Vache laitière : Des marges de progrès à tous les niveaux
Il aura finalement été assez peu question de la nutrition de la vache laitière lors de la journée « Ferenc Semptey » organisée par l’Aftaa, le 5 novembre à Paris. La fertilité, la maîtrise sanitaire, la conduite d’élevage, les aspects micro ou macroéconomiques de la production ont fait jeu égal avec la nutrition, dessinant un large panorama de l’actualité d’un secteur qui pourrait sortir de la crise en 2010.
«Élevage des veaux et des génisses pour une production laitière optimale» : en introduction de son exposé, Alex Bach (Irta, Espagne) a estimé, en préalable, qu’il «est nécessaire de professionnaliser les pratiques d’élevage des génisses» alors que, «la plupart du temps, l’élevage des génisses est organisé au feeling», en se basant sur le poids vif ou sur la taille à la reproduction. En combinant les aspects économiques, de nutrition et de conduite d’élevage tels qu’ils ressortent d’études sur des effectifs animaux importants, Alex Bach livre plusieurs enseignements :
- des vitesses de croissance atteignant 1,2 à 1,4 kg/j pendant les 65 premiers jours ou entre 160 et 250 jours ne sont pas préjudiciables à la future production laitière ;
- les effets négatifs d’un GMQ élevé pourraient être plus liés au type de ration utilisé qu’à la croissance elle-même ;
- la production laitière gagne 500 kg en 1e lactation pour chaque 0,5 kg d’augmentation du GMQ en début de vie de l’animal ;
- des vitesses de croissance élevées de la 1e insémination artificielle jusqu’à 2 mois après le vêlage ont un impact négatif sur la production laitière à venir ;
- le poids vif optimal juste après le vêlage semble être de 81-82 % du poids vif adulte.
De son côté, Michel Vagneur (Pfizer Santé animale) a estimé que «le vêlage à 24 mois est un objectif technico- économique réaliste» sous réserve que les plans de prévention sanitaire soient à la hauteur de l’agrandissement des fermes, de la baisse de la main-d’oeuvre et de la pression économique. Tirant les conclusions de la journée, Jean-Philippe Rousseau (Sanders) a ainsi pu estimer que des «marges de manoeuvre sensibles et rapides» existent dans l’élevage des génisses.
Oméga 3 : pas si simple ?
Les aspects biologiques de la reproduction ont été développés par Nicolas Friggens, directeur de recherches à l’Inra. «La production laitière a un effet négatif sur les performances de reproduction», indépendamment même de la mobilisation corporelle, a-t-il observé.
La reprise et la normalité de la cyclicité peuvent être impactées, de même que l’expression des chaleurs, la survie embryonnaire voire le taux de conception. Plus généralement, «chez toutes les espèces mammifères, les individus maigres ont des performances de reproduction réduites». Selon le chercheur, la sélection menée dans l’élevage laitier depuis 50 ans a conduit à un accroissement de la mobilisation d’origine génétique, au détriment de la fertilité. Il est temps de faire machine arrière et de sélectionner des vaches «qui font du lait à partir de ce qu’elles mangent plutôt que des vaches qui mobilisent leurs réserves corporelles». Des essais «probants» sont en cours à Tours, a précisé Philippe Faverdin (Inra), qui présidait la matinée. Nicolas Friggens s’est également intéressé au rôle des acides gras sur les performances de reproduction. Il a exposé que les graines de lin, riches en oméga 3, agissent positivement sur les tissus reproducteurs et, partant, la survie embryonnaire. En revanche, une expérimentation récente (Hélène Petit et al. 2008), basée sur des transferts d’embryons, montre une baisse de la qualité de l’embryon quand les vaches ont reçu de grandes quantités d’oméga 3. Pour l’heure, Nicolas Friggens n’avance pas d’explication. «C’est plus compliqué qu’on ne le croit. Il reste des recherches à faire».




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