Sommet de l’élevage 2009 : La nutrition à la carte
Le Sommet de l’élevage 2009, réuni du 7 au 9 octobre à Clermont-Ferrand, revendique un «excellent bilan dans un contexte difficile». Quelque 75 500 visiteurs ont été recensés. C’est un peu moins qu’en 2008 (76 500) mais il faut noter que le Sommet s’achevait encore, cette année-là, un samedi, et non pas un vendredi. Cette professionnalisation, qui va de pair avec une relative internationalisation du salon (2 500 visiteurs étrangers contre 2 000 en 2008), a été appréciée par les exposants, assurent les organisateurs. Côté fabricants d’aliments, les formules à la carte se multiplient pour coller aux attentes d’éleveurs parfois démotivés voire désemparés par la crise bovine – et qui l’ont bruyamment signifié au ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire.
Alivert : les minéraux Cali Min

Franck Dupront, responsable ruminants d’Alivert : « Les excès de minéraux sont aussi mauvais que les carences ».
La SARL Alivert (détenue par les coopératives de l’Allier) produit environ 80 000 tonnes d’aliments sur son site d’Yzeure, auxquelles s’ajoute la production de l’usine Domagri de Billom (Puy-de-Dôme), voisine de 20 000 tonnes, dont Alivert est l’opérateur depuis 2008. La production est majoritairement composée d’aliments ruminants.
Alivert vient de se lancer dans la conception de minéraux à la carte, selon le concept Cali Min. L’entreprise mélange des noyaux de minéraux (Ca, P), d’oligoéléments chélatés ou non, de vitamines, en granulé ou semoulette, auxquels est ajouté un arôme. «Chaque noyau est acheté à l’extérieur, mais formulé par nous, puis mélangé, explique Franck Dupront, responsable ruminants d’Alivert. Ensuite, éventuellement, nous fabriquons des seaux à Moulins-Izeure». Explication de cette nouvelle activité : il n’y a plus de fabricant de seaux à lécher à proximité. Quelque 1 200 formules Cali-Carte sont possibles, de manière à coller le plus possible aux demandes des clients. De sorte aussi à éviter les carences mais aussi les excès de minéraux. Outre des formules minérales traditionnelles et des seaux, Alivert propose des compléments nutritionnels.
Alpifeed : un nouveau bâtiment
L’entreprise de Fitilieu (Isère) réalise un chiffre d’affaires de 5,5 millions d’euros avec 19 personnes dans ses trois métiers de base : les minéraux nutritionnels, les aliments liquides et les aliments complémentaires fibreux de démarrage des génisses. Elle est agréée pour les aliments médicamenteux et les aliments biologiques. Alpifeed vient de construire, sur son site de Fitilieu, un nouveau bâtiment de 900 m2 (stockage et production d’aliments fibreux pour jeunes animaux). Elle entend poursuivre son développement vers le nord-est et le sud-ouest.
Mais, dans le contexte actuel de crise de l’élevage, la priorité est à l’adaptation permanente des gammes aux besoins des éleveurs. «On raisonne prix de revient du kilo de lait ou de croît», résume Philippe Gros, le gérant d’Alpifeed.
Calvet + Barrès + Puech = Terrya « La Maison de l’éleveur »
Les Aliments Calvet (Rignac, Aveyron) – filiale de RAGT Plateau Central – ont fusionné, le 1er juillet dernier, avec les Ets Barrès (Onet-le-Château, Aveyron) et les Ets Puech (Lafeuillade-en-Vézie, Cantal), deux distributeurs (approvisionnements végétaux et animaux) déjà partenaires. Le nouveau groupe, issu de trois entreprises familiales, a été baptisé Terrya «la maison de l’éleveur». Il conserve son autonomie vis-à-vis de RAGT. Dirigé par Richard Schultz, il emploie 63 salariés. En 2008, 75 000 tonnes d’aliments à dominante ruminants ont été commercialisées (dont 85 % à destination de filières sous signes officiels de qualité) ainsi que 2 000 tonnes de minéraux, avec une croissance de 27 % entre 2007 et 2008.
Terrya possède trois sites sur le département de l’Aveyron : Rignac (fabrication d’aliments et de minéraux + magasin agricole), Lanuéjouls (fabrication de mash et d’aliments lapin), Onet-le-Château (plateforme végétale et matières premières, magasin agricole), et un site sur le Cantal : Lafeuillade-en-Vézie (plateforme végétale, magasin agricole). Une flotte de 13 camions vrac et 3 camions sacs assure les livraisons. L’entreprise distribue plus de 70 % de ses produits via son réseau de distributeurs, des laiteries et des groupements de producteurs. Richard Schultz précise : «nous sommes à la recherche de nouveaux distributeurs avec qui nous pourrons tisser des partenariats très forts et prendre des parts de marché additionnelles». La proximité, la réactivité (livraison sous 48 heures) et le dynamisme représentent les valeurs maîtresses de Terrya, résume son directeur.
L’entreprise est engagée dans un programme d’investissement sur trois ans devant lui permettre de porter sa capacité de production de 75 000 à 100 000 tonnes d’aliments. Parallèlement, «nous innovons et développons de nouveaux concepts en nutrition animale, notamment dans notre gamme mash», explique Richard Schultz. Déjà certifiée Iso 9001 et 14001, Terrya prétendra, courant 2010, à la certification au regard du guide Snia-Syncopac de bonnes pratiques de fabrication des aliments composés.

Jérôme Arbus (directeur général de DFP Nutraliance) encadré par Vincent Bomparet (responsable ruminants, à g.) et Joël Sourisseau (chef marché produits ruminants).
DFP Nutraliance
DFP Nutraliance (Saint Ybard, Creuse) produit environ 120 000 tonnes d’aliments pour animaux avec 70 salariés dans ses deux usines de Saint Ybard et Limoges. L’entreprise (détenue à 50 % par Evialis) annonce avoir légèrement accru (+2 %) sa production d’aliments pour ruminants sur les neuf premiers mois de l’année grâce notamment à une bonne résistance en vache laitière.
Domagri : Cali-Carte
Au Sommet de l’élevage, Domagri (Cournon, Puy-de- Dôme) mettait l’accent sur Cali Carte. Lancé un an auparavant, cet aliment est formulé à la carte en fonction des attentes de production des éleveurs. La coopérative a en outre lancé, l’été dernier, une formule échange céréales-aliments.
Rappelons qu’Alivert, usine d’aliment de l’Ucal (union des quatre coopératives de l’Allier), gère, depuis 2008, l’usine d’aliment de Domagri située à Billom (Puy-de-Dôme). Domagri, en contrepartie, a pris 20 % du capital d’Alivert. Indiquons, par ailleurs, que Domagri devait fusionner, à la fin 2009, avec Limagrain. Cette fusion reste soumise aux décisions des assemblées générales des 14 décembre (Domagri) et 17 décembre (Limagrain).
Eurena : Synergie Viande et Person AL
Eurea Nutrition Animale (Eurena), basé à Feurs (Loire), produit 35 000 à 40 000 tonnes d’aliments ruminants. Principale nouveauté cette année, la démarche Synergie Viande, lancée en avril 2009 à l’initiative d’Eurea, de la Coopérative d’élevage de la Loire et d’Actis Bovins en direction des producteurs de bovins allaitants engagés dans la démarche Agri Confiance®. Selon ses promoteurs, Synergie Viande se veut «un contrat gagnant-gagnant» liant l’éleveur à ses coopératives. Principe : «vous régulez votre production, nous la valorisons mieux et vous améliorez votre revenu». En pratique, cela passe «par une meilleure adaptation des productions viande au marché; par une valeur ajoutée sur les produits vaches de réforme, boeufs, génisses,jeunes bovins et broutards; par des actions incitatives des coopératives partenaires ou désaisonnement; par un suivi technique individualisé avec rendu commun des coopératives partenaires».
Autre nouveauté, purement Eurea cette fois, Person AL, un aliment mash pour ruminants (bovins viande et lait, caprins) formulé en élevage avec l’éleveur. Sa formule est optimisée grâce au logiciel de nutrition Aliplan et prend en compte, de façon globale, tous les fourrages et aliments disponibles sur l’exploitation en les combinant aux objectifs de production et aux attentes de l’éleveur. Person AL «permet d’intégrer l’ensemble des critères nutritionnels de la ration» : paramètres ruminaux, rapport PDI/UF, couverture minérale, indice d’acidose, indice matière grasse, critères chimiques… Présenté comme «la solution nutri-efficace», Person AL constitue aussi un «outil de conquête d’éleveurs de grande taille», reconnaît Pierre Joyet, Chef Produit Ruminant d’Eurena.
Jambon : réorganisation des activités
Le groupe Jambon et Fils (Murat, Cantal) n’existe plus, en tout cas dans son organisation antérieure. Depuis le 1er juillet 2009, les activités de meunerie (Les Moulins d’Antoine – 8 500 tonnes de farine) et de nutrition animale (Jambon Nutrition Animale) ont été séparées, de manière à favoriser d’éventuelles alliances sur chacun des deux métiers. Au passage, le nouveau groupe, dénommé Groupe Jean et André Jambon, a réalisé une augmentation de capital de 866 000 euros souscrite auprès d’investisseurs particuliers. Il emploie 77 salariés, après que 15 % du personnel a quitté l’entreprise en 2008/09, sans licenciement.
Jambon Nutrition Animale, présidé par Pierre Barthélémy (également président des Moulins d’Antoine), commercialise environ 60 000 tonnes d’aliments pour animaux : 55 000 tonnes d’aliments composés (pour vaches laitières surtout) et 5 000 tonnes de matières premières. Jambon NA est concessionnaire Sanders sur le Cantal, la moitié est de la Corrèze et la moitié nord du Lot. Il entend élargir sa zone d’influence en direction de l’Aveyron, du Puyde- Dôme, de la Haute-Loire et de la Lozère, mais «pas trop loin. La proximité reste une valeur clé, surtout dans nos zones montagneuses», précise Pierre Barthélémy. Pour l’heure, la priorité est à l’optimisation des coûts, à tous les niveaux de l’entreprise Les ventes d’aliment ont baissé de 6 % sur les neuf premiers mois de l’année. «Ce n’est pas si mal, même si nous sommes touchés par la crise laitière». Côté produits, Jambon propose des aliments à la carte depuis trois ans. «Nos technico-commerciaux sont capables de formuler dans les exploitations», souligne Pierre Barthélémy.
Phytosynthèse : un Sommet d’Or pour l’Oxynat 3D

Thierry Picaud, directeur de Phytosynthèse, accueillait à Riom et au Sommet de l’élevage une délégation israélienne d’une vingtaine de personnes
La société Phytosynthèse (Riom, Puy-de-Dôme) a décroché un Sommet d’Or pour son antioxydant Oxynat 3D, breveté avec l’Inra. Ce produit venait par ailleurs d’obtenir un Innov’Space. «Additif pour l’alimentation animale à base d’actifs végétaux, Oxynat 3D est destiné à améliorer la teneur en antioxydant des viandes. Ce produit bénéficie de cautions scientifiques sérieuses. Il engendre des effets positifs sur l’animal, pour le transformateur mais également et principalement pour le consommateur», a estimé le jury des Sommets d’Or 2009.
Sur son stand de Cournon, l’équipe de Phytosynthèse mettait également en avant le Biostar 3.0 dont la nouvelle formulation permet de ramener la dose d’utilisation de 5 à 3 g/100 kg de poids vif. La quantité de matières actives ne change pas dans la mesure où les extraits de fenugrec utilisés sont deux fois plus titrés que les précédents. Du coup, le prix d’utilisation a diminué. D’abord utilisé sur les jeunes bovins à l’engrais puis les broutards pour ses «effets rapides et durables sur les paramètres zootechniques (GMQ, IC, ingestion)», le Biostar contribue aussi à améliorer la présentation et la conformation des animaux de concours, indique-t-on chez Phytosynthèse. Des résultats récents indiqueraient également son intérêt sur les génisses laitières avant vêlage (meilleur poids vif et plus de lait en 1e lactation) et les vaches laitières elles-mêmes (jusqu’à 0,8 à 1,5 kg de lait en plus par jour selon un essai terrain conduit pendant un an).
À noter également les changements de nom de l’Eimericox (devenu EMXtm) et du Pulmocox (qui devient Pulmo Cxtm).
RAGT : la gamme Proxi

Pascal Pringault, directeur commercial de RAGT Plateau Central : « Les difficultés de trésorerie peuvent conduire à des baisses de productivité chez certains éleveurs. »
RAGT Plateau Central (Rodez, Aveyron), branche distribution du groupe RAGT, a réalisé un chiffre d’affaires de 133,9 millions d’euros en 2008/09 avec un effectif de 340 salariés. Concessionnaire de la marque Sanders, RAGT Plateau Central a commercialisé en propre, au cours de l’exercice écoulé, 142 000 tonnes d’aliments pour animaux, dont 95 000 tonnes d’aliments ruminants, à travers ses marques Sanders et Vigala (autre marque du groupe Glon).
La société dispose également d’une filiale à 100 %, Aliments Calvet, devenue Terrya le 1er juillet dernier, qui commercialise 75 000 tonnes (voir par ailleurs). RAGT Plateau Central possède trois usines d’aliments – Albi (Tarn), Rignac (Aveyron) et Lanuéjouls (Aveyron, mash et granulés lapin) – et revendique, avec sa filiale, une part de marché de 35 % sur sa zone historique : Rouergue Auvergne Gévaudan Tarnais (RAGT).
RAGT Plateau Central a lancé, début 2009, la gamme d’aliments Proxi, en réponse aux difficultés de l’élevage ruminant, explique Pascal Pringault, le directeur commercial. Cette gamme, légèrement simplifiée (notamment au niveau du premix), est vendue 10 % moins cher que les autres formules de la marque, mais reste d’un «bon niveau technique». Alors qu’en 2009 les céréales étaient abondantes et les fourrages de qualité, Proxi vise aussi à recruter de nouveaux clients, indique Pascal Pringault. Si les éleveurs de ruminants «freinent énormément leurs utilisations d’aliments», en revanche RAGT Plateau Central développe ses ventes en monogastriques grâce à une "gamme performante, avec des références techniques, qui nous positionne aux yeux des éleveurs comme le fournisseur sécurité et high tech sur notre zone", explique Pascal Pringault.
Sanders : programme Eclair pour veaux laitiers

Jean-Philippe Rousseau (Sanders) : « Attention aux baisses de charges non pertinentes et à la dégradation de l’état des animaux ».
Au Sommet de l’élevage, Sanders lançait un nouveau programme de sevrage des veaux laitiers à 42 jours (au lieu de 70 jours classiquement) pour un poids vif de 70 kg. Celui-ci combine l’aliment d’allaitement Créno Eclair (de 25 kg à 42 jours) et un aliment 1er âge spécifique, Flori Eclair. Créno Eclair incorpore des extraits végétaux et des extraits de parois de levures pour la sécurité digestive ; Flori Eclair est enrichi en vitamine E, en sélénium et incorpore des levures vivantes et un arôme spécifique. Lancé au printemps dernier, le programme Eclair montre des «résultats en élevage tout à fait conformes aux attentes», témoigne Jean- Philippe Rousseau, responsable de l’activité ruminants chez Sanders. Il se révèle même «moins cher que les programmes antérieurs». L’économie par rapport à un programme de distribution de lait de vache se monte, selon lui, aux alentours de 40 euros par veau. Mais la conjoncture est telle que l’élevage n’échappe pas à des «baisses de charges non pertinentes» et à une dégradation de l’état de certains animaux.
Sanders met également l’accent sur le Sandi B pro, un additif pour vache ou chèvre laitière. Il incorpore de la vitamine B rumino-protégée dans la mesure où «les hautes productrices ne produisent pas assez de vitamine B dans le rumen», explique Jean-Philippe Rousseau. Les résultats d’essais montrent une progression de la production laitière pouvant atteindre 1 litre par jour pour une amélioration de 0,5 point du taux protéique. Le retour sur investissement atteindrait «3 pour 1».




