Archive · Ce site est conservé en ligne pour que les articles publiés restent accessibles à leurs adresses d'origine. L'activité a cessé et les formulaires ne sont plus relevés.

Tassement des sols : une menace à ne pas négliger

Dans les parcelles agricoles ou forestières, le sol est en danger et mérite que l’on s’interroge sur son avenir, tant sa fonction est vitale : production de biomasse, production alimentaire, réservoir pour la biodiversité, stockage de l’eau ou du carbone. Le tassement du fait de l’utilisation de machines de plus en plus lourdes est l’une des causes majeures de la dégradation des sols.

“Dans une parcelle agricole, le tassement d’un sol conduit à une diminution de la marge brute de 5 à 6 %”, assure Guy Richard, spécialiste du sol à l’Inra à l’occasion d’une conférence organisée au Sima. Ce chiffre constitue bien entendu une moyenne, les effets du tassement diffèrent avec les types de sol et en fonction des conditions météorologiques enregistrées chaque année. Le tassement intervient en conditions humides, il s’agit en fait d’une diminution de la porosité structurale sous la roue et la création d’une ornière en surface. C’est une augmentation de la densité apparente du sol résultant de l’application d’une charge. En forêt, difficile de donner des chiffres aussi précis sur les conséquences économiques du tassement des parcelles forestières, mais sol tassé est synonyme de perte de potentiel de production. Cependant, les sols forestiers sont mieux structurés et plus riches en matière organique et ils résistent en général beaucoup mieux aux charges appliquées.

Retour en arrière impossible

Sans être totalement irréversibles, les dégâts physiques infligés aux sols forestiers ou agricoles se traduisent par une fragilité des peuplements, qui peut perdurer. La restauration mécanique des sols peut être envisageable, mais c’est un non-sens économique, de plus le passage d’outils de régénération est aussi à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre qui sont inutiles.

Dans le tassement du sol, les véhicules de traction, les automoteurs et autres outils sont montrés du doigt. Le tassement résulte de nombreux paramètres : poids de l’engin, propagation des forces de tassement dans le sol qui varie avec la porosité et l’humidité du sol, surface de contact entre les pneumatiques et le sol, caractéristiques des pneumatiques.
Ensuite, il faut prendre en compte d’autres paramètres à savoir par exemple qu’une remorque équipée d’un seul essieu va induire un tassement plus profond. Dès lors, il faut raisonner le tassement en fonction de l’effet de la charge à l’essieu.
Selon les spécialistes de l’Inra, les chantiers les plus sensibles au tassement sont ceux où l’on récolte de la pomme de terre et où l’on arrache des betteraves sucrières. “Dans les parcelles de pommes de terre, on constate une présence importante de zone où le sol est tassé. Pour l’horizon labouré, 60 % des parcelles ont un indice de compaction supérieur à 40 %”, poursuit Michel Martin d’Arvalis. Les contraintes sur le sol varient aussi en fonction des opérations culturales : elles sont maximales lors du transport de la récolte, puis lors d’un chantier d’arrachage de betteraves ou de pommes de terre. Ensuite, on retrouve la moisson, l’ensilage et les travaux culturaux. Les risques de tassement sont maximums au moment de la récolte.
Bien entendu, beaucoup d'agriculteurs ont déjà pris ces contraintes dans leur raisonnement en s’équipant de pneumatiques adéquats : “Mais, attention, cette solution ne constitue pas non plus la panacée, avec une monte pneumatique supérieure, on augmente la surface susceptible d’être tassée. De même, certains fabricants proposent des équipements qui travaillent en crabe et qui permettent de réduire les tassements. Ceux-ci sont moins forts au niveau des zones de passage, mais on aboutit à la même conséquence que précédemment : à savoir un accroissement des surfaces abimées ”, poursuit le spécialiste d’Arvalis.

Le controlled trafic farming

En forêt, avec la progression continue de la capacité de charges des engins forestiers avec notamment des porteurs forestiers qui peuvent peser plus de 40 tonnes une fois chargés, l’enjeu est identique : “des études de l’ONF ont montré que sur des parcelles forestières, on a enregistré des passages d’engins sur 100 % de la surface”, souligne Didier Pischedda de l’ONF. Deux écoles semblent donc vouloir émerger : tasser en profondeur une surface limitée ou tasser superficiellement l’ensemble d’une parcelle. Avec l’arrivée du dGPS en agriculture et des applications en découlant, barre de guidage ou autoguidage, le controlled trafic farming (CTF) permet de repérer les zones de passage des véhicules de traction et de passer chaque année au même endroit pour tasser le minimum de surface. Le controlled trafic farming a été mis au point en Grande-Bretagne dans les années 1970. Il a connu son véritable essor il y a une dizaine d’années en Australie. Aujourd’hui, 3 millions d’hectares y sont déjà exploités avec des voies de passages permanentes. L’objectif est de maintenir une meilleure structure du sol avec une érosion ralentie, avec à la clé une amélioration des rendements de 10 %, une meilleure réserve en eau pour les végétaux. Le tout permet aussi de réduire les coûts de production. Le principe de base de cette technique semble simple : le tassement du sol est limité à des voies de passage fixes. En Australie, la largeur de passage de trois mètres s’est imposée à tous les véhicules. Le semis s’effectue sur 9 mètres de largeur, la pulvérisation sur 27 ou 36 mètres et le battage sur 9 mètres. Au final, les véhicules n’empruntent que 10 à 15 % de la surface des parcelles. Le système GPS permet un guidage satellite de précision des machines agricoles. Ce procédé de voies de passages fixes a fait son retour en Europe. En Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou au Danemark, des tests sont effectués pour les récoltes à la moissonneuse batteuse, pour le maïs ensilage ou sur les prairies artificielles.

Les ornières, une bonne chose en forêt ?

En forêt, les ornières sont souvent montrées du doigt par le grand public, voire par certains producteurs forestiers. Pourtant, ces ornières ne sont pas forcément si graves. En plus d’être une zone de reproduction pour certains batraciens, elles permettent de cloisonner les surfaces tassées à un périmètre réduit. Reste qu’en forêt des alternatives techniques existent, c’est le cas du débardage par câble qui permet de limiter l’intervention des engins. “Une expérimentation est d’ailleurs en cours sur le site d’Azerailles où l’on compare les effets du débardage mécanisé classique avec ceux du débardage par câble. On mesure les effets du débardage classique en observant la présence de jonc, qui est synonyme de sol tassé”, constate Didier Pischedda.
Dans les parcelles agricoles, l’orniérage induit un ruissellement important, la vitesse de veines d’eau varie en fonction de l’empreinte au sol du pneumatique.

trelleborg

Article classé sous: Environnement, cultures

Mots-clefs: • •

Vous pouvez ajouter une réaction.

Laisser une réaction

Tout droits réservés © 2009-2010 Editions Fitamant
Archive d'un magazine dont l'activité a cessé, récupérée et remise en ligne à ses adresses d'origine par Webdesign29, agence web à Brest.