Ferme Marineau : Lignée unique au Québec

Un esprit curieux et le désir de découvrir de nouvelles lignées caractérisent Patrick Martineau. Le nouveau propriétaire de la ferme Marineau a utilisé ses propres économies pour acquérir une lignée américaine. Bienvenue chez un éleveur avant-gardiste.

Le propriétaire de Marineau, Patrick Martineau, sa conjointe Alexandra Thibeault Raviolatti et leur fi ls Jacob, âgé de 4 mois.

« Je me rappelle comme si c’était hier lorsque j’ai annoncé à mon père que j’achetais un lot de trois embryons aux États-Unis. Il m’a littéralement traité de fou. » Cette annonce survient en 1998, juste un an après que Patrick a acheté des parts de l’entreprise parentale localisée à Saint-Agathe-de-Lotbinière, au Québec. Le nouvel arrivant n’a ensuite pas perdu un instant pour investir, de sa poche, dans des embryons de haut calibre.

Au terme de ses études en agriculture dans un collège spécialisé, situé à plus de 200 km de son village natal, le jeune homme effectue ses premiers achats. Il rêve alors d’acquérir des femelles dont la génétique serait susceptible de développer des taureaux destinés à l’insémination artificielle. Au départ, il se consacre à l’achat de génisses sans pour autant obtenir les résultats escomptés.

Le programme Trend

Il entend ensuite parler du programme « Trend » du groupe Semex Alliance. Ce programme, qui a duré environ 6 mois, permettait aux éleveurs canadiens d’obtenir des embryons américains à prix raisonnable à condition que, si la vache engendre des mâles, ceux-ci soient vendus exclusivement à Semex.

Patrick s’informe d’abord pour acheter des embryons qu’il a vus dans un dépliant publicitaire. Cependant, ceux qu’il souhaitait acquérir ne sont plus disponibles. On lui fait alors une offre pour le fameux groupe de trois embryons de Comestar Lee sur une vache d’origine californienne : Diamond-S Bellwood Kate TB-89-USA à 3 ans DOM. Une seule gestation ira à terme et donnera naissance à Marineau- I Tina Lee.

Marineau-I Tina Lee TB-89- 4 ans (Lee x Bellwood x Wade), 5e génération TB ou EX. Elle est précédée de vaches qui ont produit respectivement plus de 63, 71 000 et 85 000 kg de lait. Elle a 19 fi lles, nées entre 2002 et 2005, et 8 mâles en IA. Une famille qui reçoit l’intérêt des Allemands, Français et Italiens.

D’abord classifiée BP-84 à deux ans, elle ne cessera ensuite d’augmenter à chaque classification pour être TB-89 à quatre ans. « L’énorme satisfaction est aussi que cette vache, à la stature imposante, est très prolifique », mentionne Patrick qui nous reçoit chez lui en compagnie de sa conjointe Alexandra Thibeault Raviolatti, une Québécoise d’origine italienne. Alexandra, bien que ne possèdant pas de part dans la ferme, s’implique beaucoup dans les aspects marketing et promotion de l’élevage. Elle est enseignante, bilingue et d’origine citadine, mais s’acclimate très bien à la vie rurale. Elle est très confiante en Tina et son potentiel génétique et commercial.

Lors de notre visite, la vedette du troupeau, tarie, broutait paisiblement en compagnie de ses sept filles. « Aucune n’a encore été vendue, dit Patrick. Je veux développer cette famille de vache dans l’élevage. Je préfère donc ne vendre que des embryons pour l’instant afin de ne pas disperser les noyaux », poursuit Patrick, également administrateur du club Holstein de Lotbinière. Tina a produit 10 352 kg de lait à 4,4 % TB et 3,5 % TA en première lactation. « Cette lignée, qui présente de bons index, est forte en taux. Tous ses membres affichent une bonne longévité. De plus, la reproduction n’est pas un problème. Sa descendance est là pour le démontrer. »

Elle a au total huit fils dans les centres d’insémination artificielle, dont un par Morty en Allemagne, trois autres Morty chez Semex, ainsi que deux par Icome. Un Stormatic et un Finley ont été vendus chez Alta. Pour ce qui est des fi lles, les pères sont : Marmax, Reggie, Talent, Champion, Finley, Stormatic, Morty et Income et Modest. Marineau-I Tina Lee a un IPV de +1 911 et une cote en conformation de +11. Et, née en décembre dernier, une génisse porteuse du facteur rouge par Talent.

Saine gestion

Marineau Timora Income BP-84-2 ans (Income x Lee) est la première fi lle de Tina en lactation. Elle est projetée à 10 026 kg de lait à 4,4 % TB et 3,4 % TA. Contractée avec More par Semex.

Tout en développant cette famille, Patrick a changé au complet le système de traite et a installé une fosse et un silo tour en 2000, classique en Amérique du nord. En société depuis 2004 avec sa mère Jeannette Fournier, il vient tout juste de terminer également la reconstruction d’une toute nouvelle salle de traite.

L’étable de vaches entravées a été agrandie et mesure aujourd’hui près de 200 pieds. Une nouvelle construction, près de l’ancienne étable, abrite les génisses. Le quota de l’entreprise est de 520 000 kg de lait par année. Depuis l’achat des parts, Patrick a acquis 228 000 kg de lait de droit à produire annuel, ce qui représente un investissement important au Canada. Les objectifs de Patrick Marineau sont très précis. Un, développer la famille de Tina au maximum pour obtenir des taureaux infl uents dans la race. Deux, produire un lait très rentable. Pour réaliser son premier but, il doit assurément mettre le deuxième en pratique.

Marineau Pasta Mason TB-85 (Mason x Starbuck) a six mères TB et deux EX. Une famille de 14 étoiles dont les trois dernières générations sont de Marineau. Elle a deux filles BP.

L’éleveur fait désormais partie d’un syndicat de gestion, groupe de travail avec qui il établit des constats stratégiques dans le but d’augmenter la rentabilité de l’entreprise. « Il nous donne des conseils pour diminuer nos coûts de production par exemple, ajoute-t-il. Nous mettons en pratique ceux qui nous conviennent. » Une bonne rentabilité lui permet d’investir graduellement dans de bonnes souches.

Jusqu’à maintenant, il a choisi d’acheter des céréales, avec supplément azoté à part, au lieu de la moulée toute faite. Il a négocié davantage ses prêts et ses taux d’intérêts, acheté un distributeur automatique de concentrés. En fait, il met l’accent sur une saine gestion tout en maximisant la production des vaches. La moyenne de lait a augmenté de 2 000 kg depuis son installation. Et le taux de saillies par conception a diminué de 2,3 à 1,7. Ce qui n’est pas moindre à une période où la fertilité des troupeaux tend à diminuer.

À l’affût

Récemment, lors de la vente de dispersion du troupeau Loubel, Patrick Martineau s’est porté acquéreur de Loubel Stormatic Silvianne, gestante de Granduc Majesty. C’est une fi lle de Loubel Mason Silvia TB-85 RC, elle-même fille de Loubel Jubilant Siliva EX.

Le seul sujet Jersey de Marineau : Piedmont JW Mint 2-ET a été achetée en 2003 pour 10 000 $ à la vente Royale Jersey. Une fi lle de Rapid Bay Just Wait qui a deux génisses par le taureau Sultan à la ferme.

C’est en feuilletant différentes revues spécialisées qu’il a trouvé une vente aux enchères sur Internet où il a acquis un lot de cinq embryons de Titanic sur Windy-Knoll View Prosper TB-86, une fille de Comestar Outside sur Windy- Knoll View Promis EX-95-USA. Il s’agit de la première expérience de ce genre pour Patrick et, bien que les procédures d’importations aient été laborieuses, il ne regrette en aucun cas d’avoir investi de cette façon.

Alexandra remarque que son conjoint passe des journées à réfléchir sur les choix des taureaux qui seront utilisés. Le mâle retenu doit d’abord et avant tout correspondre à ses objectifs : taux élevé, le moins possible de consanguinité, bonne conformation et forte production. De plus, le taureau doit compléter la vache sans pour autant faire baisser les index. Pas facile de conjuguer ces critères !

Avide de l’actualité et de l’information concernant le monde de la génétique, Patrick feuillette plusieurs revues américaines. Il navigue aussi sur Internet, visite les sites web, envoie des courriels aux éleveurs partout en Amérique du Nord. Ensuite, il demande les prix, appelle les CIA, questionne les analystes, discute de son idée...

Il n’hésite pas non plus à utiliser des taureaux que personne n’emploie. Si tous les éleveurs sont friands d’une nouvelle vedette. Il n’ira pas nécessairement en ce sens. « Les centres doivent respecter un quota pour chaque taureau. Je leur offre la possibilité de développer des fils intéressants pour chacun », indique Patrick, qui avoue être un peu têtu et difficile à faire changer d’idée.

La ferme Marineau : une entreprise en croissance comme la famille de vaches de Tina Lee et de ses filles. Un jeune couple passionné de génétique qui a recours aux méthodes les plus modernes pour se procurer de rarissimes lignées maternelles.

À suivre...

Annie Cloutier,

Typex Magazine - Août-Septembre 2005 - N° 64

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