Visite d’élevage: Jean-Louis Lafon, Itinéraire d’une ascension (1 commentaire)
Il y a dix ans, Jean-Louis Lafon était simple producteur laitier. Aujourd'hui, il décroche la seconde place du classement morphologique français. Comment change-t-on aussi rapidement de catégorie ? Comment le préfixe Xaintrie est-il devenu peu à peu une référence et quels projets recèle-t-il encore ?

Jean-Louis Lafon en conversation avec Salinoise Xaintrie Story EX 90. Située à Pleaux, la ferme Xaintrie est limitrophe de la Corrèze, elle emprunte son nom au plateau géographique commun au deux départements. Son troupeau a été bâti au cours de la dernière décennie.
Saviez-vous qu'il y a peu de temps encore, le Cantalou Jean-Louis Lafon était - numériquement parlant - davantage éleveur de Salers que sélectionneur Holstein. En constituant le Gaec de l'Étang en 1998, il avait apporté 30 vaches allaitantes auxquelles s'ajoutaient les apports de son partenaire constitués du même nombre de mères et d'un quota laitier de 22 0000 litres. Sept ans plus tard, lors de la dissolution de cette association, chacun a repris ses acquis. Jean-Louis Lafon a profité des 125 000 litres de lait libérés par le départ en retraite de sa mère. Il a racheté la stabulation à laquelle il a ajouté une salle de traite et une fosse.
Lait et génétique à parité
Les primes pour 30 vaches allaitantes ont été échangées contre 100 000 litres de lait. (Aujourd'hui la parité est passée à 7 000 kg par vache allaitante). Le droit à produire d'aujourd'hui est établi à 250 000 litres. Au cours de la dernière campagne laitière, lors de la pénurie qui s'est amorcée en fin d'année, 300 000 litres ont été aisément produits grâce à la réserve de vaches et de génisses que comporte le troupeau. « Ma situation financière serait mieux assurée avec un quota compris entre 300 000 et 350 000 litres et je ne suis pas favorable à une libéralisation de la production laitière : nous sommes une région éloignée des zones de consommation », constate-t-il. Actuellement, douze mères de race Saler non primées demeurent sur l'élevage. Elles valorisent une dizaine d'hectares éloignés et accidentés. Si la production devait évoluer à la hausse, des génisses viendraient les remplacer. Cette hypothèse est cependant peu probable à court terme, « le plafond départemental est situé à 180 000 litres au-delà desquels aucune rallonge n'est accordée », déplore-t-il. En conséquence l'éleveur envisage générer autant de revenu avec le lait qu'avec la génétique. Et il semble bien équipé sur cette voie.
Pesée et satiété
Le prochain investissement sera une mélangeuse verticale afin de mieux cerner ce que consomment réellement les vaches. « Mon nutritionniste considère que 25 kg de produit brut apportés par l'ensilage de maïs sont suffisants. D'abord parce que le bilan alcool correspond à peu près à une bouteille de whisky, et parce qu'il convient de veiller à l'équilibre qui s'instaure entre satiété, encombrement et rumination ». Jean- Louis Lafon ne cache pas que ce n'est pas parce que les vaches sont repues qu'elles ont pour autant ingéré le mélange le plus efficace. « Il est probable que certains jours elles dépassent la quantité de maïs que je me suis fixé. Au moins la mélangeuse me permettra-t-elle de peser les ingrédients. Jusqu'à présent, la substitution se fait toujours au profit de l'ensilage de maïs. Les quantités de fibres semblent mieux appréhendées puisque le foin de luzerne est chargé à la main dans la désileuse et que le foin de graminée est distribué manuellement chaque matin ». À propos de l'achat envisagé, le choix d'un axe vertical est lié au souhait d'un défibrage minimal des foins de graminée et de luzerne. Non seulement la suppression de cet éventuel phénomène de substitution sera atténuée au profit d'une rumination optimale durant la lactation, mais elle permettra aussi un meilleur suivi de l'alimentation au cours de la période de tarissement, « jusqu'ici parent pauvre de chaque cycle de lactation », admet Jean- Louis. Cet investissement s'inscrit dans le cadre de la prolongation du bâtiment qui accueille désormais l'ensemble du cheptel. Les génisses profiteront donc elles aussi de cet achat.
Une étoile décrochée du ciel
Que serait-il advenu si, parmi quelques demi-soeurs, une bonne Dannix n'avait pas été repérée dans ce troupeau au début de l'été 1997 ? Nul ne peut apporter de réponse définitive. En 1999, la visite et les encouragements de Thierry Gautier, représentant régional de Bovec, auront été déterminants pour la suite des événements. « Il préférait l'une de ces Dannix et il lui voyait une place dans l'Open show régional annuel que certains de ses amis organisaient alors dans la petite ville de Mauriac et dont le bétail était soumis à l'appréciation d'un juge canadien ». À son grand étonnement, dans le droit fil de sa fébrilité de se retrouver parmi l'élite morphologique et les libres penseurs de la région, sa génisse était désignée Championne Junior par Yvon Saint-Pierre. « J'étais fébrile », avoue-t-il en se moquant quasiment de lui-même, « J'étais féru de foot, j'avais décliné un tournoi local, plus rien n'existait que ce concours et ma génisse. Je l'avais lavée, relavée, mouillée, douchée… On sait le temps nécessaire pour shampooiner une génisse, je crois que toute cette énergie m'aurait permis d'en laver un grand nombre ». Elle allait ouvrir la voie à un renouvellement du troupeau. En effet, les vaches qui constituent le cheptel d'aujourd'hui ont été en grande partie achetée. Il y a d'abord eu une génisse d'un an par Aeroline, Olliday du Grand Coudanne, conçue en 1997 dans les Landes par Robert Fressange. « Elle est toujours vivante, classifiée Excellente nouvelle table. Puis, en 2000 est arrivée Salinoise Onolulu TB 87 Can. (fille de saille naturelle par Salinoise Lulu) qui a constitué la sortie d'une première vache en lait d'abord soldée par une rosette de Championne Réserve à Farming-Tours la même année, puis simultanément par deux places de 5e à Vérone en 2002 et 2003. Elle reste pourtant sans descendance femelle. »

Salinoise Xaintrie Story EX 90 (Broker x Langourla EX 98 x EX Skychief x EX Starbuck) la seule fille par Broker de Langourla. 3e 365 j 16 936 kg 3,79 % 3,04 %.
Intégré au groupe Holstein Massif Central, Jean-Louis achète six embryons par Broker et Raider de Langourla EX 98, ce qui a constitué le témoignage d'une confiance extrême de la part des détenteurs de la multiple championne nationale. Cette acquisition a permis de franchir un nouveau cap en 2000. «C'est l'investissement que je considère le plus important. Il a débouché sur la seule fille par Broker de Langourla, Salinoise Xaintrie Story EX 90 », une étoile décrochée dans le ciel, ajoute-t-il pour en souligner la difficulté d'accès. Story était 2e génisse d'un an à Farming- Tours 2002, puis composante du Prix de famille au même événement trois ans plus tard. « Elle est un peu juste dans la mamelle, un peu lourde, comme une Broker » décrit-il, réaliste. Story a une fille par Astre âgée de 18 mois et 11 embryons par Kite dont 5 vont naître en mars 2009.
Transits chez Gandillon

Salinoise Spirit Starmania EX 91 nouvelle table (Spirit x Chief Mark x Milestone x Citation R Maple x Bootmaker) fille de Fantastique. 3e 417 j 16415 4,05 % 3,32 %.
Une anecdote de plus est cette fois liée à une vieille Chief Mark qui laisse son empreinte dans le troupeau Xaintrie. Fantastique TB 87 Can. (C. Mark x Milestone x Citation R Maple) avait été Grande Championne de Mauriac 1996 au bénéfice de son propriétaire Serge Gandillon qui l'avait achetée au Gaec du Grand Coudanne dans les Landes puis pensionnée chez Noël Damon chargé de la mettre en valeur. Arrivée à l'âge de 10 ans, collectée trois fois avec Astre, Charles et Starbuck, elle compte 12 descendantes, réparties sur plusieurs générations, qui s'expriment très bien. « Une TB-88 Charles est meilleure seconde lactation du Cantal avec 11 000 kg à 3,5 % de protéine, une petite-fille EX 91 par Spirit sur Astre Madonna TB 86 Can. est la meilleure classification (nouvelle table) de l'année du Cantal avec néanmoins 15 000 kg en 305 jours». Elle est mère d'une TB 88 Lotto 1er veau et grandmère d'une jeune Broker vendue au Gaec Maignant (Mayenne). À cette ramification viennent s'ajouter une autre TB 88 Charles, une Astre, une jeune Lincoln qui participent à l'étoffement d'une lignée prolifique en filles.

Salinoise Astre Ultime EX 90 (Astre x EX 90 Spirit x Prelude x Chief Mark) fille de Sassy, 3e 373 j 12 587 kg 3,85 % 3,26 %. De la famille de Milan, Mason et Markem.
Ultime EX 90, une Astre issue de Gandilonnette Sassy EX 90 témoigne encore des pedigrees fiables qui retiennent l'attention de Jean-Louis Lafon. Elle est un produit de la famille de Meadow Bridge Rosetta TB 86 Can. dont sont sortis les géniteurs Milan, Mason et Markem. Rosetta, copropriété de Pascal Massol, a fait carrière chez André Couture au Québec. Sassy a elle aussi transité par chez Serge Gandillon. Jean-Louis avait observé la Prelude, mère de Sassy, et avait ensuite manifesté - à son détenteur Noël Damon - son souhait d'acheter la petite-fille dès sa naissance en 2003. La négociation entre les amis de 10 ans a été entrecoupée d'échecs puisque Ultime n'est arrivée à Xaintrie Holstein qu'en 2007… « Et encore, au prix d'une plaisante copropriété avec Monique Rouel de Suisse ». Salinoise Ultime est classifiée EX 3e vêlage. Elle était Championne Junior à Tours en 2005, seconde à Lausanne en 2007 en première lactation et Réserve Grande Championne de l'interrégional à Cournon la même année. Elle a été préparée pour l'expo d'automne et le Concours Européen de Crémone annulé cette année 2008 et elle participera à nouveau à Swiss Expo 2009 afin de saluer sa codétentrice. Cette année, elle a donné naissance à une Kite et un flush est envisagé avec Blackstar.
Belles à traire
Dans la famille de Deslacs Prelude Lea EX 91 7*, grand-mère du géniteur canadien Off Road, deux animaux sont issus de Celica Charles Lisa TB-87 EX-Mam. arrière-petite-fille de Lea, soit le pedigree TB 87 Charles x NC Raider x TB- 88 Lindy x Prelude Lea EX 91 précédée par deux générations TB et deux autres EX. Une autre famille canadienne est aussi représentée par une jeune Astre et sa mère TB-87 Warden achetée à Cepra Holstein, précédée par une TB-88 Rubens puis une TB-88 Algonquin fille de Apple Ridge Valiant Tiara TB 88 importée par les frères Massol à la ferme Provetaz ; plus loin dans le pedigree interviennent une EX 93 Elevation TB 87 Fond Matt et une TB 86 Marquis. Manoir Terrason Katia EX (Terrason x TB 88 Lincoln), deux fois seconde à Paris, née chez Fabrice Martin (voir Typex n° 78) s'est placée 1e dans sa classe de 3e veau au Régional à Cournon voici quelques semaines. Elle était suivie par Xaintrie Ulysse TB-89 (Astre x NC Prelude Lassy, mère de Sassie achetée à Serge Gandillon sur les conseils de ND). Leur congénère Xaintrie Alizée TB 87 (Xaintrie Toronto x EX 90 Eroyal) avait emporté une place identique chez les premières lactations quelques classes plus tôt, jusqu'à prendre ensuite le titre de Réserve Championne Espoir.
« L'important consiste à ne pas se tromper dans le choix des vaches, même à propos de celles qui ne sont destinées qu'à produire du lait. Celles qui ont une morphologie intéressante demeurent ». C'est pourtant un concours de circonstances qui a conduit Jean-Louis Lafon chez Noël Damon, Christophe Moutarde et Pascal Massol en 1995. « J'étais à la recherche de solides vaches pour traire et l'éleveur à qui je m'étais préalablement adressé était revenu sur sa décision », vous connaissez la suite. Le Cantalou ne cache pas qu'il aime traire, avec une précision cependant, « ne traire que de belles vaches tous les matins ».
Classifiées le ventre plein
Tout comme en matière de choix d'animaux, Jean-Louis Lafon a une opinion bien précise de la classification : « Le pointage est une photographie de l'instant, c'est donc un moment important dans l'année, autant valoriser les petits gestes du quotidien et faire en sorte que leur résultat soit visible ce jour-là. C'est la raison pour laquelle les vaches sont présentées le pis et le ventre plein », argumente-t-il. Le troupeau comporte beaucoup de vaches adultes (moyenne d'âge 6,5 ans), le changement de grille de classification ne l'a pas pénalisé. La moyenne globale est passée de 88,3 à 87,2 avec 85,6 pour les primipares. « Il y a quelques années, l'objectif consistait à tisser une toile, aujourd'hui il me reste à utiliser ce support pour peindre », résume l'éleveur dans un élan poétique. « la formule m'est venue seule à l'esprit, à l'instant », poursuit-il spontanément. « Il reste en effet du haut de gamme à étoffer et à bichonner », conclut-il.
Typex magazine n°84 - Décembre/janvier 2009 par Guillaume Bélibaste


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Bonjour,
je ne comprends pas du tout les 5 dernières lignes du carré vert par rapport à la méthode d'accouplement. Est-il possible d'éclaircir un peu les propos?
merci