Gaec Duffau : Un rêve calculé

Stéphanie Delteil et Jérôme Duffau veillent sur le troupeau Duf Holstein tandis qu’Éric, le frère de Jérôme, s’occupe des cultures et du parc matériel. Ils sont toujours aidés par leurs parents. Sélectionneur avisé, mais aussi producteur de lait soucieux des cours, Jérôme s’est très largement investi dans la mise sur pied de l’Association des producteurs laitiers indépendants*.
À l’heure de la clôture du GIE d’investissements, Jérôme Duffau demeure un sélectionneur qui garde les pieds sur terre. Il revendique parallèlement le droit au rêve en matière de choix génétiques et à la gestion de la crise laitière.
Le GIE Génétique Holstein Passion constitué de Gilles Carrillon, JoSian Mengele, Hervé Soulès et la famille Duffau aura vécu dix ans, il a été clôturé en avril 2009. « Dommage, car nous avons fait du bon travail si l’on considère que sur les huit animaux que nous aurons à Aquitanima, quatre sont nés du groupe GHP et issus des familles Quality Frantisco, Prelude Spottie, Novi Griffe et Grenade. L’un d’entre nous cesse de produire du lait. Jusqu’alors, les ventes de mâles permettaient de réinvestir dans de nouvelles lignées. L’arrivée de la génomique, la disparité des tarifs et des conditions applicables aux mâles ne sont pas encourageantes », précise Jérôme.
Proximité ignorée
« Les investissements des centres d’insémination sont parfois d’illogiques. Ils achètent en dehors des pedigrees disponibles à proximité. Nos propositions d’accouplements ne sont pas validées, puis les taureaux que nous avions envisagés semblent devenir incontournables dans le schéma ». C’est ce qu’il a constaté à propos de Wade, Merchant, Duplex et Goldwyn par exemple. « Je ne crois pas que les prix que nous demandons soient dissuasifs alors que ce qui provient d’Amérique du Nord est soumis à la pression de la demande internationale ». Il regrette l’impossibilité de procéder individuellement au génotypage des animaux, ce qui constitue un autre frein aux décisions de la profession. Il ajoute qu’il considère inadmissible que des veaux mâles soient préalablement retenus puis que le test ADN soit déterminant de leur droit de vie ou de mort. Le génotypage ne s’appuie pas sur un résultat, mais sur une série de marqueurs auxquels les analystes attribuent une pondération qui peut leur être propre. En conséquence, un veau inintéressant pour une unité peut l’être pour une autre. « Alors que la génomique fait ses premiers pas, son application tue les initiatives de multiplication initiées par les éleveurs. Il me semble qu’en l’état, elle n’est pas faite pour les sélectionneurs. J’ai l’impression que la démarche n’est plus créative, mais qu’elle incite davantage à la cueillette. » Pour l’éleveur hautpyrénéen, les centres d’insémination participent à une course-poursuite destinée à prendre place sur le marché international avant de s’inscrire dans un travail régional.
Moins de transplantations

Blitz oréolée TB 86 (Blitz x TB 86 Rubens) achetée en 2007 à Jean-Bernard Janotto (Haute-Garonne). Elle a été réserve espoir à Bordeaux 2007, meilleure mamelle jeune à Cournon 2008 puis championne jeune, meilleure mamelle et réserve championne au Sia 2009.
Le contexte laitier s’apprécie des deux côtés du miroir. En qualité d’investisseur d’abord. « Finis les petits plaisirs qui consistaient à intégrer un élément d’une famille dans le troupeau, non pas besoin, mais par intérêt et en misant sur la patience », résume t-il. Le nombre de transplantations va subir une réduction drastique. Une vingtaine était pratiquée chaque année, dont une douzaine au titre du GIE et le reste au titre de l’entreprise individuelle lorsque le lait était encore à 34 centimes. « Nous n’en envisageons plus que 3 à 4 pour l’année 2009. En tant que vendeur régulier de génétique, le téléphone demeure muet. Deux mois après l’événement, nos deux titres de championnat au dernier Sia ne nous ont valu aucun appel. Les gens n’ont pas d’argent ».
Le prix du lait pourrait encore affecter les décisions des simples producteurs. Certains acteurs des centres d’insémination ne lui voilent pas leur inquiétude de constater davantage de taureaux dans les fermes, de rencontrer des producteurs tentés par une généralisation de la saillie naturelle. « Ils ne cachent pas non plus qu’une fois que les tests génomiques seront accessibles aux sélectionneurs, ceux-ci pourront y trouver des arguments de vente destinés à l’adresse des éleveurs acheteurs. »
« Faites-nous rêver ! »
Selon Jérôme, cette réactivité récente serait la conséquence d’un héritage: «J’ai l’impression que rien n’est fixé dans notre région : on n’a pas de démarche à long terme, on a fait du papier, des chiffres. Pourtant les pedigrees ne trompent pas. Il faut apporter des certitudes et ensuite vendre du rêve à ceux qui y sont sensibles ou qui en réclament. Lorsqu’ils commandent des taureaux nouvellement testés ou confirmés, les clients des distributeurs de semence importée achètent à la fois de la certitude et du rêve. Pourquoi les centres français ne parviennent-ils pas à fabriquer ces ingrédients ? », interroge t-il.
Jérôme Duffau siège à la Commission génétique de Midatest, et il est l’un des initiateurs du catalogue Gen & Type du centre d’insémination dont la capacité de testage se résume à 40 taureaux Holstein chaque année. Il y a fait entrer Salinoise Artist, (Linjet x Skychief Langourla EX 98) bientôt suivi par quatre autres jeunes congénères. Conscient que pour l’instant ce marché est restreint, leur prix compris entre 22 à 28 € par paillette n’est pas incitatif. « Alors que ce tarif n’est nullement en rapport avec l’investissement initial et les coûts de production de la semence, Midatest – qui n’est plus seul à décider de sa politique commerciale – craint que ces taureaux aux familles populaires soient concurrents de leurs taureaux de service si leur semence devenait plus abordable ». Pourtant, selon Jérôme Duffau, les mêmes acteurs craignent encore la compétition des distributeurs de semence importée qui ont réussi à gagner de solides parts de marché dans le sud-ouest. Il ne lui serait pas étonnant que le groupe auquel est désormais affilié Midatest soit en phase de reconquête du marché. Pour sa part, Jérôme Duffau pratique ses mises en place et utilise 95 % de doses étrangères, et quelques super-samplers disponibles en France.
Super-samplers accessibles
Les super-samplers français sont soumis au plafond des 1 000 doses distribuées, un chiffre qui, selon l’éleveur, est un frein volontaire de l’accès à ce marché. « Si l’utilisation des supersamplers peut s’apparenter à du testage dirigé, la diffusion limitée de ceux-ci relève d’un accord convenu entre certains centres d’insémination. Cependant, des deux modes de mise à l’épreuve, il en est un qui relève de la responsabilité de l’éleveur tandis que l’autre présente un coût pour la collectivité en cas d’échec. Je souhaite que les super-samplers soient accessibles à tous ». Peut-être est-ce une démarche en cours avec la mise sur le marché désormais possible des jeunes taureaux génotypés. « Ils n’auront pas la dénomination de super-samplers, mais cela reviendra au même. Et dans le panel disponible de mâles aux profils variés, espérons que certains seront de potentiels constructeurs. Désormais Zeus, fils par Zenith de Lila Z chez Gènes Diffusion, est accessible partout. Tout comme Bovigene Redrock, fils par Storm de Lavender Ruby Redrose chez Créhen (Amelis) qui a été distribué dans le sud-ouest par Black-Red Innovation ».
Index et morphologie
Ghp brainville (Duplex x Rubens x TB 87 Mtoto x EX 90 Rudolph) ainsi que sa mère Ubens et sa grand-mère Quete remontent à la Micheal Novy Griffe EX 97. Cette famille du troupeau cumule index et morphologie. Brainville est l’une des meilleures primipares du moment, indexée 145 Isu, ce qui lui laisse une petite chance d’être mère à taureaux. Elle a d’ailleurs un jeune mâle par Laurin, d’une longueur et d’un développement étonnants. Elle n’est encore jamais sortie et son premier déplacement la conduira à Aquitanima, puis elle prendra la route pour le National à Saint-Brieuc. Brainville a une soeur par Jebadiah. Une génération plus loin, Izé Ubens TB 87, avait été rachetée par le GIE Holstein Passion à Philippe Deru lors de sa cessation d’activité. À la faveur de son index élevé, elle a par la suite été cédée à Midatest qui l’a exploitée comme donneuse. La grand-mère était déjà copropriété entre la famille Duffau et Philippe Deru. Cette Mtoto Izé Quete avait remporté sa classe à Farming-Tours 2000. Elle a laissé une Bolton collectée avec Mickey et gestante par Million, ainsi qu’une Goldwyn de 16 mois.
Rolls en rouge

Goldwyn baltimore TB 87 (Goldwyn x B 84 Red Marker x Coum Skychief Olivia EX 91) achetée en copropriété avec Laurent Loste (Pyrénées-Atlantiques) en 2008 au gaec Cabon. Selon Jérôme, c’est la vache qui devrait monter l’an prochain. Elle vêlera en octobre. Première à Cournon 2008 (photo), gestante de Jasper après 15 embryons d’un seul flush par Dolman.
Plus de 30 % du troupeau sont issus d’une seule fille de Rolls. Jérôme Duffau exprime sa satisfaction d’y avoir cultivé le gène rouge introduit par une TB 88 Enhancer de Rolls EX 93 achetée à Jean et Jean-François Chupin en 1989. Cette Enhancer a même produit un Aerostar facteur rouge, Geai Aero, testé et commercialisé par Midatest. De ce rameau rouge, on compte deux bonnes Rustler et deux Lystel Starfire RC (Rubens x L’Or Black) respectivement gestantes par Rampage, crowner (Lichtblick de la lignée D-R-A August) et Redrock. « Rustler et Starfire RC ne sont pas tellement dans l’actualité, mais les cracks rouges sont peu nombreux, autant aller les chercher, quel que soit leur âge », justifie Jérôme. La Enhancer a été suivie par une TB 89 Eagle puis une TB 86 Ambition qui a donné une TB 88 Dannix. Elle a été la génitrice d’une TB 88 Esquimau très productive (3e 305j 16 000 kg) à son tour mère d’un Talent et d’un September, tous les deux facteurs rouges, mis à l’épreuve par Gènes Diffusion. Ceuxci ont des soeurs TB 86 par Champion (mère d’une jeune Toystory), Manager (distribué par GGI) et Duplex. « Dans cette famille, les centres d’intérêts sont multiples. J’ai réussi à conserver le facteur rouge, à maintenir des index et à bâtir des vaches durables », résume Jérôme.
Vectra, Jamaïque, Uerchant
Le type à concours constitue des aboutissements du travail quotidien de la famille Duffau. Al-Pe Astre Vectra EX 93, mère de l’Italienne Al-Pe Quartz Doriana EX 97 (Quartz x Astre) - championne européenne 2006 et double championne d’Italie - s’est relativement bien acquittée de cette tâche. Âgée de 14 ans, elle laisse une Derry, une superbe TB 86 Kite à vêler pour la seconde fois, une Jasper et une Skychief amouillante. En plus d’embryons par Stormatic, Juror, Skychief et Kite qui ont aisément trouvé preneurs, une TB 89 Derry est chez la famille Mainguy dans le Maine-et-Loire, une Kite a rejoint l’élevage Descheppe, une Stormatic est repartie dans la péninsule à l’élevage Sabbiona et une Champion dans l’élevage Ererra. Vectra a pris une seconde place à Farmingtours et cette année sa Kite prendra la relève.
Les deux vaches suivantes s’inscrivent dans une actualité plus récente. Blackstar Jamaïque EX 93 (Blackstar x TB 87 Southwind), achetée à Hervé Soulès, a été championne espoir et championne génisse à Aquitanima 1995, première au National en 1999. Elle a transmis la gagne à sa Gibson Ushuaïa TB 87, successivement réserve championne espoir Sia, championne espoir au National à Cherbourg, championne mamelle espoir et championne mamelle jeune au Sia 2006 puis en 2008. Jamaïque est à son tour grand-mère d’une TB 89 Lee (x TB 89 Leduc), championne génisse à Aquitanima 2004 et arrière-grand-mère d’une Montana et d’une Mr Minister très prometteuses. Cette lignée représente 20 % du troupeau.
Découverte dans le voisinage, la donneuse permanente Merchant uerchant (Merchant x TB 84 Lee x TB 84 Dannix) est copropriété du gaec de Cerisos. Réserve championne jeune à Aquitanima 2005, elle a trusté les championnats au Sia et au top 100 Auvergne Midi- Pyrénées à Baraqueville en 2007. À ce jour, le partenariat dispose d’une très prometteuse Terrason prête à vêler, d’une Racer et d’une Goldwyn. Elle a été collectée avec Damion et Dolman. « C’est une vache qui race. Désormais tarie, elle a fait du lait comme une folle et est hébergée à la station Midatest de Denguin pour ses collectes », précise Jérôme Duffau.
Typex magazine n°86-avril/mai 2009 par Guillaume Bélibaste


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