Gasoil non routier : un changement de comportement à prévoir
Pour Thierry Solokhine de Total, l’arrivée de gasoil non routier ne doit pas être perçu comme une révolution, mais comme un changement important qui va provoquer des remises en question et des adaptations au niveau de l’achat et du stockage du gasoil non routier. Entretien.
L’arrivée du gasoil non routier est-il une révolution ?
Il ne s’agit pas d’une révolution, mais il faut tout de même se préparer : un changement de produit quel qu’il soit induit des évolutions et de nouveaux réflexes à acquérir. Ces changements de mentalité vont principalement toucher la réflexion au niveau de la conservation du produit et au niveau de l’achat. En effet, le gazole non routier présente une tenue au froid de 0°C l’été, et de -15°C l’hiver. Concrètement, si un agriculteur fait le plein en juillet, il devra intégrer le fait que ce carburant ne sera pas utilisable en plein hiver. Ces évolutions ne sont pas aussi importantes qu’il y paraît, puisque dans le monde agricole en général on constate de moins en moins de surstockage de carburant. Les entrepreneurs sont notamment soucieux de maintenir leur trésorerie et d’éviter de stocker de grandes quantités. C’est d’autant plus vrai que les évolutions du prix du marché sont de moins en moins saisonnières et que les mouvements baissiers ou haussiers sont permanents. Toutefois, il faut prendre en compte le fait que le prix du fioul traction était indexé sur celui du fioul domestique où il existe tout de même une variation saisonnière, puisque la demande est forte en hiver. Bref au final, on va passer d’un marché avec des prix sans doute plus stables où la climatologie n’aura que peu d’influence.
Quels réflexes adopter au niveau du stockage ?
Le gasoil non routier comporte 7 % d’ester méthylique d’acide gras, qui ont des propriétés détergentes, qui pourraient mettre en suspension les dépôts accumulés sur les parois ou au fond des cuves. Ces particules peuvent ensuite occasionner des pannes au niveau des injecteurs. Dès lors, il est important de bien nettoyer sa cuve avant de stocker du gasoil non routier, le fioul est un produit fossile qui génère toujours des dépôts en fond de cuve. Les esters peuvent également réduire la stabilité au stockage du gazole non routier. Bref, il faudra conserver une cuve propre. Le mieux est de prendre contact avec les professionnels pour mettre en place un diagnostic sur le stockage du fioul.
Techniquement, faut-il y voir un mieux ?
Disons que le gasoil non routier est un carburant typé « traction », ce qui n’est pas le cas du fioul dont l’usage principal est avant tout domestique. D’autre part, le gazole non routier répondra aux spécifications du gazole moteur et à la norme EN 590. Bref, il répond intégralement aux préconisations des motoristes. En cas de litige ou de dysfonctionnement, personne ne pourra remettre en cause la qualité du carburant. Enfin, le gasoil non routier dispose d’un meilleur indice de cétane que le fioul. La qualité de la combustion est meilleure et les émissions de polluants sont réduites. Côté consommation, nous n’avons à cet instant aucune certitude, aucun test ne permet de dire qu’il y aura une surconsommation.
Comment vivez-vous ce changement au sein de Total ?
Concrètement, nous n’étions pas demandeurs de ces changements qui émanent plutôt des motoristes. À partir de 2011 et l’application de la norme européenne, vont apparaître de nouvelles générations de moteurs beaucoup moins polluants mais disposant de systèmes de traitement des gaz d’échappement très sensibles au soufre. Le fioul domestique ayant une teneur en soufre élevée (1 000 mg/kg), il ne pourra pas être utilisé avec ces engins. Il est donc remplacé par le gazole non routier avec une teneur en soufre de 10 mg/kg, qui sera parfaitement adapté à ce nouveau matériel. Comme toute la filière, nous attendons la publication de l’arrêté, qui doit intervenir en septembre. C’est l’administration qui a la main sur le dossier. Toutefois, il s’agit d’une obligation d’usage, et non de fabrication ou de distribution de gasoil non routier. L’obligation est liée à chaque machine à partir du moment où elle est équipée d’un moteur compris entre 18 et 560 kWatts ; l’évolution ne concerne pas un type de professionnels.



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