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Interview : Serge Moroy, enseignant. Les concours en plus du lycée

Serge Moroy, enseignant

Serge Moroy enseigne au lycée agricole de Crézancy (Aisne). Depuis 2000, il pilote des projets de pointage morphologique, de préparation d'animaux et d'animation d'événements agricoles.

Voici 30 ans que Serge Moroy est enseignant en zootechnie au lycée agricole de Crézancy. Localisée entre Paris et Reims, la structure est modeste, ceci ne l'empêche pas de s'ouvrir sur les concours et d'engranger des résultats nationaux.

En 2000, il prenait le relais de son collègue responsable de la ferme de l'établissement qui prenait en charge les formations au pointage. La même année, un élève arrivait premier de la finale départementale, puis enchaînait sur une victoire en 2000 au SIA à Paris. Depuis, c'est l'engrenage… constructif.

Votre palmarès est éloquent.

Un trophée de pointage toutes races confondues arrivait en 2003. Entre-temps, le Trophée des lycées agricoles est entré au programme du SIA à Paris. Nous avons été présents à l'ensemble de ses 10 éditions et vu cette compétition pluridisciplinaire passer de 11 à 45 lycées. Les épreuves se sont durcies. Il y a aujourd'hui deux vaches à préparer, clipper, présenter, commenter, un blog qu'il faut élaborer. Nous avons obtenu une victoire en 2007 à ce Trophée des lycées agricoles. Plus largement, nous sommes montés sur 4 podiums en 10 éditions. Nous cumulons aussi deux victoires en pointage charolais, en 2004 et 2010. L'ensemble représente une vingtaine de podiums. Parvenir à ce stade nécessite de l'exigence. Nous avons encore placé cinq équipes au Challenge européen des jeunes clippers de Simagéna. Nous avons à cœur de bien figurer, par amour propre.

En cours d'année, nous enchaînons par des prestations et des préparations d'animaux à la foire aux fromages de La-Capelle-en-Thiérache (100 vaches en concours), suivie par Terre en Fête à Arras puis Eurogénétique à Épinal. Nous passons 20 journées par an en dehors du lycée, en comptant les ovins qui s'intègrent à nos projets.

Faut-il disposer d'une grosse structure pour parvenir à ces résultats ?

Celle du lycée de Crézancy comporte seulement 200 élèves, répartis de la 4e technologique au BTS Acse. On y enseigne l'élevage, la polyculture, l'arboriculture et l'agrobiologie. Le troupeau de la ferme comporte 40 vaches, 400 brebis et quelques chevaux de selle.

Un tiers des élèves éprouve une sensibilité forte pour les animaux, la moitié si on y ajoute les jeunes qui suivent une formation équine nouvellement mise en place. Il s'en dégage un noyau d'une trentaine d'adolescents et de jeunes adultes mordus de pointage morphologique multirace. En contrepartie des résultats, les jeunes deviennent plus exigeants, ils s'approprient le troupeau de l'établissement. Par conséquent, le prof a pour obligation de mieux comprendre le suivi du troupeau.

L'activité n'a pourtant rien d'obligatoire…

[...]

Y aurait-il une recette ?

Je veille à mélanger les âges pour « ensemencer » et faire découvrir. Lors de chaque rentrée scolaire, je m'attache à ce qu'il y ait des nouveaux. Ils ne sont pas toujours bons au départ, mais ils le seront l'année suivante. Admettons-le, certains sont prompts à saisir cette opportunité pour sortir de la salle d'étude. En tant qu'enseignant, il faut accepter d'être complice (nouveau sourire) et en faire un plus. On crée ainsi un esprit de groupe, des relations entre classes. On conforte le plus jeune qui s'aperçoit qu'il s'applique à la même tâche que le grand, c'est un vecteur de transmission du savoir. Au fil du temps, on facilite aussi la relation quotidienne avec l'adulte.

Malgré toute la bonne volonté de l'équipe enseignante, la mise en application de cette activité facultative est grandement dépendante d'élèves moteurs — ils ne sont pas nombreux — afin que réussisse la prise en charge individuelle des autres élèves.

Eleves

Quelle forme de reconnaissance le lycée tire-t-il de ses résultats ?

La presse régionale nous consacre 20 à 25 articles par an et 80 % d'entre eux ont trait à nos activités liées aux animaux. Nous sommes visibles, les politiques nous connaissent, sont plus réceptifs lorsque notre établissement envisage des investissements. La chambre d'agriculture nous témoigne aussi sa fierté. Cela ressemble à un territoire autour d'un club sportif : « l'Aisne réussit à Paris ».

Plus prosaïquement, les maîtres de stage nous connaissent et sont plus enclins à encadrer nos jeunes. Nous utilisons les visites de ferme comme supports pédagogiques ; les portes s'ouvrent là où nos collègues connaissent des difficultés à être reçus.

Ce n'est sans doute pas sans effet sur le recrutement des nouveaux élèves. Nous sommes près de l'Ile-de-France et de la Champagne-Ardenne, et pourtant loin des villes qui sont source d'attractivité. Je considère qu'il faut vraiment avoir envie de venir à Crézancy. Je pense que le choix du lycée n'est pas nécessairement conscient. Nos résultats sont une promotion indirecte, notre notoriété sert le lycée.

Comment ce volet pédagogique s'insère-t-il dans les formations ?

[...]

Quels sont les moyens financiers dont vous disposez ?

D'abord, la ferme du lycée n'a que peu de budget pour l'amélioration génétique de son cheptel. Elle y parvient par des moyens détournés : réformes compensées par ses génisses, un peu de semence sexée ; le but n'est pas de gagner des concours, nous n'en avons pas les moyens. L'objectif est de faire une vache prête à être un bon support d'expression des jeunes.

Ensuite, nous nous investissons beaucoup bénévolement. Et puis, la coopérative d'insémination est un vrai partenaire. À Épinal (Eurogénétique), Coopelia assure la totalité de la prise en charge.

Les épreuves à Paris et à Villepinte demandent davantage de moyens. Cette année, le concours annuel de pointage, le Trophée (bovin et ovin) des lycées, le concours de clippage à Simagéna ont impliqué 16 élèves en compétition (8 concours). Il convient d'y ajouter 14 élèves pour une prestation de service assurée pour les 100 brebis du pôle Ile-de-France et Texel, dont 5 brebis du lycée. Enfin, nous avions une vache en concours au Trophée des lycées et une génisse à Villepinte (6e sur 22).

Il faut envisager de se nourrir, se loger, se déplacer, assurer une navette quotidienne jusqu'au lycée pour alimenter les relais de jeunes (3 jours maxi pour chacun), possibles grâce à la proximité du lycée (110 km). Pourtant, l'engagement financier est dérisoire au regard de la réussite et de la notoriété. C'est une communication vivante au fil de l'année. Celle-ci nous apporte tellement plus que notre support promotionnel imprimé destiné à la porte ouverte annuelle.

Que dites-vous à ceux qui pensent que les concours sont loin de la réalité ?

Qu'il en reste des idées fortes. Les déplacements aux SIA, à Simagéna et les voyages sont motivés par une envie d'émulation, de résultats. Pour y parvenir, chaque détail compte.

Anticiper, préparer, calculer sont les maîtres mots. Dans la vie professionnelle, c'est pareil. La gestion, les résultats sur le terrain se jouent sur les détails accumulés. Prenons un exemple : à production égale chez les éleveurs laitiers, l'on constate peu d'écarts techniques. Mais ajoutés les uns aux autres, ils font la différence en termes de résultat ; un résultat qui suffirait à faire vivre une famille. Transposer les exigences des concours dans la vie professionnelle permet de revenir à la réalité quotidienne, de boucler la boucle.

Quelle est la finalité du concours dans le cadre de la formation ?

C'est une école de l'exigence qui démontre qu'un concours ne laisse pas de place à l'improvisation. C'est encore une école de la combativité saine, de la sportivité. Enfin, c'est une école de l'humilité, parce les résultats sont éphémères, tout s'efface d'une année sur l'autre, parce que les circonstances de l'épreuve sont déterminantes aussi. C'est d'ailleurs ce qui me conduit à demander à la presse de cesser d'attendre de nous des podiums. Nous recherchons avant tout la régularité des places. Sur 8 concours de 2011, nous nous plaçons parmi les 10 premiers sur 7 d'entre eux.

Certes, les jeunes nourrissent l'espoir d'être premiers, mais le plus important consiste à être dans le coup. Enfin, les concours enrichissent les CV de nos jeunes.

Françoise Foucher

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