Badiola : Du lait dans l’excellence

Badiola est un des élevages des Asturies les plus réputés pour la qualité morphologique de son troupeau. C’est encore, de longue date, l’un des fournisseurs de jeunes mâles aux unités espagnoles, issus de sa propre génétique constituée de seulement six familles.

Paulino et son père José Ramón Badiola, tous les deux animés par la passion et le suivi des générations. « C’est là que se trouve le coeur de la sélection », considèrent-ils. Vétérinaire de formation, Paulino n’aime pas son métier d’éleveur uniquement pour l’argent. Désormais exclusivement vendeur, il s’interroge d’ailleurs en ces termes : « Est-ce l’argent qui corrompt en séduisant le naisseur ou est-ce l’acheteur qui profite d’une situation opportune ? »

Dans la région autonome nord-atlantique des Asturies, l’agriculture ne représente que 5 % du PIB. En 30 ans, les 30 000 fermes existantes ont été divisées par 10 et celles qui restent ont en partie recours à la double activité. L’industrie est devenue la première source de production de la région, attirant dans son sillage l’urbanisme, concurrent sans retour de l’agriculture. La moyenne régionale est de 40 vaches par étable. Le chargement de Badiola est important puisqu’il compte 400 têtes sur 70 ha. Précurseur en matière de valorisation des effluents, Badiola avait tenté d’y remédier en investissant dans l’une des premières unités de transformation du produit de ses fosses en méthane. Aujourd’hui, le lisier est soumis à un plan d’épandage et il est donné. Malgré la dimension désormais restreinte des fermes, les agriculteurs pratiquent avant tout l’élevage, « C’est un mode de vie dans cette région », précise Paulino Badiola, seconde génération impliquée dans la sélection Holstein, « Pourtant, les Asturies ne produisent que 11 % du lait total espagnol », résume t-il.

Réalisme et simplicité

Pour sa part, Paulino Badiola n’hésite pas à manifester son réalisme économique : « 80 % de notre CA vient du lait, 15 % de la génétique, 5 % des réformes. Le troupeau compte 180 vaches en lait qui produisent 11 700 kg 3,7 3,2, auxquelles il faut ajouter 25 taries et 200 génisses ». Sur le plan technique, même si la gamme de prix des paillettes retenues a de lourdes incidences économiques, l’éleveur enthousiaste annonce 2,8 inséminations par vache, 75 % des génisses pleines dès la première insémination et l’option discrète de huit paillettes sexées de Roy pour cinq gestations en cours. Les étables ont été souvent remodelées, au fil de la croissance du cheptel. Néanmoins, dans ce contexte, il ne constate pas de problème avec les vaches dont la taille atteint 160 cm. Ceci trouve sans aucun doute une explication dans des logettes de 2 mètres de long, larges de 175 à 180 cm dont la litière de sable est changée tous les 14 jours ; « La proximité de la plage atténue le prix du matériau ». Toutes les vaches occupent les logettes. Un hangar sur terre battue demeure disponible en cas d’avarie et pour les vaches en préparation de concours. Paulino préfère avoir recours à un salarié qui nettoie manuellement l’aire d’exercice plutôt que d’utiliser de la paille. Il considère que ce type de litière rendrait plus difficile la gestion des effluents solides dans le lisier, et contribuerait moindrement à la qualité de l’ambiance bactériologique du couchage. Le raclage des couloirs se réalise avec un automoteur (une lame montée sur un motoculteur recyclé). Dans ses choix et dans la foulée de son père José Ramón, Paulino travaille au pis, aux pieds & membres, à la force laitière, selon lui destinés à faire des vaches sans problème, aptes au travail, c’est-à-dire qui marchent, mangent, et dorment. Seules les vieilles vaches ne sortent jamais. Les premiers vêlages sont ordinairement programmés à 26 mois, ce qui n’est pas un obstacle pour quelques primipares bien développées qui démarrent leur carrière à 22 mois. Une seule ration est élaborée pour l’ensemble du troupeau : maïs, herbe ensilée, luzerne déshydratée, concentrés. Le tout n’empêche nullement le troupeau de compter plus de 20 vaches présentes à plus de 100 000 kg et une moyenne de 4,6 lactations en 2007, « un chiffre qui va s’améliorer avec davantage de ventes de jeunes vaches », précise Paulino.

Recul bienfaisant

Badiola Formation Megate VG-87 (Formation x EX Astre x EX Blackstar x VG-88 Starbuck), grand-mère, entre autres de Badiola Megaton et de Badiola Megamatico (tous les deux via Badiola Leduc Megate I) chez Ascol, mère à taureaux pour Aberekin. Meilleure génitrice du 13e Concurso Autonómico Fefriga 2004, elle a été élue Meilleure vache espagnole de l’année 2004 par les lecteurs de Frisona Espanola et s’est installée à la 23e place de l’ICO en juillet 2005.

Au cours des dix dernières années, le troupeau a connu des incursions de Fatal, Dombinator, Raven, Corsaro et Lord Lily. Aujourd’hui, 65 % des achats de semence se font au Canada. Ils sont complétés par Duplex, 10 % de génétique Ascol, y compris des testages de sa propre génétique puisqu’il considère comme un devoir de tester d’abord les taureaux de sa coopérative régionale, et enfin chez Aberekin et Fontao avec des taureaux déjà indexés. Sa sélection s’appuie sur la mère et sur la famille de la mère du géniteur. « J’aime les index… lorsque les taureaux sont à plus de 3 points de morphologie », lance Paulino, un brin d’humour et de provocation imbriqués. Et au sujet du gabarit auquel il s’est accommodé en adaptant l’espace de couchage, son orientation ne connaît pas d’ambiguïté : « La taille des vaches, c’est un peu comme les voitures, tout le monde aime et prône les petites et en souhaiterait des grandes ». Les tarifs d’achat de la semence ne souffrent d’aucun manquement dans la gestion quotidienne du troupeau. Goldwyn (95 € à l’été 2008) compte 25 génisses, 40 mâles et 45 gestations. Jasper (tarif passé de 22 à 40 €) a confirmé 40 gestations de vaches. Talent vaut 36 €. Shottle (120 €) n’est seulement utilisé qu’en transplantations. Avant que paraisse son indexation de service, Paulino Badiola avait mis un frein à l’achat de Shottle à cause du manque de connaissance de la famille, son utilisation a donc repris au tarif le plus fort, avant la mort du géniteur. Damion a été peu sollicité, à cause de sa disponibilité restreinte. « Le pis et la force laitière sont importants dans le choix car leur héritabilité est élevée », tandis que pour illustrer ceux qui lui ont donné satisfaction, le jeune éleveur cite pêle-mêle Rubens, Gibson, Roy, Titanic. Et de préciser à propos du «roi du ring» des jeunes génisses : « Leduc a bien fonctionné, nous en avons eu 20, 18 d’entre elles sont VG ou EX aujourd’hui, dont six avaient été VG-87 en première lactation ». Et de poursuivre avec un géniteur qui fait ordinairement moins l’unanimité : « Emerson a été utilisé sur les bonnes vaches, elles n’ont pas suscité une bonne impression en première lactation, mais ont affiché des changements visibles en 2e et 3e lactation ». Il détient 2 EX Emerson parmi les six qui fonctionnent bien. Au tour de Stormatic : « Fantastique, il est à accoupler sur des vaches solides avec de bons pieds et membres. Nous en avons quelques- unes qui sont EX ». Le recul permet d’ajuster les propos : « Champion donne de fantastiques vaches laitières, fortes, bonnes en lait, avec parfois un peu de volume dans le pis en première lactation, mais qui changent par la suite avec des attaches qui semblent plus solides ». Il se montre patient à l’égard de Goldwyn : « Un taureau destiné à des résultats qui se manifesteront à l’avenir, à accoupler sur des côtes profondes et des vaches larges, de grandes vaches laitières, qui ont de bons pis et le rein solide. Mais il n’y a pas de taureau parfait et, partant de ce principe, les accouplements personnalisés revêtent toute leur importance, par exemple sur de bonnes Rubens ».

Palmarès impressionnant

Badiola Storm Megamatica VG-89 (Storm x VG-87 Formation x EX Astre), la vache la mieux indexée d’Espagne à l’automne 2008 après avoir occupé la troisième place de l’ICO des primipares en 2006. L’indexation est ancrée dans cette génération : sa demi-soeur par Stormatic – Megamara – est actuellement seconde au classement ICO. Plus globalement, quatre des six meilleures places de ce classement reviennent à des vaches de cette famille.

« De la morphologie et du lait », aime à répéter Paulino Badiola. « Les concours ne représentent que dix jours dans l’année. Le reste du chiffre doit être réalisé avec du lait. Les concours sont importants pour la promotion de l’élevage et la vente de génisses ». Il n’empêche que le palmarès du troupeau demeure impressionnant, en conséquence seuls les derniers titres présentent un intérêt. En novembre 2003, Badiola Leduc Megate I (Leduc x Formation) est Championne Junior nationale en Production. Un an plus tard elle est Grande Championne nationale. Deux ans plus tard, sa fille Badiola Stormatic Megaty gagne l’une des deux classes des 2 ans en lait. En juin 2006, le troupeau multiplicateur reçoit les deux récompenses de Premier Naisseur et de Premier Exposant de l’Expo de printemps espagnole. Il enlève par la même occasion des titres chez les deux ans en lait avec Badiola Morty Lubania (Morty x Prelude) et chez les juniors avec Badiola Gibson Jany (Gibson x Rubens x Broker) dont la mère avait décroché le même honneur deux ans plus tôt. Dans la série intermédiaire, il se satisfait d’une seconde place avec Badiola Lee Mandy battue dans cette catégorie par Llinde Lider Bruna Grande Championne de l’exposition de printemps et qui s’était préalablement illustrée à Vérone. En octobre 2006, Badiola Stormatic Megaty revient sur le devant de la scène, la championne junior de 2005 prend la seconde place du championnat intermédiaire. Pour le concours national d’automne 2006, Badiola Gibson Lasy, devient Championne Génisse. Au printemps 2007, la moisson est encore plus fructueuse, Badiola Roy Dayra est Réserve championne jeune génisse Nationale et Badiola Gibson Panchita Réserve Championne jeune vache; Badiola Stormatic Réserve Championne Intermédiaire; Badiola Megano Yaisha Réserve Championne Adulte. En octobre 2007, toujours au National, Badiola domine les classes junior et intermédiaire en clamant les deux titres avec Badiola Titanic Samanta (Titanic x Lee) et Badiola Gibson Panchita (Gibson x Convincer).

100 vaches EX

Les vaches ont tout d’abord été importées d’Italie et du Canada par le père en 1980, sélectionnées selon l’apparence. Elles constituent aujourd’hui la quasi-totalité du troupeau, à l’exception d’une famille plus restreinte. Bonne pioche puisque c’est chez lui qu’a été classifiée VG-89 la première primipare d’Espagne, ainsi que le lot de trois premières vaches VG en 1986. En l’espace de trente ans, plus de 100 vaches ont été classifiées EX et la moyenne du troupeau d’aujourd’hui à 86 points (27 EX, 125 VG, 40 GP, 15 NC). Paulino n’hésite pas à rendre un hommage aussi simple qu’appuyé à son père : « Les meilleurs yeux d’Europe, son seul désavantage : il ne parle pas l’Anglais. Il a été le premier juge d’Espagne et en décembre 2003 il a officié au Concours national du Mexique à Queretaro ». José Ramón Badiola a encore été meilleur éleveur 12 fois, autant de fois meilleur exposant et a fait défiler quatre grandes championnes en concours national. Il a décroché sa première bannière nationale d’exposant remportée en 1981, conduit vers le centre de la piste sa première Championne nationale dès 1988, a reçu la bannière de meilleur éleveur national en 1994. Et pourtant, Paulino relativise ces résultats tout en portant la barre un peu plus haut : « On peut investir dans un éventuel titre de meilleur exposant, mais on ne peut acheter le titre de Meilleur Éleveur (qui porte sur un lot de 12 femelles), c’est pourquoi celui-ci a beaucoup plus d’importance que le reste ». Pas de débordement de mots non plus pour remercier les salariés. Sur les clichés collectifs, ils sont souvent licol en main ou porteurs de la bannière.

Les Meg

Bien qu’elle soit - numériquement parlant - la cinquième famille du troupeau, la lignée la plus en lumière ces dernières années est certainement celle au nom commençant par Meg. La vache la plus étoilée d’Espagne, issue d’une série de quatre filles, Badiola Formation Megate I (Formation x Astre x Blackstar), mère de la Championne nationale 2002 Badiola Leduc Megate I et première de sa classe 2005 sera flushée avec Damion. Elle a sept filles VG ou EX (1 EX Stormatic, 2 EX Leduc, 2 VG Leduc). À son tour, la Stormatic a une Goldwyn, une Stormatic, une Roy, toutes classifiées VG. Les quatre Megate sont donc des filles par Leduc d’une VG-87 Formation qui est à son tour fille de Badiola Astre Megane EX, la mère de Megatrix (et la demi-soeur du taureau de service Megano chez Ascol). Via une EX Blackstar, elle remonte à la vache souche Calbrett Starbuck Megan VG- 88 (Starbuck x Sheik) importée du Canada en Espagne par Tauste Ganadera. Badiola Megatrix (Robthom Integrity x Badiola Astre Megane) est encore une demi-soeur du taureau de service Badiola Megano (Storm) chez Ascol - fils de Albaprojet Magan Blackstar Grande Championne du National Espagnol 2004. Il est sensiblement porteur des mêmes caractéristiques - dans cette même branche et dans la même coopérative - que le taureau Badiola Megaroy (Roy x Badiola Leduc Megate I x Badiola Formation Megate I x Badiola Astre Megane EX). Megaroy apporte à ses filles de très bon pis avec une bonne attache arrière (+2,7) et une très bonne hauteur (+3,03) ainsi qu’une bonne attache avant. Les membres (+2,56) sont fins et droits de plus l’inclinaison de bassin est très bonne (1,64).

Typex Magazine - Février-Mars 2009 - N° 85 par Guillaume Bélibaste

Article classé sous: Visite d'élevage

Mots-clefs:

Vous pouvez ajouter une réaction.

Laisser une réaction

Tout droits réservés © 2009-2012 Editions Fitamant