Ferme Jacobs : Le succès d’une équipe de passionnés

La famille Jacobs lors de l’Expo Québec de 2008. De gauche à droite, dans le groupe en blanc, on retrouve Tyler, Kevin, Ysabel, Véronique, Yan et Elsy, Léo, Jean, Laurie et Marianne.
En novembre 2008, les Jacobs remportaient les bannières d’éleveur lors de l’exposition internationale de Saint-Hyacinthe au Québec et la Royale d’hiver de Toronto. Un honneur supplémentaire venu souligner le travail d’équipe de ce troupeau de Maître éleveur où la passion sert l’équilibre entre la production laitière et un cheptel hors du commun.
À l’intérieur de l’étable à stabulation entravée, les 20 vaches classifiées excellentes, les 95 très bonnes et les 50 bonnes plus témoignent de l’ardeur au travail et de la vision de cette famille d’éleveurs. Hollandais d’origine, Léo Jacobs a immigré au Canada il y a 60 ans. Après avoir travaillé quelques années dans des entreprises agricoles, l’homme a acheté sa ferme et fondé le troupeau Jacobs en 1965. Avec ses fils Jean et Pierre, le troupeau suivra une progression constante au fil des ans et sera couronné Maître éleveur à deux reprises par l’association Holstein canadienne en 1984 et en 1998. L’entreprise en est aujourd’hui à sa troisième génération d’éleveurs avec les quatre enfants de Jean et son épouse Marianne Ghielen. Passionné d’élevage et convaincu qu’il faut «commencer jeune», Jean a transmis son intérêt pour l’agriculture à ses enfants, dont son fils aîné. « Mon père m’a poussé. Quand j’étais adolescent, il fallait que je me lève le matin si je voulais jouer au hockey le lendemain. Si je fais ce métier aujourd’hui, c’est sans doute à cause de lui. Il m’a aussi donné la chance de faire mes preuves », raconte Yan qui est à son tour père de deux fillettes.
« Dans un business, tu ne peux pas être responsable de tout. Le troupeau, Yan aimait ça et je voulais le laisser mener ses affaires. Et puis des erreurs, tout le monde en fait, moi aussi. C’est comme ça qu’on apprend », poursuit Jean.
En plus de Yan, qui tient désormais les rênes du troupeau, l’entreprise compte sur la présence de sa soeur Ysabel dont l’intégration est au menu. Son frère Kevin gravite quant à lui autour du troupeau et tire profit d’expériences acquises sur d’autres élevages. Enfin, la plus jeune de la bande, Laurie, fait des études en agriculture. L’entreprise compte aussi sur l’engagement de Tyler, le mari d’Ysabel, de Véronique, la conjointe de Yan, ainsi que d’Alain, un employé de longue date.
Philosophie d’élevage

Jacobs Champion Bianca, TB 88. Production à deux ans de 13 703 kg de lait à 4,1 % TB et 3,7 % TA.
Les Jacobs aiment travailler au quotidien avec des vaches d’élite, mais cherchent aussi à tirer leur épingle du jeu lors des expositions. Ils ont d’ailleurs remporté les bannières d’éleveur lors de l’exposition internationale de Saint- Hyacinthe et la Royale d’hiver de Toronto en 2008, en plus de la bannière d’exposant junior de ces deux rendezvous. « Ce trophée constitue l’un des moments forts que nous avons vécus. Nos deux titres de Maître éleveur sont ce qui nous a fait le plus plaisir. C’est une fierté pour nous et ils démontrent où nous en sommes rendus dans l’élevage », confie Jean.
Au cours des dernières années passées à la tête du troupeau, Yan constate que «dans l’élevage, il faut s’écouter. Je me fixe des objectifs, comme celui d’élever de bonnes vaches pour aller à l’exposition, mais aussi pour la longévité». Depuis quelques années, la ferme achète aussi des sujets. Si l’exercice est une source de motivation, il apporte de nouveaux défis selon Yan et permet de diversifier le troupeau.

- Jacobs Stormatic Emmo, EX 92. Championne de réserve Expo de printemps 2008.
«Dans l’élevage, il y a deux côtés. La chance et le travail. Dernièrement, nous avons connu beaucoup de succès dans les expositions, mais nous avions de bonnes familles de vaches et nous travaillons notamment les pis», souligne Yan. Il précise que tout comme son père, son plaisir de travailler passe par le fait de côtoyer des animaux de qualité. «Pour moi, un pis, c’est 80 % de la vache», déclare Yan. « Avec une bonne régie et une bonne alimentation, je peux m’accommoder de pattes de moins bonne qualité, mais pas d’un méchant pis. C’est d’ailleurs pour ça que nous sélectionnons les taureaux qui sont forts dans ce critère de conformation. D’où notre intérêt par exemple pour Dundee, Goldwyn, Sanchez et Final Cut. »
Deux générations All -Canadian

Valleyville Lheros Jenn, TB 89. All-Canadian et All-Américain chez les trois ans seniors en 2008. Une lactation supérieure à deux ans de 10 567 kg de lait à 5,4 % TB et 3,7 % TA.
L’exposition fait partie des moeurs chez les Jacobs. L’habitude prise par Jean s’est rapidement transmise à la relève. « À 14 ans, je faisais ma première exposition régionale tout seul et à 15 ans, j’ai gagné un premier prix à la Royale de Toronto avec Jacobs Starbuck Reine. C’est d’ailleurs la vache qui nous a mis sur la carte », raconte Yan.
Aujourd’hui, son frère Kevin, ses soeurs Ysabel et Laurie ainsi que Tyler forment « une bonne équipe » sur les terrains d’exposition. « Maintenant, je préfère travailler pour les vaches à la maison. Ça me fait plaisir de les rendre là. Je les embarque dans la remorque et moi, je me rends à l’expo pour le jour du jugement seulement », ajoute Yan.
Depuis 1995, les Jacobs ont remporté neuf premiers prix à la Royale d’hiver de Toronto dont sept avec des vaches de leur préfixe. Depuis quatre ans, ces exploits sont annuels. Et si la jeunesse prend sa place à la ferme comme à l’exposition, le travail des aînés est reconnu. « Il faut dire qu’une grosse partie de notre succès d’aujourd’hui, c’est grâce à Jean. Il nous a fait confiance, à nous les jeunes. Il s’est arrangé pour que ça continue. Il a aussi mis beaucoup de temps avant nous et a toujours pris la ferme à coeur », assure Yan.
Jacobs Dundee Voltage fait partie des beaux succès des dernières années alors qu’elle a terminé première dans la classe des 1 an seniors en lait à la Royale d’hiver de Toronto. Classifiée TB 87 à deux ans, elle a terminé son année d’exposition 2008 avec des nominations All-Canadian et Tout-Québec.
«Voltage complète la deuxième génération d’All-Candian puisque sa mère Valsie avait été première de la classe des quatre ans en 2004 », de raconter Yan.

Jacobs Dundee Voltage, TB 87. Première de la classe des 1 an senior en lait à la Royale d’hiver de Toronto 2008. Nominée All-Canadian et Tout- Québec 2008.
En effet, Jacobs Spirit Valsie possède une impressionnante liste de succès. Classifiée EX 92 2 E, elle a notamment été nominée All-Canadian et Tout-Québec en 2004, mention honorable All- Canadian et Tout-Québec cinq ans en 2005 ainsi que réserve Tout-Québec chez les vaches adultes en 2007. Ses cinq filles sont classifiées 100 % BP et mieux alors qu’elle a produit 68 171 kg de lait en quatre lactations à 4,5 % TB et 3,4 % TA. Sa fille Voltage complète quant à elle sa première lactation pour laquelle elle est projetée à 10 755 kg de lait à 4,6 % TB et 3,3 % TA.
L’année 2008 a aussi été celle de Valleyville Lheros Jenn. Achetée par Tyler et Ysabel dans les provinces de l’Atlantique, la génisse a fait le déménagement jusqu’à Portneuf lorsque Ysabel a décidé de revenir à la ferme familiale. Classifiée TB 89 à sa deuxième lactation, Jenn a dominé les arènes d’exposition nord-américaines en 2008 comme trois ans senior. À preuve ses titres d’All-Canadian et All-Américaine pour cette période. Cette vedette de l’heure a une lactation supérieure à deux ans de 10 567 kg de lait à 5,4 % TB et 3,7 % TA. Elle a déjà une première fille par Drake classifiée TB 2 ans.
L’héritage de Bertha, Arletta et Emma

Jacobs Spirit Valsie, EX 92 2E. Elle a cinq filles classifiées 100 % BP et mieux. Production de 68 171 kg en quatre lactations à 4,5 % TB et 3,4 % TA.
Dans les vaches qui ont profondément marqué le troupeau Jacobs se trouve Cotopierre Lyndy Bertha. Classifiée EX 2 E, elle est l’une des vaches souches du troupeau. Celle qui compte 23 étoiles était reconnue pour ses qualités laitières remarquables : « Actuellement, nous avons environ dix de ses filles en lait qui sont toutes classées TB », constate au passage Yan. Parmi les 46 filles de Bertha classifiées BP et mieux à 87 %, Jacobs Champions Bianca attire le regard à la ferme et lors des expositions.
Classifiée TB 88 à 3 ans, Bianca commence actuellement sa troisième lactation. Elle a notamment hérité des qualités laitières de sa mère, comme en témoigne sa deuxième lactation de 13 703 kg de lait à 4,1 % TB et 3,7 % TA. Ses performances dans les arènes d’exposition lui ont aussi value de faire partie du groupe de nominées All-Canadian en 2007.
« Bianca est une vache complète que je suis capable d’exposer et qui travaille bien dans l’étable », de résumer Yan. Elle a des filles par Goldwyn, Pronto et Jasper. Une lignée qui en est à sa sixième génération de vaches TB ou EX.
Classifiée EX 91, Jacobs Terrason Aster est aussi l’héritière d’une lignée imposante, soit celle de Jacobs Integrity Arletta, EX 94 3 E 1*. Nominée All-Canadian en 2007, cette dernière a produit plus de 80 000 kg de lait en cinq lactations. « Arletta va avoir dix ans. Elle vient de vêler pour sa sixième lactation et est projetée à plus de 16 000 kg de lait », commente Yan. Comme pour l’ensemble des sujets de qualité, Aster s’inscrit dans les activités régulières de transfert embryonnaire de la ferme. « Je sais qu’avec des familles comme Aster, Valsie et Jenn, je peux faire du transfert embryonnaire et que ça va bien aller », d’ajouter l’éleveur.
Les Jacobs entretiennent aussi des attentes envers deux des descendantes de Jacobs Tab Emma. Cette EX 4 E 13 * a eu un impact important dans le troupeau dans les années 1990. Vache coup de coeur 2004 d’holstein Québec, elle a démontré une longévité impressionnante avec ses 134 381 kg de lait en douze lactations à 4,5 % TB et 3,5 % TA.
Sa fille Jacobs milan Emmail a deux filles réserve Tout-Québec dans la catégorie progéniture de mère soit Jacobs Goldwym Émory, TB 2 ans, et Jacobs Stormatic Emmo, EX 92. Cette dernière a notamment été championne de réserve lors de l’Expo de printemps 2008.
Si les racines du troupeau Jacobs sont profondes, Yan croit que la patience est toujours de mise. « Dans l’élevage, il faut être chanceux et très patient. Mon père me dit toujours ‘ si tu n’es pas patient, change de métier’. Oui, je dirais qu’il faut être patient, savoir attendre et savoir faire confiance », de conclure Yan.
Typex magazine n°86-avril/mai 2009 par Brigitte Lavoie


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