quelques belles génisses sont encourageantes. L’un et l’autre ne sont disponibles qu’en semence classique. Chez les géniteurs sexés, les filles de Ross, Mr Minister, Final Cut ont la préférence du moment.

Marque de fabrique

Des 4 EX Lee nées à Grand-Champ, 3 sont encore là. Les Juror ont été motrices dans le troupeau, elles ont été 4 à obtenir une classification EX, 3 autres étaient TB 88. Puis Rudolph s’est montré influent, dans une moindre mesure cependant. André Bernard estime que les dos un brin voûtés et les croupes plates constatés chez certaines des 5es lactations sont d’ailleurs liés aux ascendances Juror plutôt qu’à la qualité des pieds. Pour preuve, le seul parage auquel il ait eu recours en 15 ans a été pratiqué cet hiver par Pierre- Yves Mochet qui revient à son premier métier de pareur et n’a recours qu’à la reinette. « Oui, ce sont de grosses caisses, lourdes, et toutes les vaches de ce calibre accusent un peu le coup dans leur démarche. En conséquence, il faut veiller aux bassins et aux pattes lors des accouplements sur les vaches ainsi caractérisées. La profondeur arrive toujours assez vite, je privilégie donc la mobilité ». Aujourd’hui plus qu’avant, l’éleveur travaille sur la solidité des vaches (dessus, pattes, bassin), « tout en conservant mon image de fabrique : des vaches solides », insistet- il. En conséquence, certains taureaux sont devenus des classiques : Sanchez parce qu’il en aime le type, Denzel, Damion et Dolman. Shottle a été utilisé à retardement parce qu’il fallait que le support soit disponible, « dans la mesure où il faut absolument conserver le style laitier », justifie-t-il.

Carola TB 87 (Lheros x TB 88 Leduc x TB 88 Wade) est descendante directe de Southwind Ginette TB 88 via une EX 91 Bichon. En cours de première lactation : 234 j 5 500 3.62 3.12, gestante par shottle.

Clients réguliers

Destinés à la saillie, une dizaine de taurillons sont vendus 1 200 € chaque année. Leur âge n’est pas déterminant du prix de vente, qu’ils aient 8 jours ou 18 mois, « ce n’est pas l’animal qui est cédé, mais le travail accompli au préalable ». Certains élevages en changent tous les deux ans. Aujourd’hui, ils sont fils de Ross, Spirte, Sanchez ou Laurin. « Il y a plus de risques à vendre un mâle qu’une génisse, l’impact numérique et les conséquences économiques sont plus importants pour l’acheteur », indique le naisseur qui dit avoir un regard neuf sur son travail depuis qu’il commercialise ses taureaux. « J’apprends autant avec les mâles qu’avec les génisses, sur leur aspect général, leur solidité, leur féminité, leurs pattes. Ces observations me permettent de mieux répondre aux besoins de l’acheteur. La projection est plus aisée lorsqu’il s’agit d’un client régulier, son troupeau devient un prolongement du mien. »

Consommation et confort

Le mélange d’ingrédients réalisé manuellement au silo permet une production de 9 000 kg. Pourtant, l’accès à la nourriture constitue un facteur limitant de l’ingestion. La largeur du front d’attaque ne permet d’accueillir que 14 vaches. La compétition est intense pour l’autre moitié du troupeau. Néanmoins, une auge sur roues d’une capacité d’accueil de 35 vaches devrait prochainement se substituer à l’ancien mode de distribution et ainsi permettre une consommation accrue de la ration hivernale complète et semicomplète l’été. L’éleveur estime que la production devrait pouvoir augmenter d’un millier de kilos en l’espace d’un an et que la reprise corporelle devrait elle aussi en tirer profit. Parallèlement à la réalisation d’une nouvelle aire d’alimentation, les vaches verront leur surface de couchage doubler.

Trois lignées

On l’a dit, 60 % du troupeau est constitué de la famille de Southwind Ginette, une vache aussi déterminante que sa fille Bichon Buck Joyeuse dans la reprise du cheptel initial. 10 % sont issus d’une branche parallèle à celle de Ginette par le biais d’une grand-mère commune. C’est de ce rameau que proviennent Blitz Biscotte et Goldwyn Berceuse qui se trouvent désormais en Loire-Atlantique. Les 30 % restants ont été construits à partir de Juror Obstinée, le seul achat réalisé depuis l’installation de André Bernard. On ne s’étonnera donc pas qu’au fil de cette visite certains noms influents soient très fréquemment rappelés. André Bernard considère que les animaux sont à vendre à condition que la négociation satisfasse les deux partis, et quelques chèques déposés ces deux dernières années ont d’ailleurs aidé le banquier à mieux comprendre la démarche génétique de son client. Bien qu’elle n’ait jamais été tentée, la copropriété demeure possible, « à condition de tomber d’accord au préalable sur la philosophie d’élevage ». Autre option possible : l’échange d’une génisse de valeur génétique équivalente.

Généreuse Ginette

Biscotte VG 88 (Goldwyn x TB 89 Blitz x B-84 Jed) 1re de sa classe au Départemental 2009 à l’occasion duquel elle a été achetée par les frères Morilles (Gaec de l’Ouche Ronde) en Loire-Atlantique. Elle devrait être indétrônable en pis, s’accordent son naisseur et ses propriétaires. On devrait la revoir au Space. Sa mère s’était placée 1re au Régional de Bretagne 2005.

Au travers de ses trois filles initiales et des quatre générations suivantes, la lignée de Ginette (Southwind x Melwood x Starwar x Valiant x Bootmaker) compte une quarantaine de descendantes. Celles jusqu’à présent classifiées ont toutes obtenu 86 points ou davantage.

Sa petite-fille Sultane EX 90 (Lee x Kemview) est la vache la plus primée du troupeau. Elle avait commencé par une première place au National à Pau qu’elle avait fait suivre par un Championnat Espoir départemental en 2004. Les deux années suivantes, elle était Championne Jeune et Grande Championne du Morbihan.

Un an plus tard, Uvéa EX 91 (Rudolph x EX 92 Kemview x EX 91 Bichon Buck x TB 88 Southwind) était troisième au Space 2006 et puis prenait le relais de Sultane en devenant Grande Championne 2007 du Morbihan. La belle Black Sam 86 pts (Mr Sam x EX 91 Rudolph Uvéa x EX 92 Kemview Olthène) qui n’a pas été repointée en 2e lactation est l’un des éléments les plus avancés de cette ramification. L’éleveur fait le bilan : « Ces vieilles vaches, Uvéa et Sultane, ne sont désormais visibles qu’à la ferme, elles ont bien plu à certains juges, demeurent productives, connues et présentent une moindre prise de risque à accoupler ».

Deux classifications encore plus encourageantes n’ont pas été exploitées à leur juste mesure. En effet, bridé par son quota, André Bernard n’a jamais collecté Olthène (une EX 92 Kemview petite-fille de Ginette) et Ohara (une EX 92 Juror de Ginette). Néanmoins, Olthène est deux fois grand-mère par l’entremise de deux EX 90 et 91 Rudolph. Pour sa part, Ohara conserve deux générations consécutives par Rudolph et Mr Minister après le départ en 1re lactation pour le Pays Basque espagnol de sa fille Ahora TB 88 (Terrason x EX 92 Juror x TB 88 Southwind). Dans la même veine, Style TB 89 (Jed x EX 92 Juror x TB 88 Southwind) en 5e lactation dispose de deux génisses par Rubens et Buckeye. Elle est encore la mère de berceuse TB 88 (Goldwyn), championne espoir au départemental 2009, vendue au Gaec de l’Ouche Ronde en Loire-Atlantique.

En Espagne – chez José Etcheverri, à Irun – Ahora TB 89 a accompagné Vanille TB 88 (Leduc x TB 88 Wade x EX 91 Bichon), partie en 2e lactation après avoir fait 2 filles qui sont en lactation (Carola TB 87 par Lheros et Babyliss). Toutes les deux se démarquent très aisément dans le troupeau, rapportent des visiteurs de l’élevage basque. Cette Babyliss 86 pts (Talent x TB 88 Leduc x TB 88 Wade) en 1re lactation a une jeune par Laurin qui constitue la 6e génération née à domicile depuis l’installation d’André Bernard. Plus près, le Gaec du Soleil Levant à Pluvigner (Morbihan) détient Akapie TB 88 (Mr Sam x EX 90 Lee x EX 90 Juror), et l’Earl du Vieux Poirier à Plouaret en Côtes-d’Armor travaille avec Altes TB 86 (Outside x EX 90 Juror x EX 91 Bichon Buck).

Les minoritaires

Liée par une grand-mère commune à Ginette, Biscotte TB 88 (Goldwyn x TB 89 Blitz x B-84 Jed) a une fille TB 88 par Goldwyn. Quand Biscotte a aussi mis le cap sur le Gaec de l’Ouche Ronde, elle a laissé une fille par Mr Minister.

Ultime TB 89 (Rudolph x TB 86 Charles x EX 90 Ugela) en 5e lactation, était respectivement 2e au départemental en 2007, puis 1re de sa classe et meilleure laitière en 2009. Il s’agit d’une famille à la fois productive et durable qui présente l’inconvénient de se montrer avare en filles.

Elle aussi numériquement moins influente, car arrivée plus tardivement dans le troupeau, Obstinée EX 90 (Juror x EX 92 Inspiration x EX 94 Starbuck) a pour mère Guitoune, une vache d’ascendance américaine (importée par l’élevage pionnier de Boulieu) qui marque encore le troupeau Michard dans les Côtes-d’Armor. Obstinée a trois filles par Rubens, Lee et Outside, respectivement EX 90 pour les deux premières et TB 89. L’aînée par Rubens développe plus rapidement sa ramification, elle est aujourd’hui arrière-grand-mère d’une Buckeye.

Par Guillaume Bélibaste,

Typex Magazine - Avril-Mai 2010 - N° 92

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