Bovec: 40 ans au service de la génétique Holstein
Bovec souffle cette année ses quarante bougies. Dotée d’un esprit de pionnier, l’entreprise a contribué à développer la race Holstein en France. Petit coup d’oeil dans le rétroviseur, histoire que les moins de vingt ans n’oublient pas le travail accompli. Interviews croisées avec Gilles Florid et Jean Rambault.
Quelle est votre histoire au sein de Bovec ?
Gilles Florid : Depuis 2004, je suis à la tête de l’entreprise, j’ai succédé à Alain du Colombier après une expérience chez ABS, l’un des partenaires de Bovec. Bovec a contribué à écrire l’histoire de la Holstein en France avec l’importation des premières vaches de race pure. Bovec, c’est la source de la Holstein. Aujourd’hui, 8 taureaux Bovec appartiennent au top-14 des taureaux étrangers les plus utilisés en 2009 et Shottle est l’incontestable leader.
Jean Rambault : Mon histoire a débuté sur l’élevage de Boulieu où j’occupais la fonction de vacher. J’ai été tout de suite sous le charme des Holstein, une vraie séduction. Par rapport à la frisonne, celles-ci alliaient à la fois caractère laitier et production. Un vrai plus à l’époque, car l’on manquait de lait et l’on cherchait à augmenter les volumes produits. La promotion de la Holstein n’était pas évidente et la race assez mal acceptée par les structures officielles. Il a fallu faire des réunions de présentation, et dès les années 1971-72, on a débuté les premières réunions auprès des éleveurs. La première rencontre a eu lieu à Bayeux, il a fallu faire de la pédagogie sur le style laitier, la côte plate, la finesse. J’ai été responsable du troupeau jusqu’en 1986, puis je suis rentré dans l’encadrement technique de Bovec. Je ne changerais rien à mon parcours, les débuts ont été difficiles, la promotion de la Holstein s’est souvent déroulée dans un climat hostile. Nous avions à coeur de prouver l’intérêt de la race pour les éleveurs laitiers. Les premiers vêlages en France nous ont rassurés et ont ensuite contribué au succès de la race. Les génisses étaient solides.
Quels sont pour vous les taureaux marquants de l’histoire Holstein ?

« Shottle a vraiment amené du renouveau et c’est le taureau qui a su réconcilier les producteurs laitiers avec les sélectionneurs. Il permet de produire de bonnes vaches, aussi à l’aise sur les rings que dans les étables », souligne Gilles Florid.
Gilles Florid : Le premier taureau qui me vient à l’esprit est sans aucun doute Shottle. Il a vraiment amené du renouveau et c’est le taureau qui a su réconcilier les producteurs laitiers avec les sélectionneurs. Il permet de produire de bonnes vaches, aussi à l’aise sur les rings que dans les étables. Dans un deuxième temps, je citerai un taureau aux qualités extrêmes : O-Man. Ce géniteur est en train de marquer l’histoire de la race par ses qualités dans les fonctionnels. En compagnie de ses fils, il monopolise les premières places dans les index du monde entier et notamment dans les index Interbull. Toujours au rang des taureaux extrêmes, je dois aussi parler de Blitz, dont plus de 1,5 million de paillettes ont été vendues. Ses filles apportent beaucoup de satisfaction aux éleveurs, pourtant il a été boudé par les généticiens du fait notamment de ses index taux. Derrière, ses deux fils, Socrates et Baxter, ont confirmé les qualités de ce géniteur et remportent aussi du succès auprès des éleveurs. Dans les taureaux marquants, je dois aussi évoquer Bolton, un taureau extrême sur le lait, la mamelle et les pattes. L’arrivée de ses filles de service confirme tout le bien que l’on pensait de ces taureaux. On trouve déjà de bons fils dont les index génomiques sont intéressants. Je pense aussi à Damion, dont les qualités en morphologie sont évidentes et qui se confirment au fil des indexations.
Jean Rambault : Dans ma carrière, j’ai été marqué par les filles de Paclamar Bootmaker : leur homogénéité, leur angularité et les volumes de production sortaient du lot. Ensuite, lors d’un voyage en Californie, les filles de Valiant ont suscité beaucoup d’intérêt de ma part : elles alliaient des qualités avec lesquelles on croit qu’il est souvent difficile de cohabiter : finesse et puissance. Elles se distinguaient aussi bien par leur caractère laitier que par leur puissance et leur force. Dans les années 88-92, à l’époque où Bovec représentait aussi la génétique canadienne en France, il y a aussi eu l’épopée Starbuck, avec des filles dont la morphologie détonnait.
Quels ont été les faits marquants du paysage génétique français tout au long de ces années ?
Gilles Florid : Tous les dix ans, notre métier connaît une vraie révolution. La congélation de la semence a été l’une d’entre elles. Aujourd’hui, c’est la génomique qui s’inscrit dans le paysage. C’est un progrès notable dans le processus de sélection, on va renforcer la pression de sélection et l’on va encore améliorer et affiner les résultats du testage. Testage et génomique sont encore complémentaires. La réforme de la loi sur l’élevage et la fin du monopole sur la mise en place de la semence ont aussi été des événements marquants, ils nous ont permis de rattraper nos voisins européens et ont permis un développement de l’IPE (insémination par l’éleveur), même si nous sommes toujours en retard sur eux.
Jean Rambault : Comme partout, on a rencontré plusieurs révolutions, l’arrivée de la semence congelée a été l’une d’entre elles. Aujourd’hui, on a la génomique, un outil très précieux pour les généticiens. Elle permet de bien ajuster le nombre de taureaux dans les programmes de testage. Par exemple, la génomique peut permettre de faire le tri entre deux pleins frères et de se focaliser sur le meilleur potentiel. Le testage a toujours sa place, car rien ne remplace l’observation des filles dans les élevages.
Quelle est la stratégie de Bovec actuellement ? L’accompagnement de l’insémination par l’éleveur est-il une priorité ?
Gilles Florid : Non, notre approche dépasse le cadre de l’IPE. Nous apportons avant tout un conseil, nous développons une écoute aussi bien des éleveurs que des coopératives. Notre but est aussi de valoriser une expertise, et pas seulement de vendre des doses. Nous amenons une différence, une originalité dans les pedigrees, nous apportons sur le marché français des lignées nouvelles. Il est vrai que depuis la réforme de la loi sur l’élevage, il y a un mouvement vers plus de concurrence entre les unités de sélection où les importateurs et les éleveurs sont de moins en moins liés à une seule source de génétique. Ils regardent partout. Notre force est d’avoir des relations durables avec nos partenaires. La durée des partenariats ne se compte pas en années, mais souvent en décennies, nous travaillons depuis 1974 avec ABS et depuis 2000 avec WWS, le dernier arrivé. Les éleveurs le savent et c’est aussi ce qui fait notre force. Plus récemment, nous avons développé avec un centre italien, distributeur en Italie de WWS.
Quelle est votre part de marché ?
Gilles Florid : Le nombre de vaches au contrôle laitier stagne chaque année, alors que nos ventes progressent, signe que notre part de marché augmente. Pour le reste, nous réalisons 7 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont une partie sur la Suisse. Bovec emploie une trentaine de salariés.





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