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L’acidose latente, sournoise… tenace

Chez les bovins laitiers, l’acidose ruminale est l’une des maladies de notre temps. Qu’elle soit clinique, sub-clinique ou chronique son impact économique est majeur. C’est la forme sub-clinique qui pose le plus de soucis puisqu’elle est difficile à diagnostiquer. C’est la face immergée d’un iceberg, qui provoque de nombreuses perturbations du métabolisme des animaux et à la clé des pertes économiques. Dès lors, il faut prendre un cap récurrent : maintenir un rumen en bonne santé.

L’acidose est fondamentalement un excédent d’acides dans le rumen. Ça tout le monde le sait mais ce phénomène peut avoir plusieurs causes : celui-ci peut être lié par une production excessive d’acides ou parce que ceux-ci ne sont pas suffisamment supprimés ou neutralisés dans le rumen. Bref pour lutter contre l’acidose, il faut soit réduire l’apport de substances acides dans le rumen soit favoriser l’élimination des acides par le rumen et sa flore. Ce sujet de l’acidose ne peut être occulté par l’ensemble des éleveurs et particulièrement par les éleveurs en recherche de performances laitières. L’acidose ruminale qu’elle soit chronique ou sub-clinique est un des maux de l’élevage laitier actuel. Pourquoi? Tout simplement parce que la production laitière par vache continue à augmenter et que la densité énergétique des rations accompagne ce phénomène. L’augmentation de production laitière est plus lente que celle de l’ingestion de matière sèche au final les besoins en énergie ont augmenté plus rapidement. La demande se fait sentir pour des rations avec une densité nutritive plus élevée. Plus d’énergie dans la ration, c’est aussi le risque d’engendrer une acidose au niveau du rumen avec à la clé une baisse de la performance alimentaire et des perturbations du métabolisme de la vache.

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L’acidose latente est malheureusement une situation assez courante pour des animaux à haut niveau de production qui reçoivent des rations riches en concentrés dans le but de satisfaire leurs besoins énergétiques.

Les acides gras volatils à l’origine de l’acidose

Un ensemble de signes cliniques peuvent détecter l’existence d’une acidose.

Un ensemble de signes cliniques peuvent détecter l’existence d’une acidose.

Si le pH est stable, la microflore est stable, la digestion est optimale et la consommation maximale Des valeurs basses de pH ruminal réduisent la valeur énergétique du régime, en particulier de sa fraction fourrage. En outre, lors d’acidose latente, le profil des acides gras volatils (AGV) du jus de rumen est modifié, avec des valeurs faibles du rapport acétate sur propionate, entraînant une modification des métabolismes. Pour une baisse de pH modérée, les protozoaires se développent et les fermentations s’orientent vers la synthèse de butyrate. Pour des pH plus faibles, les protozoaires disparaissent au profit des bactéries amylolytiques, avec une orientation fermentaire vers la production de propionate. Dans le cas des ruminants laitiers, une chute du taux butyreux du lait associée à un engraissement excessif est observé. Plusieurs troubles sont aussi associés à l’acidose latente – pour constituer en fait un syndrome. Il s’agit en particulier des déplacements de la caillette, d’abcès du foie, d’une sensibilité podale excessive due à la fourbure et, de ce fait, des problèmes de boiterie. L’acidose latente constitue aussi un sujet d’actualité avec une mauvaise récolte fourragère en 2007 qu’il a fallu corriger par l’apport de concentrés. L’acidose subclinique est difficile à dépister car ses symptômes peuvent être causés par de nombreux autres facteurs. Le meilleur moyen de la détecter, ce serait de mesurer le pH du rumen. Mais évidemment effectuer cette mesure n’est pas à la portée d’un éleveur, dès lors il faut mieux prévenir plutôt que guérir.

Une acidose sub-clinique peut être définie comme des périodes de baisse modérée du pH ruminal entre une acidose clinique et une acidose chronique. La situation d’acidose latente modifie l’écosystème microbien. Avec l’abaissement du pH, le milieu de la panse se modifie ; les bactéries périssent ou changent de métabolisme. Cela conduit à une diminution de l’activité de la panse et de la recomposition des substances. L’acidité attaque les muqueuses de la panse, ce qui provoque des inflammations et de la douleur, voire des ulcères. Une acidité trop marquée induit aussi des effets sur la structure physique du rumen avec au final des papilles qui absorbent moins bien les AGV. Alors, au lieu d’essayer de dépister la maladie, il vaut mieux l’éviter. Ce type d’acidose est connu mais on l’oublie vite étant donné la difficulté à l’appréhender. Un chercheur a estimé entre 400 et 475 $ US par vache laitière la perte financière due aux acidoses cliniques du fait de la baisse de production laitière et de la modification de composition du lait. Ces chiffres ne prennent pas en compte des problèmes associés comme les boiteries ou à d’autres perturbations sanitaires. « En cas de stress thermique et de fortes chaleurs, le risque d’acidose est encore accru », souligne Ana Rita Cabrita dans un exposé présenté dans le cadre d’une journée technique proposée par Alltec’h. Mais heureusement un éleveur possède de nombreux leviers pour protéger ses vaches contre ce risque. Ces leviers se retrouvent au niveau du choix de la ration, ensuite du mode de distribution enfin l’utilisation de substances peut aussi permettre de protéger les animaux. Attention toutefois à jouer sur plusieurs leviers à la fois pour aboutir à l’objectif fixé : à savoir maintenir un rumen en bonne santé.

Apporter des fibres

acidoseL’apport de fibre est essentiel au niveau de la ration mais attention cette notion doit être prise sous l’angle composition physique et sous l’angle chimique. À savoir que pour la partie physique, il faut penser à apporter un fourrage grossier avec des particules longues qui favorisent le déclenchement de la rumination, le brassage du liquide du rumen et la salivation qui apporte son lot de protecteurs et de tampons contre l’acidité du rumen. De façon générale, la vache laitière produit de 98 à 190 L de salive/ jour pour neutraliser l’acidité produite dans son rumen. Difficile de se fixer un critère, disons que la grosseur des fibres doit être supérieure à 5 mm, ce qui peut se mesurer avec un tamis. Il est vrai qu’à ce niveau s’ouvre le débat entre digestibilité et ingestibilité : à savoir qu’avec des fibres petites, on peut augmenter l’ingestion mais le risque est de réduire la digestibilité de la ration. Il ne sert à rien qu’un bovin ingère une grande quantité d’aliments si il n’est pas à même de le digérer et de l’assimiler du fait d’une acidose, donc il ne faut pas perdre le cap du maintien d’aliment grossier. Ensuite au niveau de la fibre, il y a un autre débat celui de la composition chimique de ces fibres et là encore il faut porter une attention particulière pour insérer des fibres efficaces et digestibles, qui sont mesurées par le NDF. Pour Ana Rita Cabrita, cette notion de NDF doit s’associer à celle de la valeur acidogène des aliments (cf tableau). à savoir, que le tourteau de tournesol est plus efficace pour prévenir l’acidose que le tourteau de colza ou de soja. De même pour l’apport de concentrés, il faut mieux choisir d’incorporer de la pulpe de betteraves que du blé... Au final, les critères de fibrosité physique ou chimiques sont très importants dans la mesure où ils déterminent l’activité masticatoire et, de ce fait, le recyclage des tampons ainsi que le flux liquidien ruminal, critères plus déterminants de l’acidose que ceux qui prédisent la production des AGV. Après les fibres, il faut regarder de près la composition de la ration en glucides facilement fermentescibles, comme l’amidon, les sucres et les pectines. Pour prévenir l’acidose, il est indispensable d’équilibrer les proportions et les types de glucides non structuraux (GNS), c’est-à-dire des glucides qui sont contenus dans les cellules des végétaux et non dans leurs parois. Ensuite, les additifs alimentaires peuvent permettre de supprimer les effets de l’acidose latente. Avec ces recommandations, l’éleveur peut aussi intervenir sur le rythme de distribution des concentrés. En clair, plus il est fractionné, moins il y a de risques d’acidose. L’idée est de limiter les pics d’acidose et pour ce faire, la ration doit être équilibrée sur la demi-journée. Par ailleurs, la vache a tendance à sélectionner ce qu’elle préfère. L’éleveur doit alors être particulièrement vigilant sur les refus. À ce stade, un tamis peut aussi aider à analyser ce qu’il reste dans les mangeoires. Pour pallier au tri, on peut recommander d’ajouter un élément liquide afin de coller les brins du mélange, le risque du tri par l’animal est de le voir délaisser les brins les plus grossiers. En cas d’utilisation d’une mélangeuse, il faut veiller à une longueur uniforme des particules de la ration. Ce qui permet de s’assurer que les vaches ne trient ces fibres dans leurs rations. Ainsi, les indispensables fibres structurelles sont effectivement consommées, et non laissées parmi les ingrédients refusés.

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Typex magazine n°80-avril/mai 2008 par Erwan Le duc

Article classé sous: Réactions/Commentaires, Sante/Nutrition

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3 Réactions pour “L’acidose latente, sournoise… tenace”

  1. lambert dit :

    Article très bien argumenté mais ciblé supplémentation.Un oubli important" la qualité de l'eau ". Sur les 100/110 litres d'eau consommés en moyenne par une vache laitière produisant 25 à 30 litres de lait par jour et si le Ph de cette eau est de 5 / 5,5 on retrouve une partie des symptômes énumérés dans votre article car il y en a quelques autres.

  2. Digout Dominique dit :

    UN MOYEN DE LUTTE EFFICACE CONTRE L’ACIDOSE
    Envirolyte france propose un moyen prophylactique et curatif de lutte contre l’acidose. Ce moyen passe par l’eau des abreuvoirs. Le traitement de l’eau de boisson des bovins laitiers par électro activation permet l’élimination des excès d’acidité, rétabli le métabolisme naturel et renforce l’immunité. Le pH s’équilibre naturellement. Les animaux présentent de bonnes conditions corporelles et améliorent rapidement leur production laitière.

  3. bernier dominique pedicure bovin dit :

    l'article est précis, et décrit surtout les conséquences de l'acidose, si on recherche plus en profondeur, on peut effectivement être sensibilisé à la qualité de l'eau comme le dit Lambert, mais il faut que tous et chacun nous posions la qualité des fourrages produits et distribués aux animaux.
    Ici aussi la génétique évolue, et je ne suis pas certain que ce soit pour le bien être de la digestibilité et le confort métabolique des animaux.
    Étant devenu allergique moi même au GLUTEN à l'age de 50ans, je suis certain que c'est à cause de la dégradation des glutens contenues dans nos blés et autre céréales, qui sont choisies et sélectionnées en fonction de l'industrialisation, et non en fonction du consommateur.
    il en est de même pour les animaux, et je me permets de mettre en garde surtout les OGM, et leur adaptation à "nourrir" les animaux avec leur lot de conséquences à leur digestibilité et leur adaptation à un métabolisme adéquat.

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