aAa Méthode du « Pourquoi » ? !
Qui n’a pas été intrigué par le sigle aAa et les 3 ou 6 chiffres qui suivent à la lecture des catalogues de taureaux ? Il s’agit en fait d’une méthode d’analyse animale créée et développée par Bill Weeks. Nommée Weeks Animal Analysis mais plus connue sous le nom Triple A, elle se veut une aide à la planification des accouplements afin d’obtenir des animaux équilibrés, sans problème et plus rentables.
Cette méthode a été développée dans les années 50, aux États-Unis, donc à une époque où ni la description linéaire ni un testage systématique des taureaux d’insémination n’existait. Elle repose sur la relation entre les différentes parties du corps mais aussi des différentes fonctions de l’animal. Dans le aAa, la charpente, c’est-à dire la position des différents os du squelette, joue un rôle principal, puisque les os (avec les tendons) sont considérés comme le «portemanteau» de la vache, à qui tout est accroché.
Chercher l’origine des défauts
Le taureau comme la vache sont répartis en six groupes de qualités de base, selon leur apparence extérieure : 1. Dairy (laitier), 2. Tall (grand), 3. Open (ouvert), 4. Strong (fort), 5. Smooth (large), 6. Style (bien balancé). Ces 6 qualités sont divisées en deux grandes catégories. Les qualités 1, 2 et 3 représentent la catégorie des qualités angulaires. Les 4, 5 et 6 celle des qualités rondes. Elles sont toutes essentielles et indispensables pour obtenir un animal équilibré. Si un animal présente un problème, c’est parce qu’une des qualités (ou plusieurs) n’est pas assez présente dans l’animal.
À travers ce système, on cherche avant tout l’origine du défaut principal chez un animal. Chaque éleveur est bien capable de voir si sa vache a de bons membres ou de mauvais membres, si elle dispose d’une bonne ou moins bonne mamelle. Par contre, déterminer la cause de la déficience de la vache est beaucoup moins évident. Il faut toujours garder en tête qu’il y a une interaction entre les différentes parties du corps, et qu’il ne faut donc jamais prendre un seul poste en compte.
Donnons un exemple pratique : une vache, sujette à l’oedème, a beaucoup de mal à l’éliminer. Pour accoupler cette vache, beaucoup chercheront avant tout un taureau qui améliore le poste mamelle alors qu’en réalité l’origine de ce problème n’est pas forcément liée à ce poste, il peut venir d’une tout autre partie de son corps comme par exemple le thorax qui manque de profondeur. En accouplant cette vache avec un taureau code 4, on apporte donc de la profondeur au thorax, ce qui donne suffisamment de place au coeur et aux poumons. La circulation sanguine sera meilleure, aidant la vache à éliminer l’oedème ; le code 4 renforce également la qualité des jarrets et des talons, permettant à cette dernière de mieux se mouvoir, donc d’éliminer plus facilement.
Au final, celui qui examine ce système de plus près, est forcé d’observer sa vache d’une autre manière : comment la conformation de son bassin est-elle ? comment la vache positionne-t-elle ses membres ? y a-t-il assez de place dans son arrière train, quelle forme sa tête a-t-elle ? pourquoi sa vitesse de traite est-elle lente ? pourquoi ses onglons extérieurs sont-ils mous et poussent-ils si vite ? etc.
Le système aAa a peu de valeur si on n’arrive pas à bien distinguer ces différentes caractéristiques. C’est pourquoi Bill Weeks a formé des personnes capables d’analyser les vaches des éleveurs. Après, guidé par le code aAa de sa vache, l’éleveur peut lui choisir le taureau approprié… avec l’aide supplémentaire des informations du système linéaire, les indexations, le pedigree du taureau, les performances de la souche, etc.
Les analyseurs aAa travaillent d’une façon indépendante, ils ne sont liés à aucun CIA. Formés par l’Association Animal Analysis (basée aux États-Unis), ils sont obligés de passer avec succès différents examens avant d’avoir l’autorisation d’intervenir dans les cheptels. Leur apprentissage est continu ; chaque mois leurs compétences sont vérifiées et contrôlées par des tests.
Complémentarité vache/taureau
« Le système aAa n’est pas concurrent des autres systèmes d’évaluation, que ce soit de la classification par les Herd Book ou de l’indexation sur la descendance des taureaux. La question ne se pose pas de savoir quel système est le meilleur, l’évaluation ou l’analyse. Il s’agit plutôt de les utiliser en complémentarité » insiste Franck Laviec, analyseur aAa pour la France.
Le système aAa définit avec quel type de taureau une vache devrait être accouplée, ceci tout à fait indépendamment de la race, de la base de calcul, de l’époque, du pays… « L’évaluation calcule les résultats, après l’accouplement, et indique les valeurs moyennes (index) des différents postes pris individuellement, tandis que l’analyse se fait avant l’accouplement. Elle indique les qualités qu’il faut ajouter à l’animal pour remédier à un défaut, pour obtenir des filles supérieures à la valeur moyenne (index). ». Les taureaux reçoivent les codes correspondant aux qualités qu’ils apportent dans un accouplement. Il n’est pas tenu compte des résultats de leurs descendants ni des autres animaux de leur famille. Les vaches se voient attribuer les codes pour lesquels la faiblesse des qualités est la plus prononcée.
Dans la pratique, seuls les 3 premiers chiffres du code des taureaux sont utilisés, correspondant aux caractères dominants. Pour un bon accouplement il suffit donc de prendre en considération deux ou trois points faibles de la vache afin de choisir le taureau approprié.
Pour l’accouplement, on choisit d’abord un groupe de taureaux correspondant aux objectifs d’élevage de l’exploitation (sélection sur le lait, les cellules, les taux… ), ensuite les taureaux sont utilisés de manière complémentaire. Ainsi, un taureau code 456 sera utilisé sur une vache code 456, les points forts du taureau compensant ainsi les points faibles de la vache.
L’ordre des chiffres hiérarchise la prédominance des caractères susceptibles d’être transmis par le taureau. Un taureau dont le code aAa commence avec un 5 n’est pas moins bon que celui dont le code commence par 2, il a simplement des qualités différentes. Le résultat d'un accouplement qu'il soit bien ou mal réalisé s'obtient sur du long terme, autant se donner les moyens de réussir.
L’oeuvre de Bill Weeks
Le système d’analyse Triple-A a été établi et développé petit à petit, au fil des années par son fondateur américain Bill Weeks. En sa qualité de classificateur du Herd Book américain, il a commencé à étudier les origines des meilleures vaches à la fin des années 40 et dans les années 50. Il voulait comprendre pourquoi l’accouplement de deux très bons parents ne donnait pas toujours un bon produit et pourquoi il arrivait aussi, d’une manière tout à fait inattendue, qu’un veau extraordinaire naisse d’un accouplement de deux parents plutôt moyens.
Dans son étude, il a observé la relation existante entre les diverses parties du corps de l’animal. À partir de ces observations, Bill Weeks a développé le système aAa avec les 6 dénominations (qualités) mentionnées auparavant. Entre 1950 et 1970, Bill Weeks a mis toutes ses idées en pratique dans sa propre exploitation. Au départ il voulait juste améliorer son propre cheptel par la mise en pratique de cette méthode. Mais quand d’autres éleveurs ont vu de leurs propres yeux les résultats que Bill Weeks obtenait sur ses vaches, ils ont réclamé son intervention dans leur cheptel, ce qu’il a accepté.
L’expérience Skyway
Son élevage « Skyway », à North Claredon dans l’état Vermont (États- Unis), abritait 13 vaches dans une étable entravée. Pendant cette période de 20 ans, 200 femelles avec le préfixe Skyway ont vu le jour. Au fil des années, elles ont été petit à petit dispersées dans toute l’Amérique où elles se sont trouvées à la base des nouvelles familles de vaches influentes, comme dans les élevages Paclamar et Arlinda. Le taureau le plus connu avec le préfixe Skyway était Skyway Valla Vista Double, entré dans l’histoire comme étant le père de Paclamar Bootmaker qui, comme son illustre compagnon d’écurie Astronaut, fut conçu sur la base du aAa.
En fait, Skyway Valla Vista Double était encore un tout jeune taureau quand la vache Snowboots Wis Milky Way devait être accouplée. Il n’y avait qu’un seul taureau capable d’apporter à cette vache les qualités dont elle avait besoin et c’était justement ce jeune taureau, sans index. De cet accouplement est donc né Paclamar Bootmaker ! Des 200 femelles avec le préfixe Skyway, 123 ont été classifiées avec un pointage moyen de 85,7 points. 26 vaches ont été classifiées EX.
aAa en Europe
Bill Weeks fut le premier analyseur. Le développement de la méthode s’est fait de bouche à oreille sans beaucoup d’autre publicité. Aujourd’hui, il y a 16 analyseurs habilités aux États-Unis et 9 en Europe (4 aux Pays-Bas, 2 en Allemagne, 1 au Danemark, 1 en Italie, 1 en France). En Europe, le nombre d'éleveurs faisant appel aux services des analyseurs aAa est en augmentation constante. Le tarif est de 6 euros par animal.
Dans la pratique, lors de la première visite de l’analyseur, toutes les vaches et les génisses à inséminer (éventuellement le taureau) sont analysées. L’année d’après, seules les nouvelles génisses à inséminer sont à voir. Les primipares, qui ont vêlé pendant l’année, sont revues gratuitement. Les taureaux des centres d’insémination sont vus par 2 analyseurs en même temps, pour éviter toute erreur car leur impact sur la population bovine est très important. Presque tous les taureaux français, en tout cas ceux dont des doses sont exportées, ont été analysés. Pour connaître leur code, il suffit de contacter son centre de mise en place, ou l’unité de sélection dont il dépend ou demander aux commerciaux.
Plus d'infos:
LAVIEC Franck (Analyseur aAa pour la France) - 06 60 77 22 62
Vieux Manoir - 29410 Pleyber-Christ (France)
www.aaa123456.com/aAa-Analyzer-Franck-Laviec.cfm
Ce que renforce le taureau
Les six chiffres représentent chacun un groupe de qualités transmis par le taureau. En réalité, le taureau n’appartient pas juste à un seul groupe mais nous montre plusieurs types de qualité, donc plusieurs chiffres en même temps. Leur ordre hiérarchise la transmission de ces qualités, le premier chiffre indiquant la qualité dominante.
1. « Dairy » : Un animal avec une tête allongée et fine, un long cou, des côtes profondes, des ischions anguleux, la queue fine, des membres fins et un arrière pis rond, plein et souple. Une mamelle qui dépasse en arrière de la vache.
2. « Tall » : Un animal avec de longs membres, une mamelle haute, une tête longue, un cou mince, une attache arrière de mamelle haute et des sabots courts et droits. La mamelle avant est souple, ce sont des vaches faciles à traire. Tall ne veut pas dire que l’animal est de grande taille. Le taureau Bell (243) est un bon exemple d’un taureau code 2.
3. « Open » : D’un type ouvert avec des côtes espacées, le bassin est large. Comme la position des trochanters et ischions est large, les animaux avec un code 3 se déplacent facilement. Cette largeur dans le bassin facilite également la mise-bas, il y a aussi plus de place pour la mamelle. L’attache avant est ferme. Par la bonne largeur du bassin les vêlages passent plus facilement mais les vaches remplissent aussi plus vite. Secret (351) et Enhancer (315) sont deux exemples de code 3. Bill Weeks attribuait également une bonne fertilité au code 3.
4. « Strong » : Des animaux puissants avec des têtes robustes et un museau large, une poitrine profonde. Le thorax profond donne place au coeur et aux poumons, favorisant ainsi une meilleure circulation sanguine. Des animaux capables de rester en pleine santé. Vaches capables d’éliminer l’oedème. Dans la population Holstein le code 4 est largement répandu par Pawnee Farm Arlinda Chief (416).
5. « Smooth » : Des animaux avec des têtes larges. L’animal est large partout, avec des côtes rondes, un rein large. Il a la capacité d’ingérer beaucoup d’aliments. Le corps large induit une meilleure position des membres. Plus de distance entre les trayons avant et arrière. Ned Boy (516) est l’exemple même d’un animal avec code 5.
6. « Style » : Des vaches attentives. Ligne de dos droit, bassin long. Trochanters centrés entre pointes des hanches et des ischions. De bons membres avec des talons robustes, des onglons fermés et une ossature solide, nécessitant moins de parage. Exemple : Sheik (624).




