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Mise aux normes : Ils choisissent la méthanisation

Pour se mettre aux normes, des éleveurs choisissent une voie originale: la méthanisation qui leur permet de retraiter les lisiers et fumiers de l’exploitation en produisant du biogaz. Grosso-modo, un mètre cube de lisier de vache équivaut à 15 m3 de biogaz soit environ 11 litres de fioul.

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Les méthaniseurs les plus utilisés sont des réservoirs cylindriques en béton. Des méthaniseurs ovoïdes ou en forme d’oeufs (Egg-Shaped) ont été développés afin d’optimiser le mélange et de limiter l’accumulation de sables et de mousse. L’emprise au sol est plus faible. Le coût d’investissement est cependant plus élevé. Le bioréacteur est dimensionné en fonction du temps de séjour du déchet. Le temps de passage dans le digesteur est en moyenne de 20 à 40 jours selon la conception du méthaniseur et les conditions opératoires. La charge de matière volatile appliquée au méthaniseur est également un paramètre fondamental de la méthanisation. Elle correspond à la masse de matière volatile ajoutée au digesteur par jour, divisée par le volume utile du digesteur.

Depuis quelques années, un certain nombre d’éleveurs se sont lancés dans la méthanisation pour valoriser leur fumier et ou leur lisier. C’est le cas notamment du Gaec du Château qui mène une activité de production laitière à Etrépigny dans les Ardennes où il produit 357 000 litres de lait par an grâce à une soixantaine de vaches laitières. Confronté en 2001 aux exigences de mise aux normes de l’installation au sujet notamment de la gestion des effluents d’élevage, le Gaec s’est tourné vers la voie de la méthanisation. Six ans après les premières réflexions, l’installation a été inaugurée en 2007. L’unité de méthanisation traite ainsi 1 800 m3 de lisier et de fumier de l’exploitation, de l’ensilage de maïs provenant de 4 ha de jachère industrielle, des déchets de céréales (100 tonnes) et des tontes de pelouse provenant des collectivités avoisinantes (400 à 500 tonnes). L’installation est de type continu avec plusieurs digesteurs. Les effluents d’élevage sont mélangés aux autres substrats puis pompés vers un premier digesteur de 100 m3 équipé de pales permettant de remettre en suspension les matières solides et d’homogénéiser le mélange, et d’un système de chauffage maintenant la température à 40 °C. Les déchets restent en moyenne 25 jours dans le premier digesteur où la majeure partie du biogaz est produite, avant d’être transférés vers le second : une fosse béton de 700 m3 équipée d’un système de chauffage au sol et sur les murs (40 °C également). Les résidus obtenus à l’issue du processus de méthanisation sont stockés puis épandus sur les terres de la ferme (120 ha). L’installation peut produire environ 330 000 m3 de biogaz par an. Valorisé dans le groupe électrogène, il permet de produire 605 000 kWh électriques par an et 1 007 000 kWh thermiques par an en alimentant un cogénérateur de 77 kW électrique et 130 kW thermique. L’électricité produite est entièrement vendue à EDF au tarif de 11 centimes le kilowattheure et la chaleur sert à chauffer les digesteurs, à mettre hors gel la salle de traite, à produire de l’eau chaude sanitaire pour le bâtiment d’élevage (300 L) et à alimenter un réseau de chaleur sur lequel 3 maisons voisines sont actuellement branchées. En été, d’autres débouchés doivent être trouvés : chauffage de piscines ou de serres par exemple. Au total, le Gaec a investi 600 000 € pour adapter le logement des animaux, mettre l’exploitation aux normes et installer l’unité de méthanisation. Le projet a été subventionné à hauteur de 300 000 € par l’Adema, le conseil régional et le conseil général mais aussi des fonds privés. L’installation procure un revenu annuel estimé à 80 000 € et les charges annuelles s’élèvent à 39 000 €. Le temps de retour sur investissement est donc évalué à 4 ans pour la partie méthanisation et à 8,1 ans en incluant l’investissement pour la mise aux normes.

En Bretagne, un éleveur de Lennon (29) a obtenu une subvention de 90 k€ de la part de la Région pour la création d’une unité de méthanisation destinée à alimenter son exploitation de polyculture élevage (578 truies, 36 vaches laitières, 165 hectares) en électricité.

À partir d’un générateur de 150 kw, cette unité produira 960 000 kwh électriques par an et 1 370 000 kwh thermiques. Le biogaz (485 000 m3) sera obtenu par la méthanisation combinée des effluents produits par l’élevage, de cultures énergétiques et de déchets de l’industrie agroalimentaire. Une partie de la chaleur récupérée sera ainsi disponible pour le maintien en température du digesteur et le chauffage des porcheries.

En Vendée, le Gaec le Bois-Joly produit depuis fin janvier ses premiers kilowattheures (kWh). Producteurs de lapins et de bovins, les deux agriculteurs associés du Gaec produisent 1 000 tonnes de fumiers par an. À partir de ces déchets, jusqu’à présent non exploités, ils fabriqueront 202 000 kWh/an. Ce qui représente la consommation en électricité (hors chauffage) de près de 70 ménages ou un équipement de 2 000 m2 de panneaux photovoltaïques.

À l’occasion de sa mise aux normes et après plusieurs années de recherches, (visites d’installations similaires dans différents pays d’Europe, rencontres avec de nombreux ingénieurs…), le Gaec a décidé d’exploiter sa production de fumier. Le système est simple. Les tonnes de fumiers et de lisiers seront stockées pendant 4 mois dans des bacs en ciment appelés fumières ou digesteurs. Recouverts d’une toile étanche, ni l’eau de pluie ni l’oxygène ne pourront venir perturber la fermentation. Pendant quatre mois, le biogaz ou méthane, produit par la fermentation de ces déchets agricoles sera récupéré. Des canalisations le dirigeront vers un cogénérateur. Il produira alors de la chaleur et de l’électricité.

L’électricité sera intégralement revendue à EDF au tarif de 0,11 €/kWh. Le biogaz récolté produira aussi de la chaleur. Cette chaleur récupérée chauffera les bâtiments de l’exploitation avec à la clé une économie de 4 000 euros de chauffage. Le reste de la chaleur servira à chauffer les fumières qui doivent rester à une chaleur constante de 37 °C pour une meilleure fermentation. Enfi n, après quatre mois de méthanisation, le fumier transformé en « digestat » sera utilisé comme engrais.

Typex magazine par Erwan Le Duc

Article classé sous: Environnement, Equipement d'élevage

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