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Hygiène de la mamelle : Le robot ne fait pas tout, tout seul

Il brosse avant la traite et pulvérise après, mais le robot ne sait pas encore mesurer le niveau de saleté initial de la mamelle. Des progrès restent à faire. En attendant, les éleveurs peuvent modifier les réglages pour adapter les cycles de nettoyage à leur troupeau et à chacune de leurs vaches.

En terme d’hygiène de la mamelle, Vincent Smagghe, responsable marketing spécialisé en santé animale chez Delaval, rappelle que les problématiques et les objectifs sont les mêmes en robot qu’en salle de traite traditionnelle : «Avant la traite, le nettoyage doit permettre un lait de qualité, non contaminé par des polluants extérieurs ; après la traite, la désinfection du trayon doit empêcher les germes externes de pénétrer le canal et supprimer les germes de réservoir ». La spécificité du robot réside dans l’automatisation de cette tâche. Mais le robot entraîne aussi une sollicitation supplémentaire des mamelles : « Les vaches sont traites plus souvent. Cette multiplication des passages multiplie les risques d’infection et d’agression des trayons. Or, une des principale source d’infection des mamelles par des germes responsables de mammites est la peau des trayons. La désinfection doit être particulièrement adaptée et respecter l’épiderme, première défense du trayon. »

Les robots proposent deux systèmes de désinfection des trayons avant la traite : la brosse, comme ici pour Lely, ou le gobelet, avec diverses technologies de nettoyage par eau et air comprimé.

Les robots proposent deux systèmes de désinfection des trayons avant la traite : la brosse, comme ici pour Lely, ou le gobelet, avec diverses technologies de nettoyage par eau et air comprimé.

La technologie du robot empêche par ailleurs l’utilisation des systèmes de post-trempage : « Un coup de pied dans le gobelet pourrait le vider, il faudrait un système de contrôle des niveaux des gobelets, c’est compliqué », explique Hervé Célard, responsable marketing chez Lely France. «La principale raison de l’absence de trempage en post-traite en robot est le temps d’immobilisation de la vache que cela impliquerait, souligne Alix Edouard, chef produit robotique pour la zone Europe du Sud chez Delaval. Cela supposerait un temps de positionnement du gobelet et un temps de trempage, et cela immobiliserait le robot dans une action non productive. Or, la rentabilité du robot réside dans son taux d’occupation et le litrage produit par 24 h. Pour l’instant, le post-trempage est impossible. »

Brosse ou gobelet ?

Le bras principal du robot Lely est doté d’un bras secondaire avec les brosses, qui se rétracte au moment de la pose des gobelets trayeurs.

Le bras principal du robot Lely est doté d’un bras secondaire avec les brosses, qui se rétracte au moment de la pose des gobelets trayeurs.

Hervé Célard, responsable marketing chez Lely France, détaille le processus de nettoyage : «Le robot qui a en mémoire le positionnement du trayon est doté de brosses pour nettoyer la mamelle. Ces deux brosses sont installées sur un bras, lui-même relié au bras central du robot. Sur les deux brosses, des poils durs et des poils mous sont implantés de manière hélicoïdale pour que leur rotation autour du trayon assure un nettoyage parfait. » Il souligne qu’il est important de bien nettoyer également le dessous de la mamelle, car au moment de l’installation du gobelet trayeur le trayon est gonflé, mais au fur et à mesure de la traite, il se vide et le gobelet remonte jusqu’à entrer en contact avec le dessous de la mamelle. Les deux brosses passent successivement sur les quatre trayons. Le nombre de tours de brosses est programmable et individualisable en fonction des caractéristiques des vaches. La série de brossage peut être doublée.

Entre chaque vache, les brosses sont nettoyées : Quand le gobelet trayeur est branché, le bras-brosse se rétracte et les brosses sont pulvérisées avec un mélange d’eau et de produit Astri- L*. Les brosses tournent ensuite sur elles-mêmes pour évacuer le surplus de produit lors d’un premier essorage. Une pulvérisation post-trempage précède ensuite un deuxième essorage. Au moment où la vache suivante se présente, les brosses ne doivent être ni trop humides, ni trop sèches, comme une lavette manuelle essorée.

En post-traite, un produit est pulvérisé pour boucher le sphincter afin d’éviter que les microbes ne pénètrent dans le trayon. Le produit Astri-Din est iodé à base d’acide lactique. La buse est installée au bout du bras principal qui est articulé et peut se positionner parfaitement face au sphincter. Le temps de pulvérisation est réglable. La viscosité du produit est développée pour s’écouler sous la forme d’une goutte qui bouche le sphincter.

« Que le brossage soit long ou court, le temps de traite est le même : en brossant moins, on stimule moins ; en brossant plus longtemps, on prend plus de temps, mais la traite est plus rapide : au final le robot n’est pas immobilisé plus longtemps. C’est l’effet massage du brossage. »

À son entrée dans le robot VMS Delaval, la vache subit un nettoyage de ses trayons par un gobelet laveur à la technologie brevetée.

À son entrée dans le robot VMS Delaval, la vache subit un nettoyage de ses trayons par un gobelet laveur à la technologie brevetée.

Chez Delaval, Vincent Smagghe, responsable marketing spécialisé en santé animale, souligne que « Delaval est son propre fabricant de produits, comme de tous les consommables de nos systèmes de traite. C’est un atout, car nous connaissons nos équipements et nous développons des solutions d’hygiène adaptées. »

Edouard Alix, chef produit robotique pour la zone Europe du Sud chez Delaval, rappelle que « Delaval a été le premier fabricant à utiliser le gobelet laveur, système dont sont désormais pourvus les nouveaux robots lancés sur le marché. » La conception de ce gobelet qui circule entre les quatre trayons est brevetée : « Il possède 104 trous tangentiels pa

r lesquels circulent alternativement de l’eau et de l’air comprimé, créant un phénomène de tourbillon qui décolle la saleté tout en stimulant le trayon. Le cycle s’achève par une phase de séchage à l’air comprimé tiède.» La programmation du robot permet de varier la température de l’eau de 25 °C à 30 °C, selon trois modes de lavage (léger, normal ou double, prenant entre 3,5 et 7 secondes) et la pression de l’air comprimé. Cette programmation est personnalisable vache par vache. « Les premiers jets de lait sont extraits par ces gobelets laveurs. En cas de double lavage, les premiers jets peuvent être extraits deux fois. Dans ce système, le trayon n’est jamais en contact avec la paroi, ce qui limite les risques de contamination, mais le système est vidangé entre deux trayons pour éviter les contaminations par du lait résiduel.» Le gobelet laveur est ensuite désinfecté et mis à sécher tête en bas pour s’égoutter.

En fin de traite, toujours sur le bras de traite, une buse se positionne sous le trayon pour pulvériser un produit exactement à l’aplomb du sphincter. Le nombre de pulvérisation est réglable vache par vache. « Le système de pulvérisation embarquée sur le bras souple de traite est breveté, il présente l’intérêt d’une grande amplitude, plus large qu’un plateau. Avec le robot VMS, on note moins de réforme pour des problèmes de conformité de mamelles », souligne-t-on chez Delaval.

Propreté des animaux

Autre point à ne pas oublier : le nettoyage du robot lui-même.

Autre point à ne pas oublier : le nettoyage du robot lui-même.

Dans la formation hygiène qu’il dispense à ses collaborateurs, Jean-Marc Fraikin, responsable hygiène chez BouMatic Gascoigne Mélotte, met en évidence le lien entre le niveau de souillure des pieds et des jarrets et la propreté de la mamelle : « Il est d’abord essentiel de travailler sur la propreté des animaux et l’ambiance en bâtiment. » Sur le robot Proflex, un gobelet préparateur, doté d’un véritable manchon, assure trois phases de préparation de la traite : « un lavage à l’eau tiède additionnée d’une solution à base d’acide péracétique, un séchage et une traite des premiers jets évacués par un système spécifique ». Le gobelet est désinfecté entre chaque animal. En post-traite, un produit à base de dioxyde de chlore est pulvérisé : Bluemax.

Tous les fabricants jugent leur système efficace… à condition que la mamelle ne soit pas trop sale. Certaines équipes de R&D travaillent à des systèmes de lecture optique du niveau de saleté du trayon : « Des lasers ou des caméras numériques pourraient juger de la propreté du trayon afin d’adapter le nettoyage », imagine Edouard Alix. « La phase de préparation du trayon peut certainement être encore améliorée », estime le docteur Joséphine Verhaeghe, chef de produit pour Cid-Lines, spécialiste de l’hygiène en élevage.

Des produits adaptés Certains fabricants de robots passent des contrats de licence avec des fabricants de produits (comme Lely et Ecolab), d’autres sont eux-mêmes producteurs (comme Delaval), et enfin certains fabricants indépendants de produits d’hygiène présentent des gammes s’adaptant aux différents robots (comme Cid-Lines).

« La technologie du robot entraîne des spécificités dans la formulation des produits », rappelle Vincent Smagghe, responsable marketing spécialisé en santé animale chez Delaval. Ainsi les produits de désinfection post-traite, Approuvés VMS pour Delaval, disposent- ils de technologie brevetée comme l’I-Tech qui garantit le taux d’activité de l’iode dans le Proactive, ou l’AHP pour Accelerated hydrogen peroxide qui garantit la stabilité du peroxyde d’hydrogène en solution et la rapidité de son mode d’action germicide sur le produit Prima.

La gamme adaptée pour le robot Lely contient Astri-L, un produit acide liquide pour la décontamination des brosses ; deux produits pulvérisables pour l’hygiène des trayons après la traite : Astri-Din, à base d’acide lactique et d’agents émollients (glycérine et sorbitol) pour maintenir la peau du trayon en excellente condition ; et Astri-Uc, à base de PVP iodée.

Cid-Lines propose un produit de nettoyage des brosses à base d’acide péracétique et de peroxyde d’hydrogène : le Kickstart. Après la traite, les produits de pulvérisation sont des déclinaisons des gammes existantes pour la traite standard, reformulées pour s’adapter à la pulvérisation du robot : Kenostart SD, à base d’iode, qui « possède un grand pouvoir de désinfection sur staphylocoques, streptocoques, colibacilles, même en présence de matières organiques, et contient des émollients (lanoline, glycérine et sorbitol) qui lui confèrent des propriétés adoucissantes et hydratantes » ; Kenocidin SD à base de chlorhexidine et de menthae arvensis, pour « son effet thermorégulateur et améliore la contractibilité du sphincter » ; et Kenolac SD à base d’acide lactique avec une action répulsive mouche brevetée, d’origine naturelle.

cidlines

Enfin, ne pas oublier le nettoyage du robot lui-même : « L’hygiène générale est souvent négligée dans les robots, or il faut s’en assurer régulièrement et veiller particulièrement au bon fonctionnement des buses et à la propreté des bras du robot », rappelle Joséphine Verhaeghe, chef de produit pour Cid- Lines. Elle préconise un nettoyage complet au Biogel et Virocid une fois par semaine, et un nettoyage à l’eau deux fois par jour au moment où le robot est moins fréquenté.

Dotés de cet arsenal hygiénique, les éleveurs possédant un robot ont donc toutes les cartes en main pour maîtriser l’hygiène de la mamelle et donc la qualité du lait. Pour autant, pour l’ensemble des spécialistes interrogés lors de cette enquête, l’hygiène de la mamelle n’est pas le principal facteur de hausse du nombre de cellules lors du passage au robot : pour les uns, « c’est le stress des animaux qui est responsable en majeure partie de cette dégradation de la qualité du lait » ; pour les autres, « c’est l’absence de régularité entre les traites qui influe sur la qualité du lait ».

Typex magazine n°90/Décembre-Janvier 2010 par Françoise Foucher

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Article classé sous: Actualités, Equipement d'élevage, Santé / Nutrition

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