Reportage à la Ferme Beauçoise, au Québec
Éleveurs dans un grand troupeau
Gérer un troupeau de 620 têtes Holstein cité deux fois Maître éleveur, voilà le défi quotidien auquel s’attellent les frères Benoît et Nicolas Turmel de la Ferme Beauçoise. Visite d’un élevage imposant.

La famille Turmel a reçu son second titre de Maître éleveur en 2012, 16 ans après l’obtention du premier.
La Ferme Beauçoise compte 280 vaches Holstein en lactation. Il s’y produit annuellement près de 3,3 millions de litres de lait. À la barre de l’entreprise s’active une nouvelle génération avec les frères Benoît et Nicolas Turmel, ainsi que leur cousin, Jean-Philippe Turmel. C’est dans les années 1970 que leurs pères, Louis et Clément, ont fait l’acquisition du premier troupeau Holstein croisé. L’achat de deux bêtes prometteuses quelques années plus tard leur permettra d’écrire les succès de l’élevage qui a reçu, en février dernier, son second titre de Maître éleveur remis par Holstein Canada, 16 ans après l’obtention du premier. Aujourd’hui, le troupeau rassemble neuf vaches classifiées Excellentes, 80 Très bonnes et 180 Bonnes plus. La moyenne de lait produit est de 9 500 litres par vache annuellement, à 4 % TB et 3,24 % TA.
Croissance et efficacité
Benoît et Nicolas sont tous deux détenteurs d’un diplôme universitaire en agroéconomie, ils parlent de productivité, d’efficacité et de rentabilité. Nicolas a été le premier à rejoindre l’entreprise familiale en 2003. Quelques années plus tard, c’était au tour de Jean-Philippe, avec en main son diplôme collégial technique, et enfin Benoît, en 2007, à la suite d’une expérience de conseiller laitier pour un fournisseur alimentaire. Si Jean-Philippe concentre ses énergies sur les 400 ha de terre en culture et l’entretien mécanique des divers équipements, Nicolas et Benoît assurent la gestion du troupeau ; le premier se consacrant davantage à la génétique et le second, à l’alimentation.

Beauçoise Planet Ronde TB 84 à 2 ans. 10e génération TB ou Ex de cette lignée. Fille de Roxy. Elle est projetée à 2 ans et 2 mois à 11 958 kg de lait à 4,1 % TB et 3,8 % TA.
Satisfait de pouvoir miser sur un troupeau aux bases génétiques solides, le duo s’active à gagner en efficacité. « Dans toutes nos décisions, notre objectif est de maximiser les profits », résume Benoît. « Nous voulons avoir l’intervalle de vêlage le plus bas possible (actuellement 400 jours) ainsi que la moyenne de production et les composantes les plus hautes possibles. Nous cherchons à être efficaces dans tous les aspects de l’entreprise. »
Un objectif d’efficacité d’autant plus important à relever que l’entreprise a plus que quadruplé de volume en 15 ans. De 1993 à 2008, la ferme est en effet passée d’un droit de produire de 70 à 309 kg de gras par jour, soit une augmentation d’environ 220 vaches en lactation. Cette croissance, menée notamment par les frères Louis et Clément, est passée par l’achat de fermes voisines. Le dernier achat important a été réalisé en 2006. À mi-chemin de cette période de croissance, soit en 2001, les éleveurs ont fait le choix d’une stabulation libre avec salle de traite, afin notamment de rapatrier toutes les vaches en lactation sur un seul site. En 2010, la configuration déficiente de la salle de traite incite toutefois Benoît et Nicolas à revoir leurs installations. Ils feront le choix d’installer quatre robots de traite. « Les robots enlevaient la pression sur la main-d’œuvre. Nous calculions que l’économie en salaire permettait de rembourser l’investissement », précisent Benoît et Nicolas qui apprivoisent encore cette nouvelle façon de travailler. « Chaque système a ses qualités et ses défauts. Les robots permettent plus de flexibilité dans les heures de travail, mais fonctionnent jour et nuit. Et le reste de l’ouvrage est encore là », explique Benoît, constatant également l’importance, avec ce système de traite, d’assurer un suivi rigoureux et serré de la santé du troupeau. Les frères Turmel portent notamment une attention à la santé du pis et des pattes.
Des bases solides
Les frères Turmel ont entre les mains un troupeau à la génétique solide et reconnue. Le deuxième titre de Maître éleveur vient d’ailleurs « confirmer les bases », pour citer le représentant de Holstein Québec Frédéric Fillion. Des bases qui prennent racines à la fin des années 1970 avec Coocher-Falls Mon Kate et Robies Candide. Dès le début, le transfert embryonnaire a été utilisé par Louis et Clément pour développer le troupeau.
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Beauçoise Shottle Roxy TB 88 à 6 ans. Elle a produit en 305 jours, à 2 ans 2 mois, 12 951 kg de lait à 3,6 % TB et 3,1 % TA. Ses trois filles sont 100 % BP et mieux et produisent en moyenne 14 397 kg de lait à 3,7 % TB et 3,4 % TA.
Pour le développement du troupeau, les Turmel misent également sur les descendantes de A Long Haven Rotate TB 15 *, un sujet acquis par Louis et Clément en 1985. De cette lignée aux origines américaines, qui se distingue par des vaches fortes productrices et fonctionnelles, est issue Beauçoise Shottle Roxy TB 88 à 6 ans. Ses trois filles en lait, qui produisent en moyenne 14 397 kg de lait à 3,7 % TB et 3,4 % TA, représentent la 10e génération de vaches TB ou Ex de cette lignée qui cumule 26 étoiles de la race. Roxy compte également des génisses par Gérard et Jeeves, ainsi qu’une fille d’Oman Oman à + 2 590 d’IPV MP. Elle a également un fils par Mrs Burns, Beauçoise Rhapsodi, chez Semex.
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Motivée, la nouvelle génération Turmel poursuit sa vision d’améliorer l’efficacité de l’entreprise. Un combat qu’ils mènent quotidiennement, sur le terrain. Si leurs pères ont orchestré l’expansion de la ferme, eux comptent faire bouillonner le potentiel qu’ils ont entre les mains. Actuellement, les sujets de remplacement logent sur deux autres sites, alors qu’une quarantaine de niches accueillent les nouveaux nés à l’extérieur. La construction d’un bâtiment supplémentaire à stabulation libre, permettant de ramener sur le site principal les vaches taries et les génisses de remplacement, s’inscrit dans les projets à court terme des éleveurs. Le groupe entend également s’attarder à améliorer l’efficacité aux champs. « Une fois que notre objectif d’efficacité sera atteint, on aura de nouveaux projets. Pour l’instant, on veut voir où la « machine » est capable de nous mener », résument-ils, rêvant de vaches Excellentes et de vedettes d’exposition au préfixe Beauçoise.
Brigitte Lavoie
Article paru en intégralité dans Typex n°104 : je souhaite commander ce numéro




