Nutrition : Les levures vivantes ont fait leurs preuves
De par leur statut réglementaire, les levures vivantes autorisées sur le marché de la nutrition animale ont dû faire la preuve de leur sécurité et de leur efficacité. De nombreux effets positifs sont rapportés, notamment chez les ruminants : accroissement des performances, amélioration de la fertilité ou du statut sanitaire. Mais des recherches restent nécessaires pour mieux comprendre leur mode d’action et étendre leur utilisation.
« Les levures vivantes déshydratées sont de plus en plus utilisées en nutrition des ruminants comme additifs pour accroître l’efficacité alimentaire et les performances et, dans le même temps, prévenir les troubles de santé. Elles sont particulièrement utiles chez les ruminants hautement productifs, dont l’équilibre de la microflore digestive peut être altéré par les rations à haute énergie. ». Ainsi s’ouvre un tout récent article d’une équipe de chercheurs franco-espagnole (1), qui insiste également sur l’image de naturalité des «probiotiques» (voir encadré) aux yeux des consommateurs. Cependant, les auteurs ne manquent pas de relever que dans la mesure où de « substantielles différences ont été rapportées dans la réponse de la vie microbienne ruminale aux levures vivantes, des précautions doivent être prises dans la façon dont les souches de levures sont sélectionnées. De futurs travaux vont permettre de mieux comprendre le comportement des cellules de levures dans le rumen et, avec un peu de chance, d’identifier les caractéristiques spécifiques qui aideront à poursuivre plus avant la sélection d’additifs ciblés au bénéfice de la nutrition des ruminants ».
Aujourd’hui déjà, les effets positifs des levures vivantes probiotiques sont multiples en alimentation animale, ainsi que l’a rappelé une conférence organisée par la société Lallemand. Pour s’en tenir à la vache laitière, on peut citer : contrôle de l’acidose en limitant l’accumulation d’acide lactique dans le rumen, amélioration de la digestion des fibres de la ration en stimulant les flores fibrolytiques, meilleure efficacité alimentaire et optimisation de l’implantation des flores ruminales chez le jeune animal.
Si l’acidose ou la sub-acidose constituent une pathologie moderne de l’élevage des ruminants, les levures vivantes permettent d’agir au niveau du rumen. Une étude récente, réalisée au Portugal, a montré que l’apport de levures vivantes dans la ration peut améliorer de 11 % la dégradabilité des fibres totales (hémicellulose, cellulose et lignine). La synthèse d’une trentaine d’essais réalisés sur plus de 2 000 vaches montre que l’ajout de levures vivantes dans la ration permet d’envisager une amélioration de la production laitière de 4 à 6 %, soit de 1,4 à 3 litres par jour. La quantité de matière sèche ingérée progresse aussi de 3 à 5 %. Mêmes résultats positifs des levures ruminants de Lallemand (Levucell®SC 20 et Levucell®SC 10ME) en chèvre et brebis laitières. « Des essais d’efficacité ont montré qu’aux doses recommandées, le Levucell SC permettait d’augmenter la production laitière de 12 % en chèvre et de 11 % en brebis, sans pour autant affecter la qualité du lait », souligne l’entreprise.
Anti-acidose
Au niveau du rumen, les levures vivantes permettent de réduire les risques d’acidose et la sévérité de ses effets collatéraux : fourbures, abcès au foie, problèmes de fertilité… Les levures vivantes ont aussi un impact positif sur l’état corporel des bovins. Pour contenir l’acidose, les levures vivantes vont pousser à la hausse le pH ruminal entre les repas, le pH moyen (conclusion d’une majorité d’études). Comment ? Ces levures vont notamment optimiser le rôle des populations de protozoaires qui interviennent au niveau de la digestion de l’amidon : ils limitent la sévérité des acidoses en stockant momentanément les excédents d’amidon. L’effet positif des levures vivantes s’exprime aussi au niveau des bactéries et champignons du rumen, qui attaquent la cellulose des aliments ingérés.
Plus inattendu peut-être – mais particulièrement opportun dans le contexte actuel –, les levures vivantes s’invitent à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre en élevage. Cécile Martin, chargée de recherches à l’Inra de Theix (Puy-de- Dôme), rappelle l’importance et la difficulté de trouver le bon équilibre alimentaire afin d’optimiser les paramètres santé, performances et impact environnemental. Si l’on prend l’exemple de régimes intensifs riches en concentré, ceux-ci permettent de diminuer considérablement la méthanogénèse, divisant par deux les émissions de méthane par unité de viande produite par rapport à une ration foin/concentré à 50/50. En contrepartie, les protozoaires, qui jouent un rôle important pour la digestion des fibres alimentaires et la régulation du pH ruminal, sont peu nombreux, et le risque d’acidose accru. Les levures vivantes permettent de contrebalancer cet inconvénient, quoi qu’agissant de manière différente du bicarbonate de soude.
Une aide à la digestion du foin
Jean-Philippe Marden, chercheur à l’École nationale supérieure d’agronomie de Toulouse (Ensat), qui a travaillé sur la levure vivante Actisaf produite par Lesaffre, a montré que celle-ci « régule le pH par son action stimulante sur la flore consommatrice d’acide lactique ». De surcroît, cette levure « crée des conditions plus favorables à l’activité de la flore cellulolytique, ce qui se traduit par une amélioration significative de la digestibilité de la ration. » L’explication tient, selon lui, au fait que la levure Actisaf contribue à une diminution significative du potentiel Redox (2) du milieu ruminal. À l’inverse, note-t-il, « aucune étude n’a jamais démontré – à sa connaissance – un effet quelconque d’une levure morte sur la modulation du potentiel Redox ruminal».
Un poster, co-signé par Inzo° et Alltech lors des Rencontres Recherches Ruminants (3R) 2007, a comparé l’effet de l’addition d’une levure vivante (en l’occurrence Yea-Sacc1026, à la dose de 7,5 g/jour) ou de levures mortes (50 g/jour) sur les paramètres de fermentation du rumen de trois vaches laitières fistulées. Résultats : « la supplémentation de Yea-Sacc1026 s’est traduite par une augmentation des acides gras volatils (AGV) produits par rapport au régime Témoin ainsi que des AGV individuels alors qu’aucun effet n’a été observé sur la valeur de pH ruminal. L’apport de levures mortes n’a modifié aucun de ces paramètres en comparaison au régime témoin. » (voir tableau). L’essai, qui a duré 21 jours (9 jours avec 70 % de foin et 30 % de concentré, puis 12 jours pendant lesquels sont ajoutés 2 kg de blé aplati pour induire une acidose ruminale), a également porté sur la mesure de la dégradabilité du foin qui composait une partie de la ration des trois vaches. Là aussi, les conclusions sont claires : la dégradabilité in sacco de la fraction ADF du foin de prairie est numériquement plus élevée dans le cas du régime YS (33,3 %) par rapport aux régimes Témoin T (27,1 %) ou levures mortes DY (26 %).
Résistance à la granulation
Dès lors, une question se pose. Les traitements technologiques imposés aux aliments pour animaux – en particulier la granulation – ne dégradent-ils pas le potentiel zootechnique des levures vivantes ? S’il est certain que de trop fortes pressions ou températures fragilisent les microorganismes vivants, en revanche une granulation maîtrisée n’entame que très partiellement la population de levures vivantes, a fortiori si le produit commercial a été rendu thermostable grâce à une micro-encapsulation.
C’est ce que tend à démontrer un essai réalisé en Suisse, en 2005, en collaboration entre un fabricant d’aliment (Multiforsa AG, Steinhausen) et Agroscope Posieux, la station nationale de recherche. Neuf échantillons d’un kilo supplémentés en levure Yea-Sacc Prills Pure (un produit Alltech aujourd’hui commercialisé sous l’appellation Yea-Sacc TS) ont été analysés avant et après granulation à 80- 85 °C (températures respectives dans le conditionneur et au niveau de la presse). Résultat : dans l’opération, la moyenne des populations de levures est revenue de 7,73 Log UFC/kg à 7,39 Log UFC/kg. « Cette différence est inférieure à l’erreur analytique couramment reconnue de 0,5 Log. Donc, on peut conclure à une parfaite résistance de notre levure à la granulation en conditions difficiles », souligne Denis Gallet, Yea-Sacc European Manager.
(1) « Effects of active dry yeasts on the rumen microbial ecosystem : past, present and future ». F. Chaucheyras-Durand (Lallemand Animal Nutrition, Inra Saint-Genès Champanelle), N.D. Walker (Lallemand Animal Nutrition, Inra Saint-Genès Champanelle), A. Bach (Icrea Barcelone, Irta Bellaterra) (2) Le potentiel Redox (réduction-oxydation) reflète l’activité de la flore du rumen. Dans des conditions normales de fonctionnement (alimentation riche en fibres), la valeur de ce paramètre est négative. Elle remonte en situation d’acidose.
Typex magazine






Chargement




