Le secteur laitier à la loupe

Concernant le cas spécifique de la France, l’économiste souligne que défendre une agriculture productive, territoriale et sociale est un choix noble mais remis en cause étant donné la volatilité des prix. La variabilité de l’offre est d’ailleurs un des facteurs qui explique les fluctuations traversées par le secteur laitier, auquel il faut ajouter l’accroissement de la population, les taxations à l’export, la rareté des stocks mondiaux et le fait que certains produits pétroliers aient renchéri sur le prix du baril.
Cependant, Vincent Chatellier rappelle que le lait est un produit qui n’est absolument pas boudé des consommateurs (la France est en effet le troisième pays consommateur au monde). Il note aussi qu’il n’y a pas eu de crise du lait en 2009 mais une « crise des charges » qui correspond à une tendance de fond démarrée avec la réforme de 2003. On ne peut par ailleurs pas se baser sur l’année 2008, qui a connu des prix exceptionnels mais de court terme. Enfin il importe d’être vigilant au fait que les agriculteurs font souvent des choix fiscaux plutôt que stratégiques. Vincent Chatellier rappelle à ce propos que la moitié des exploitations françaises sont individuelles et ne sont donc pas forcément capables d’adopter de nouvelles technologies.
Une révolution à saisir par les industriels
Si l’Europe perd en poids relatif dans la production mondiale de lait, elle ne perd pas en volumes. Il ne faut pas oublier non plus que la moitié du commerce mondial de fromages lui revient. En raison de la volatilité des prix, doublée de quotas incompatibles avec le marché, le secteur laitier est amené à connaître une évolution profonde. Selon Vincent Chatellier, la solution passe par une contractualisation renforcée entre producteurs et industriels. La privatisation de la régulation va en effet provoquer une véritable révolution pour les exploitations agricoles dans les dix ans à venir, et il revient aux industriels de saisir tous les enjeux de ce changement.
Vincent Chatellier pointe par exemple le besoin grandissant de solutions innovantes nécessaires aux producteurs : jusqu’ici ceux-ci étaient soumis à une gestion à l’année dont l’objectif était de ne pas dépasser les quotas. A l’avenir, les producteurs seront appelés à dépenser plus en termes de productivité. Aux industriels de les aider à trouver un équilibre entre réactivité, productivité et efficacité. Les entreprises doivent pour cela clairement identifier les modèles et adapter leurs préconisations (car la libéralisation du secteur ne va pas gommer les pluralités).
Vincent Chatellier souligne que 2014-2015 va marquer la fin de l’amortissement des investissements réalisés entre 2000 et 2010 par les producteurs, et annonce donc de bonnes perspectives. Et de conclure : « Il y a des raisons d’y croire ».




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