À la ferme laitière De Marke: Choix environnementaux et conséquences pour le troupeau
À Hengelo, aux Pays-Bas, les vaches de la ferme laitière de l’université de Wageningen produisent 8 500 kilos de lait par an, le lisier est fermenté et les « standards » de fertilisation prévus pour 2015 sont déjà atteints. Seul problème, et de taille : la mauvaise qualité de l’herbe n’est pas sans conséquences sur l’apport en protéines dans la ration des animaux.

Côté alimentation des vaches laitières, De Marke souligne que le taux de protéines brutes dans les rations a été réduit de manière substantielle à 15 %. « D’une part, explique-t-on, cela contribue à avoir des coûts alimentaires bas et à limiter les pertes d’azote. D’autre part, trop de protéines présentent un risque pour la santé des animaux. »
La ferme laitière expérimentale De Marke, dans la province de La Gueldre, à l’est des Pays-Bas, affiche des résultats saisissants, selon ses responsables. Mise en place au tout début des années 90, la ferme est l’un des huit centres de recherche et d’information de l’université de Wageningen, parmi lesquels cinq fermes qui se consacrent exclusivement aux problématiques de la production laitière. Wageningen – 6 500 personnes, 10 000 étudiants – s’est forgé une solide réputation dans la recherche en sciences animales : nutrition, comportement, bien-être des animaux ; génétique et génomique ; relation entre élevage et environnement ; techniques innovantes de production. À De Marke, « nous travaillons essentiellement sur l’amélioration des systèmes laitiers installés sur des sols sablonneux en cherchant à réduire au minimum l’impact environnemental de la production », affirme Stef Groot-Nebbelink, responsable de la ferme. L’accent est mis sur la maîtrise des fertilisants (azote et phosphate), sous-entendu la réduction des pertes. L’objectif est de « limiter les apports de matières chimiques et d’avoir une utilisation rationnelle de l’eau et de l’énergie. Au bout du compte, explique- t-on, nous baissons nos émissions de gaz à effet de serre de même que l’empreinte écologique de la ferme, et nous préservons notre potentiel de production pour les générations qui viendront après nous ». Cette attitude très « développement durable », dans les discours et dans les faits, vaut à la ferme de nombreux soutiens. De Marke bénéficie de l’appui du centre néerlandais pour l’agriculture et l’environnement (CLM), de la profession agricole et de l’industrie laitière. Elle reçoit des financements publics du ministère de l’Agriculture, de la nature et la qualité de l’alimentation (LNV) et de celui de l’Environnement (VROM).
40 % de fumier en moins

L’empreinte écologique de la ferme De Marke est inférieure à celle d’une exploitation conventionnelle aux Pays-Bas : de 40 % pour l’acidifi cation (émissions d’ammoniac, monoxyde d’azote et dioxyde de soufre) ; de 70 % pour l’eutrophisation (ammoniac, monoxyde d’azote, nitrates et phosphates) ; et de 30 % pour les émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote).
La recherche en vue d’une utilisation juste de l’azote, du phosphate et d’autres fertilisants reste une des activités principales à De Marke. « De plus en plus d’éleveurs acquièrent, grâce à nos travaux, une meilleure connaissance de leurs cycles sur leur propre ferme. C’est à la fois bon pour l’environnement et pour le porte-monnaie de l’agriculteur, commente Stef Groot-Nebbelink. Ces dix dernières années, nous avons atteint un surplus moyen d’à peine un peu plus de cent kilos d’azote et de quelques kilos de phosphate par hectare, ou de 67 kilos d’azote et de deux kilos de phosphore assimilable selon le système Minas. » – NDLR, Mineral Accounting System : taxe sur les surplus d’azote et de phosphore en vigueur aux Pays-Bas depuis 1998 afin d’optimiser l’utilisation des engrais. Les responsables de la ferme, définitivement pragmatiques, posent la question de savoir qui pourrait bien s’opposer à la gestion d’un élevage montrant peu de gaspillage de fertilisants, avec des coûts de production faibles et des rendements élevés et de qualité. « Nous sommes capables de faire pousser la culture la mieux adaptée à nos besoins avec 40 % de fumier en moins. Un apport limité d’engrais permet au trèfle de mieux fixer l’azote, et de cette manière les rendements sont maintenus. Épandre le lisier après le labour est une autre méthode qui conduit à une meilleure utilisation des fertilisants. Depuis 2000, nous faisons en même temps les semis de maïs et l’épandage du lisier entre les rangs. » Concernant la délicate question de la présence de nitrates dans l’eau, réaction après-coup aux surplus d’azote épandus, « le temps qu’il fait et les sols sont responsables de fluctuations non négligeables qu’aggraveront par dizaines de milligrammes de nitrate par litre d’eau des pratiques d’élevage demeurées inchangées ». La ferme De Marke annonce pour sa part qu’elle a réussi à contenir le taux de nitrates à 49 mg par litre dans la nappe d’eau supérieure située dans le périmètre de l’exploitation, c’est-à-dire un milligramme en dessous de l’objectif fixé par la Directive européenne sur l’eau d’octobre 2000.
Deux coupes d’herbe
Les responsables de la ferme laitière se posent en défenseurs de la rotation des cultures. « Le maïs implanté de façon permanente conduirait à une baisse des niveaux de matières organiques dans le sol, entraînant une limitation de sa capacité de rétention de l’humidité. Les sols retiendraient trop peu d’azote et les rendements ne pourraient pas être maintenus. Or, poursuit Stef Groot-Nebbelink, en effectuant une rotation des cultures, nous restaurons la matière organique et à terme le gaspillage d’azote s’en trouve réduit. »

La ferme cultive 16 hectares de maïs : 10 hectares sont ensilés « plante entière », 6 hectares sont réservés à un ensilage des épis. Elle récolte également 6 hectares d’orge. Un hectare de maïs reçoit au total 15 tonnes de fumier – 8 tonnes de lisier fermenté, 3 tonnes de la fraction liquide du lisier fermenté et 4 tonnes de la fraction solide. Un hectare d’herbe est fertilisé à hauteur de 83 tonnes de fumier –, 50 tonnes de lisier fermenté, 32 tonnes de la fraction liquide du lisier fermenté et une tonne de la fraction solide.
Chaque année, la ferme réserve 6 hectares d’herbe labourée à la culture du maïs. Cette culture n’est pas fertilisée, la dégradation du gazon se chargeant de lui fournir ses nutriments. « Après un début de croissance du maïs assez lent, celle-ci connaît à la mi-juin une sorte d’emballement correspondant au moment où le gazon relâche ses fertilisants ». Le schéma de rotation de la ferme est strict, basé sur trois années d’herbe, deux années de maïs et une année de culture d’ensilage plante entière. Ce dernier assolement présente l’avantage de résister à la sécheresse et de ne pas être sensible aux maladies ni aux mauvaises herbes. « En outre, la même année, de l’herbe peut être semée en dessous, ce qui fait qu’après la culture d’ensilage nous obtenons deux coupes d’herbe. Grâce à la rotation des cultures, nous rencontrons moins de problèmes avec des mauvaises herbes comme le chiendent, la morelle noire, le dactyle pelotonné. Elle protège les sols du brunissement des racines. Leur fertilité limite les besoins en fertilisants et en eau, tout cela pour des rendements supérieurs de 10 %. » À De Marke, la culture de l’herbe sous le maïs semble un principe cultural fondamental. « C’est fiable et simple à pratiquer, ça rapporte quelque chose à l’éleveur, c’est bon pour l’environnement et la fertilité du sol ! », résume Stef Groot- Nebbelink. L’herbe est semée quand le maïs atteint 40 centimètres de hauteur. « À terme, elle fixera 40 kilos d’azote par hectare sur lequel on récoltera deux tonnes de matière sèche. L’année suivante, l’azote est déduit des volumes de fertilisants épandus pendant que la culture en place maintient le niveau de matière organique du sol. »
Biogaz pour l’électricité

Grâce à la fermentation du lisier dans un fermenteur, l’exploitation produit un peu moins de 30 m3 de biogaz par m3 de lisier. La production totale d’énergie est de 500 000 mégajoules d’électricité.
En ce qui concerne l’alimentation des vaches laitières, De Marke souligne que le taux de protéines brutes dans les rations a été réduit de manière substantielle à 15 %. « D’une part, explique-t-on, cela contribue à avoir des coûts alimentaires bas et à limiter les pertes d’azote. D’autre part, trop de protéines présentent un risque pour la santé des animaux. » Une ration équilibrée de la sorte n’a pas créé de mauvaises surprises : les vaches produisent entre 8 500 et 9 000 kilos de lait par an ; l’urée dans le lait atteint seulement entre 15 et 20 mg par litre. « Un régime alimentaire sophistiqué se reflète aussi dans le niveau des émissions d’ammoniac de l’élevage. Une bonne approche nutritionnelle, estime Stef Groot-Nebbelink, est plus efficace que des adaptations apportées dans la conception de l’étable. » De fait, l’obtention du « Green label » pour les bâtiments de l’élevage n’a pas été rendue obligatoire. « Avec une moyenne de 20 kilos d’azote par hectare, nous avons largement respecté le standard actuel de 30 kilos maximum. » Les responsables de la ferme ont aussi vite compris le bénéfice qu’ils peuvent tirer de l’utilisation du fumier comme source d’énergie. « Les vaches, productrices d’énergie ? C’est possible », expliquent-ils à leurs visiteurs venus s’informer. « Le fumier des animaux est rempli d’énergie contenue dans la matière organique. Les bactéries se chargent de la fermenter pour produire du biogaz. Ensuite, ce biogaz est utilisé pour générer de l’électricité qui va nous permettre de couvrir une part importante de notre propre consommation électrique, voire, quand nous dégageons un surplus de biogaz, en faire une source de revenu intéressante. » La production de biogaz intégrée à la gestion de la fertilisation de l’exploitation ne pose aucun problème : « Le produit final contient plus d’azote absorbable immédiatement que le lisier conventionnel. Nous constatons que la fermentation du fumier devient de plus en plus intéressante pour les exploitations de taille moyenne. Nous allons assister d’ici peu à la cofermentation de coupes d’herbe, de restes alimentaires et d’autres matières organiques. »
À De Marke, on fait remarquer que les choix de conduite d’exploitation ont été profitables à l’environnement et ont eu des conséquences sur le plan économique. Certaines ont été positives, comme la baisse du nombre de jeunes animaux, l’épandage en rang du lisier et l’introduction de triticale dans la rotation des cultures. À l’opposé, des décisions favorables à l’environnement ont été coûteuses, telles que la réduction de l’apport d’azote, le semis d’une culture dérobée après le maïs et la formulation d’une ration des vaches laitières conforme à la norme pour les protéines. « Il est exact, complète Stef Groot-Nebbelink, que la fabrication de concentrés à la ferme, la réduction de la période de pâturage des vaches et plusieurs aménagements techniques afin de réduire les émissions de gaz ont entraîné des dépenses. Le bénéfice net de l’élevage a chuté de 3 à 4 centimes d’euro par litre de lait. Mais il faut savoir que nous faisons plus que ce qui est nécessaire. »
Typex magazine n°93 - juin/juillet 2010 par Dominique-J. Lefebvre
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