Semoir “solo” ou combiné de semis : un choix difficile en grande largeur

L’augmentation de la largeur de travail des semoirs a tendance à faire réapparaître des versions de chantiers décomposées qui, dans certaines conditions, peuvent rivaliser avec les combinaisons de semoirs et d’outils de travail du sol.

Semer avec un combiné ou un semoir “solo” ? Une question difficile à trancher.

En matière de semis comme pour tous les chantiers agricoles, l’un des objectifs prioritaires est d’améliorer les performances. Pour atteindre cet objectif, deux pistes peuvent être explorées. L’une d’elle consiste à augmenter la vitesse d’avancement. Cette première solution a ses limites. Une vitesse excessive rend la conduite difficile et inconfortable tout en entraînant un risque de dégradation de la qualité du travail réalisé, sans compter une usure accélérée des pièces travaillantes. On estime généralement qu’en multipliant la vitesse de travail par deux, on multiplie la vitesse d’usure par quatre. Actuellement, une vitesse de l’ordre de 10 à 12 kilomètres par heure semble être une limite raisonnable.

L’autre solution consiste à augmenter la largeur de travail. On voit donc se multiplier chez la plupart des constructeurs les appareils de 6, 8 ou 9 m, étant donné que depuis les années 80 la tendance est surtout de proposer des combinaisons travail du sol-semis. L’augmentation de la largeur se traduit par l’utilisation de tracteurs toujours plus puissants. Un minimum de deux cents chevaux devient indispensable pour tracter certains outils de travail simplifiés associés à un semoir, ou pour entraîner les équipements de semis directs.

Le retour des semoirs en “solo”

Vouloir travailler en grande largeur tout en assurant une implantation de qualité n'est pas chose simple.

Pour éviter de faire appel à ces tracteurs de très forte puissance parfois difficiles à rentabiliser sur d’autres chantiers, on voit réapparaître des semoirs proposés en solo. Ce sont bien entendu des équipements de grande largeur. Initialement et surtout conçus pour les grandes plaines des pays de l’Est, ces appareils sont maintenant utilisés sur certaines exploitations de nos régions.

Un premier passage d’outil de travail du sol doit assurer une préparation adaptée. Le bilan énergétique global n’est pas intéressant puisque deux passages sont nécessaires. Mais les tracteurs utilisés peuvent être plus faciles à valoriser pour d’autres travaux. À vitesse d’avancement égale, cette solution offre aussi l’avantage d’effectuer le chantier de semis au moment le plus opportun et dans un délai très court, si la préparation du sol préalable a été réalisée dans de bonnes conditions peu de temps auparavant.

En termes de tassement de sol, le fait d’effectuer le travail en deux temps peut sembler néfaste. En réalité, tous les outils de semis ne procurant que très peu de report de charge au travail, l’effort de traction est conditionné par le poids de l’engin de traction. La puissance de traction, plus faible en chantier décomposé, permet de travailler avec un tracteur moins lesté et une pression de gonflage réduite tout en augmentant la distance entre les passages, ce qui compense au moins partiellement les dégâts occasionnés sur le sol.

Si les outils de travail du sol sont dissociés du semoir, ils peuvent cependant recevoir un semoir simplifié pour installer des cultures dérobées à moindre coût. Inversement, de nombreux outils de semis combinés à un outil de travail peuvent être utilisés avec succès en déchaumage ou pour l’installation d’une culture dérobée. Le coût hectare de l’implantation est plus important si l’on applique une méthode d’amortissement classique. Certains fournisseurs préconisent alors de ne compter dans le coût hectare que le prix des pièces d’usure pour en justifier l’utilisation. Ils partent du principe que l’appareil étant présent sur l’exploitation, il devra de toute façon être amorti sur la mise en place des cultures principales et que son usage pour l’implantation d’une culture dérobée n’occasionnera que très peu de frais supplémentaires. Il n’y a donc pas de solution miracle. C’est bien souvent le dimensionnement des parcelles qui fait la différence.

Des détails qui comptent

Attention à la taille et à la pression de gonflage des pneumatiques utilisés.

Les semoirs “solo” disposent le plus souvent des mêmes éléments semeurs que leurs homologues accompagnant un outil de travail du sol. Seule la pression au sol des éléments semeurs est inférieure à celle des semoirs de semis direct, puisque le travail du sol préalable facilite le passage du soc de semis. Les semoirs de grande largeur peuvent être équipés d’une trémie de grande capacité pour plus d’autonomie. Attention cependant à la taille et à la pression de gonflage des pneumatiques utilisés sur ces semoirs, car ils peuvent occasionner des dégâts s’ils sont mal adaptés et mal gonflés. Cette pression et la disposition des roues de transport peuvent également influencer le comportement routier de l’ensemble. La hauteur et la facilité de chargement sont des points importants à prendre en compte. L’augmentation de largeur peut aussi poser quelques problèmes au niveau de la distribution. Non seulement les débits de graines sont plus importants, mais les distances à parcourir avant d’arriver au sol sont plus longues.

La turbine d’air doit donc être adaptée et l’entraînement des distributions doit être capable de faire face à des débits élevés. Il peut être préférable d’opter pour un entraînement mécanique ou hydraulique plutôt qu’électrique, ce dernier pouvant atteindre ses limites. Le choix de l’hydraulique offre une grande souplesse d’utilisation, mais a cependant l’inconvénient d’augmenter le coût global.

Vouloir travailler en grande largeur tout en assurant une implantation de qualité n’est pas chose simple. Il est indispensable de maîtriser de nombreux paramètres. Il faut contrôler parfaitement les trajectoires tout en assurant un jalonnage rigoureux et une excellente régularité du semis. En grande largeur, l’électronique devient un allié indispensable. Le guidage par satellite offre un confort de conduite incontestable, alors que le boîtier embarqué peut gérer avec certitude le jalonnage. La continuité du semis peut également être garantie par l’utilisation de cellules de contrôle de passage de graines dans chaque tube de descente. L’électronique peut également gérer avec rigueur les opérations à réaliser en bout de parcelle. Il est devenu simple d’automatiser les séquences de dépliage et de repliage. Il est également possible de maîtriser les différentes phases de mise en terre des socs en fonction de l’avancement du tracteur.

L’utilisation d’un semoir en solo peut également amener à envisager d’autres opérations en simultané comme l’épandage d’engrais. Il est également parfois possible de le rendre plus polyvalent en y adaptant une rampe de semis de précision en lieu et place de la rampe classique.


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