Alimentation élevage : Comment gagner 15300 euros par an
D’après son analyse technico-économique, le Gaec du Bois de Cremenan a gagné 15 300 euros par an grâce à sa nouvelle stratégie alimentaire, adoptée à l’occasion de l’installation d’un robot de traite. Son ambition est de figurer dans le tiercé de tête des robots les plus performants en France.
« Nous avons installé un robot de traite VMS Delaval en juin 2008, explique Gwénaël Thebaud, l’un des associés du Gaec du Bois de Cremenan, à Taupont, dans le Morbihan. Notre quota est de 570 000 l*, pour une production moyenne ce mois-là de 32 kg avec un mois moyen de 4,6 mois, soit un niveau d’étable de 9 650 kg ».
Depuis 1996, les vaches étaient hébergées dans un bâtiment de 80 logettes en face à face. « Au moment de l’installation du robot, le troupeau comptait 70 vaches en lactation. Nous fonctionnions en ration complète avec une mélangeuse et un affouragement en vert. » L’arrivée du robot entraîne donc un changement de stratégie alimentaire : « Notre première expérience n’a pas été concluante, se souvient l’éleveur. Sur les conseils du technicien de la société d’aliment qui nous suivait alors, nous avons calé tout le troupeau à 20-22 kg à l’auge. Il nous disait qu’il ne fallait pas que les vaches reçoivent trop d’aliment à l’auge, car il fallait qu’elles gardent de l’appétit pour les attirer au robot. Certes. Mais en deux mois notre production avait chuté. Ce n’était pas du tout le but de la manoeuvre ». Changement de programme, Anthony Loric, spécialiste ruminant chez Sanders Bretagne, reprend le dossier : « Ce n’est pas la quantité d’aliment qui doit attirer la vache au robot, mais sa composition qui doit être particulièrement appétente. Nous avons calé la ration à l’auge à 28 kg. Il n’y a pas de risque de gaspillage vu le potentiel génétique de ce troupeau ». Outre l’ensilage de maïs, la ration à l’auge compte un correcteur azoté, le Sandiscore, à hauteur de 3 kg, 1 kg de céréales de l’exploitation, blé ou orge, et 1,5 kg de maïs grain sec. Au robot, les vaches reçoivent un correcteur azoté tanné et une VL, selon leur besoin de production. Les fraîches vêlées reçoivent par ailleurs un aliment liquide, Saphyr Propyplus, à base de propylène-glycol pour le démarrage en lactation.
Contrôler la déambulation

Les éleveurs Gwénaël Thebaud et Stéphane Leclerre sont entourés de Christophe Chrétien, directeur de Sanders Bretagne, Anthony Loric et Mickaël Marsouin, de l’équipe technique Sanders. Ainsi que de Julie Thebaud, déjà passionnée par les vaches de son papa.
«Outre le programme alimentaire, l’une des clefs de notre réussite est l’aménagement des bâtiments», estime Stéphane Leclerre, deuxième associé du Gaec. L’accès au robot se fait par un mini parc d’attente auquel les vaches accèdent par un couloir muni d’une barrière anti-retour. «Nous avons installé un point d’eau dans ce couloir. L’installation de l’eau est stratégique pour la circulation dans le bâtiment. Nous n’avons pas mis de point d’eau dans la stabulation, mais un point d’eau dans le couloir d’accès, ainsi chaque buvée entraîne un passage vers le parc d’attente, et un autre dans le couloir de sortie, car les vaches boivent naturellement après la traite ». Le parc d’attente est doté de deux sorties : l’une vers le robot, l’autre vers la stabulation. En sortie de robot, les vaches ne passent pas par le parc d’attente, mais sont orientées vers le couloir de sortie : «Cela permet d’éviter le mélange des animaux et d’optimiser le passage dans le robot.» Par ailleurs, le sol des couloirs et de la stabulation est entièrement recouvert de tapis de caoutchouc « pour limiter les problèmes de boiteries, car la mobilité des vaches est un facteur essentiel de la réussite d’un robot ». Le couloir de sortie permet également d’organiser facilement des pédiluves : «Une fois par semaine, nous plaçons un double pédiluve dans ce couloir. Un premier avec de l’eau, pour laver les pieds, et le second avec un produit désinfectant. Nous n’avons aucun problème de boiterie », rassurent les éleveurs. Auparavant, malgré un parcours à proximité de l’étable, les vaches avaient un problème chronique de cellules : « Les deux tiers du temps, nous étions au-dessus de 250 000 cellules, ce qui représentait des pénalités. Aujourd’hui nous sommes à 180 000 en moyenne. Nous avions souvent des problèmes sur les grosses productrices, avec des écoulements de lait en sortie de traite. Désormais, malgré trois traites par jour, nous avons réglé ce problème. Bien sûr, nous restons attentifs à l’hygiène de la stabulation, et dès que nous remarquons des pertes en lait sur le paillage de la logette, nous nettoyons. Ce n’est pas fastidieux, c’est un petit coup de pied pour chasser la litière souillée, mais c’est primordial. Nous avons pu supprimer les produits asséchants de litière ». Les taries sont identifiées par le robot et écartées du circuit de traite : « Nous utilisons également beaucoup moins d’injections intramammaires ». Les vaches taries sont installées à l’extrémité du bâtiment, le plus loin possible du robot pour éviter la stimulation due au bruit et à la vue du robot. Les taries reçoivent les refus des vaches, à hauteur de 1 repas pour 4 vaches taries, avec de la paille. « Ainsi, elles continuent à recevoir la même base alimentaire, ce qui limite les risques de transition. » La durée du tarissement est fréquemment raccourcie de 8 à 6 semaines : « Ici les vaches perdent peu d’état, elles ont besoin de moins de temps pour se refaire », commente Anthony Loric de chez Sanders. « Pour nous améliorer sur ce point, nous pourrions séparer les vaches taries en deux lots pour adapter l’alimentation au début puis à la fin de la lactation, pour bien sécher puis préparer la mamelle », reconnaît Gwénaël Thebaud.
Un temps d’occupation de 23 h 30
Fort de cette organisation, l’élevage est passé à un niveau d’étable de 12 000 l sur les six derniers mois. Le troupeau a donc été réduit à 50 animaux. « En juin, nous avons réalisé que nous allions dépasser notre quota d’environ 200 000 l, nous avons donc vendu une dizaine de vaches en lait : à 1 000 € l’unité, ce fut une trésorerie bienvenue dans la conjoncture. Ces ventes nous ont également permis de nous concentrer sur notre génétique, car évidemment, on ne vend pas les meilleures ».
L’index lait du troupeau est de 352 kg, avec une valorisation à 2 963 kg. Le nombre moyen de passages au robot est de 3,1 ; le temps de traite est de 7 mn en moyenne : « C’est un paramètre important, car toute la difficulté d’un robot réside dans l’optimisation de cet investissement, explique Anthony Loric. Il faut à la fois que les vaches viennent au robot et en même temps qu’elles y passent un temps efficace : consommer de l’aliment et se faire traire. Le passage doit être fluide, pour ne pas générer d’attente ou de mobilisation improductive du robot ». Au Gaec du Bois de Cremenan, le taux d’occupation du robot est d’environ 20 heures par jour. « Ce qui nous laisse une marge de progrès de 2 h. Car il est nécessaire de réserver quelques heures en cas de problème pour pouvoir intervenir en maintenance sur le robot sans affecter la production », estime Stéphane Leclerre. Mais un pic d’activité a été noté le 24 juin : le robot a tourné 23 h 30 en une journée ! Ce jour-là, le troupeau a fourni 40 kg par vache en moyenne. Question record, le nombre moyen de passages a été de cinq traites par vache, avec un record de production à 79,9 kg de lait pour une vache en seconde lactation. La star du troupeau est Championne, issue de FBI x Freelance x Garter qui en est à sa première lactation et affiche déjà 10 273 kg à 214 jours de lactation, soit une moyenne de 48,2 kg/j et 3,2 traites par jour (Ma TB 85, Fo TB 86, Me B+84, TB 85). Elle est actuellement gestante de Morningview Ashlar.
« Finalement, notre bâtiment conçu à l’époque pour 80 vaches est bien trop grand. Vu notre potentiel de production, nous pouvons produire 200 000 l de plus, sans investir ni en bâtiment, ni en robot. Cela nous laisse une marge de progrès. »
* Compte tenu du TB, l’élevage livre en réalité 600 à 620 000 l
Typex magazine n°90 - décembre/janvier 2010 par Françoise foucher





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