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L’insémination en Espagne : La morphologie d’abord

Quasi méconnues jusqu’à présent, la capacité de testage et les orientations génétiques de la sélection espagnole pourraient, sans surprise, donner des successeurs aux précurseurs New World Empire et Mesland Duplex.

Détonants face aux orientations sanitaires développées au Nord de l’Europe, les choix espagnols tournés vers la morphologie demeurent néanmoins tributaires de l’évolution des structures d’élevages : familiaux au Nord du pays et de celles, plus étendues au centre et au Sud de la péninsule. L’Espagne compte sur 4 centres d’insémination, dont trois majeurs localisés sur la côte Atlantique-Nord, qui totalisent 240 jeunes mâles mis à l’épreuve cette année. D’ouest en est, Xenética Fontao se situe en Galice, Ascol en Asturies, Aberekin au Pays Basque tandis que Genetica est localisé légèrement plus au sud à Leon. Si l’activité des centres d’insémination est naturellement régionale, elle ne présente aucun caractère obligatoire d’adhésion pour l’éleveur. Les achats auprès d’un autre interlocuteur sont des pratiques courantes d’autant que la mise en place est opérée par les vétérinaires ruraux, des praticiens indépendants et les éleveurs, et que les équipes des centres d’insémination ne comportent pas d’inséminateur. Le testage opéré par les centres d’insémination du Nord déborde sur les régions qui ne disposent pas de structure de mise à l’épreuve. Les conseils et la fiabilité des conditions de testage sont pris en charge par les associations régionales d’éleveurs.

Variété des statuts

Matinée de prélèvement des jeunes mâles à la salle de collectes de Xenética Fontao.

Matinée de prélèvement des jeunes mâles à la salle de collectes de Xenética Fontao.

Les étables de Xenética Fontao hébergent 375 Holstein et sa capacité de mise à l’épreuve est à la hausse chaque année : 60 jeunes mâles en 2006, 70 en 2007 et une année 2008 légèrement supérieure en nombre mais qui constituera une phase plateau. Le nombre est en rapport avec la population puisque la Galice détient 40 % du cheptel national. Selon Mauricio de Los Santos, analyste, il s’agit de se donner davantage de chance d’obtenir de bons résultats et de saisir l’opportunité d’une place à l’exportation sur les marchés de l’Amérique du Sud et de l’Europe qui sont demandeurs de produits différents. « L’Amérique du Sud consomme des produits abordables, des jeunes taureaux qui plaisent par leur origine et qui rapportent ainsi un peu d’argent en période d’attente, tandis que l’Europe réclame des taureaux aux résultats confirmés ». La Galice demeure néanmoins le marché naturel de Fontao.

Le centre d’insémination constitue une institution publique composée de 70 salariés, dont 60 directement rattachées à l’activité Holstein à côté desquelles 10 autres personnes se consacrent aux activités de l’association régionale Fefriga. Les autorités de Galice incitent les professionnels à prendre en main le destin de leur activité. L’association s’implique donc davantage dans les décisions, mais les éleveurs tendent à se satisfaire de la situation du moment et retardent ce transfert de propriété.

La taurellerie Ascol connaît de profonds travaux et accueillera prochainement son équipe administrative.

La taurellerie Ascol connaît de profonds travaux et accueillera prochainement son équipe administrative.

Le statut de Ascol est différent, même des soutiens publics participent à son financement. C’est est une coopérative qui compte 55 000 vaches pour 1 300 fermes coopératrices comptant en moyenne une quarantaine de vaches en production dans des élevages familiaux. Le schéma a été lancé en 1986 dans les Asturies et le testage réalisé en collaboration avec les régions de Castilla et La Mancha (Association Africama) apportent 15 000 vaches de plus auxquelles il faut ajouter celles de clients plus épars dans toute l’Espagne. Les filles de testage des taureaux se trouvent donc dans 5 à 6 provinces différentes. 25 taureaux sont testés chaque année, régime de croisière atteint en 2003, soit le recrutement de 2 jeunes mâles chaque mois.

Adaptés au contexte climatique, bâtiment semi-plein air pour les taureaux Aberekin.

Adaptés au contexte climatique, bâtiment semi-plein air pour les taureaux Aberekin.

Aberekin est animée par une obligation de résultat puisqu’il s’agit d’une société anonyme dont le capital est majoritairement détenu par des éleveurs. Son président est toujours un éleveur. 90 % d’entre-eux ont des Holstein, le complément se partage entre élevages Brown Swiss, Jersey et bovins allaitants. Le centre basque teste 36 à 40 jeunes mâles par an, dont 20 % issus de vaches espagnoles elles-mêmes issues du programme Elite. La répartition saisonnière des doses de testage tient compte de la proportion 20 % 80 %, y compris lors des fortes chaleurs estivales plus consommatrices de semence de testage pour assurer les retours en chaleur.

Réduire les distances

Les trois structures adoptent une attitude quasi-similaire en termes de fourniture. Pour l’instant encore, les approvisionnements dépendent largement de l’Amérique du Nord tout en tirant quelques bénéfices des femelles «espagnoles» issues d’outre-Atlantique. Chaque unité dispose de son programme de pose d’embryons : BOS en Galice, TEC en Asturies, tandis que les initiatives basques ne sont pas matérialisées par un préfixe. À leur tour, les vaches BOS devenues mères à taureaux transmettent leur préfixe à leur fils. En Asturies, une mère TEC donne un fils MONO. Le programme d’achats de Fontao porte sur 200 à 250 embryons nord-américains par an et sur un complément de jeunes mâles en Europe (Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne). La préférence va aux lignées laitières, tout en considérant que les éleveurs de Galice aiment la morphologie et les concours.

Carlos Méndez, directeur et analyste de Ascol en Asturies, l’organisation des Asturies

Carlos Méndez, directeur et analyste de Ascol en Asturies, l’organisation des Asturies

L’autre programme de Ascol, Genesis, espère pouvoir se tourner davantage vers l’achat de veaux et moins consommer d’embryons. Carlos Méndez, analyste et directeur du programme, la formule ainsi : « Nous demandons à observer tous les membres de la famille, puis à voir le jeune mâle. Les distances sont coûteuses, c’est pourquoi nous nous intéressons beaucoup aux vaches nées de nos importations. Nous avons loisir de les observer à des stades divers et dans des conditions quotidiennes variables, plusieurs fois par an si nécessaire ». La présélection envisage d’abord 4 à 5 veaux pour seulement deux de retenus chaque mois. Les femelles restent dans les élevages de naissance et sont confrontées à leurs environnements respectifs. Aberekin ne donne pas la même importance à la proximité.

La société recrute ses mères en Espagne et en Europe dans des proportions identiques (10-15 %), mais la plus forte proportion vit aux USA (55- 65 %) puis au Canada (15- 25 %). De nombreux veaux nés aux Pays-Bas sont en réalité d’ascendance nord-américaine, exportés par ALH ou Jan de Vries. La souscription à une forme d’assurance fiabilité mène à des pedigrees toujours plus complets, à de nombreuses lactations cumulées chez les individus et au travers des générations des lignées maternelles.

Aisément 20 % de testage

Mauricio de Los Santos Garcia, analyste Holstein de Xenética Fontao, la structure de Galice.

Mauricio de Los Santos Garcia, analyste Holstein de Xenética Fontao, la structure de Galice.

Tout comme les éleveurs sont libres de déterminer leur source d’approvisionnement en matière de testage, ils peuvent donc utiliser des  jeunes mâles d’un autre programme espagnol. En conséquence, les programmes ne ressentent pas la nécessité de pratiquer des échanges volontaires de semence de jeunes mâles. Indirectement, ce sont les éleveurs qui se chargent de l’information croisée. Fontao comporte une particularité cependant, les utilisateurs ne sont pas contraints de mettre à l’épreuve un pedigree pour lequel ils n’auraient pas d’affinité. Cette possibilité peut néanmoins se révéler excessive. Certains jeunes taureaux ont été distribués à hauteur de 100 000 paillettes, certes leur fiabilité est considérable par la suite, mais ils ralentissent la capacité de testage et nous distribuons désormais jusqu’à 2 000 doses. Cependant, la plupart des jeunes mâles de Fontao sont testés en Galice et l’approvisionnement semble très étroitement répondre aux aspirations de la clientèle manifestement très portées sur les familles américaines de renommée internationale. On peut en juger en visitant la taurellerie et en parcourant les catalogues édités tous les trimestres, tous débordants de Laurie Shiek, de Dellia, de Gypsy Grand, d’Ultimate Pala, de Roxy ou de Prudence. Rejoignant la préoccupation de son collègue Méndez à propos des mères à taureaux, Mauricio de Los Santos Garcia manifeste néanmoins sa préférence pour les filles de testage localisées à proximité, plus économes que celles distantes du siège du centre d’insémination. Ascol recherche de 90 % de fiabilité dès la première indexation, soit 1 200 inséminations et 150 filles de testage pour y parvenir. Chez Ascol, Carlos Méndez a même freiné certains élans qui avaient porté le recours au testage dans 37 % des mises en places annuelles au lieu des 20 % souhaités qui selon-lui suffisent pour veiller à la stabilité de l’index au fil du temps. Il utilise le comportement de trois taureaux pour illustrer ce dessein : «Valdès a manifesté une stabilité de son index lait entre 2002 et 2207, Belmont a présenté une baisse puis une remontée au niveau initial, Ronald exprime des résultats rectilignes ». Au cours des cinq dernières années, Ascol a obtenu cinq numéro un en Espagne, dont Alino aujourd’hui. Sur le terrain de la conviction, les fi lles de testage sont les ambassadrices qui servent à gagner la confiance des éleveurs. 55 % des vaches enregistrées dans la région ont un père Ascol. Aberekin gère la distribution de paillettes de testage selon la saison. « Beaucoup de retours en chaleur sont assurés par des jeunes taureaux au cours de la période estivale », indique Carlos Ugarte chez Aberekin. Si cela ne pose pas de problème particulier d’organisation, il faut simplement veiller à ce que cette demande soit uniquement saisonnière et qu’elle ne tende pas à se généraliser dans certains troupeaux. « Nous ne souhaitons pas de troupeaux uniquement spécialisés dans la mise à l’épreuve ». Un catalogue trimestriel des pedigrees récents est édité. 1 200 doses sont réparties à l’aveugle parmi les 900 troupeaux dans l’objectif de recueillir 100 filles dans 90 étables. Chez Aberekin, sur 100 filles de testage, 25 naissent en Pays Basque, 20 en Cantabrique, 15 en Catalogne et en Andalousie respectivement, et les Baléares ainsi que Valencia en enregistrent aussi quelques-unes. Les trois analystes manifestent leur satisfaction au regard de la facilité avec laquelle leur 20 % de testage sont atteints dans la mesure où cette question est gérée par les associations régionales. Ils s’accordent à penser que le rang de lactation importe peu, qu’il n’est pas nécessaire de se focaliser sur les 2e lactations, mais que les génisses sont à exclure de la démarche.

Le type tel qu’il est interprété

La morphologie recueille une certaine unanimité. Elle est même évoquée avec un enthousiasme croissant. Les taureaux constructeurs du moment sont plébiscités par les trois schémas. La définition du type mérite d’être rappelée, considère Carlos Ugarte : « Il s’agit de la part de la mamelle, des pattes, auxquelles viennent s’ajouter désormais une structure un peu moins grande, un peu moins angulaire, avec une croupe et des épaules larges ». Il ajoute que pour 2008, la recherche d’une stature plus modérée s’accompagne de trayons un peu plus longs. « Mazda et Zelati sont de bons repères des vaches recherchées ». La province des Asturies est en quelque sorte le centre de l’Espagne deux fois l’an pour les concours nationaux de printemps et d’automne à Gijon. D’après Carlos Méndez, les éleveurs de la région sont parmi les plus récompensés, et dans la catégorie groupe les Asturies sont souvent gagnantes. Le type constitue une recherche particulière, environ 120 éleveurs de la région participent aux concours. Il y a, selon lui, un sentiment général, « La vache est un membre de la famille, on vit à ses côtés, elle porte toujours un nom ». Il rappelle quelques fondamentaux : « La génétique utilisée doit être rentable pour les éleveurs. Leur opinion est importante parce que la rentabilité va au-delà de la notion d’économie et que toutes les informations doivent être prises en compte. Les éleveurs veulent une vache qui fait du lait, dotée d’une bonne mamelle. L’introduction des caractères secondaires qui est aujourd’hui en cours de discussion ne doit pas dépasser 20 % de l’index ICO. Les mentalités des sélectionneurs sont différentes entre le Nord et le Sud de l’Europe ». Plus à l’Ouest, le type est une notion exacerbée. Mauricio De Los Santos Garcia et les éleveurs qui l’entourent avouent une passion débordante pour la vache belle et solide et les familles qui y contribuent. « Les éleveurs de Galice aiment les vaches bien construites, la morphologie est leur premier facteur de choix, le lait vient ensuite. Ils favorisent une vache que cette morphologie rend potentiellement durable et capable de subvenir au renouvellement du troupeau».

Pères ciblés, ouverture affichée

À l’exception de O-Man, qu’on ne trouve que dans deux schémas, et de manière modérée dans l’un d’entre eux, les noms des pères à taureaux les plus sollicités sont communs aux trois unités de production. Fontao compte aujourd’hui 20 fils de Goldwyn, puis viennent Shottle, Bolton, Toystory, Lou, Buckeye, Duplex. La Galice n’est pas portée sur des profils similaires à celui de O-Man, et un taureau Red est mis à l’épreuve par saison de testage, pour le fun. « Chaque taureau est une projection dans l’avenir, nous avons des fils de Goldwyn et Shottle en nombre, puis quelques fils de Baxter, Toystory, Alino et Duplex » liste Méndez qui précise n’avoir pas de drapeau en matière d’approvisionnement, puisqu’il se dit prêt à utiliser le tchèque Gavor s’il continue à se montrer intéressant. Aberekin ne mise pour l’instant que sur quatre noms : « Shottle, Goldwyn, O-Man, Duplex figurent dans le schéma depuis un an et demi, déjà une dizaine de fils de chaque. Notre utilisation de Duplex nécessairement restreinte pour éviter un éventuel relèvement de la consanguinité ultérieure », justifie Ugarte.

Nouvelles technologies

Sans doute porté par son enthousiasme général, De Los Santos Garcia fait part des discussions en cours relatives au sexage. « Nous nous interrogeons sur la nécessité de déménager un ou quelques taureaux à l’étranger, dans des unités équipées en matériel de sexage. Si cela fonctionnait, ultérieurement l’hypothèse d’un investissement en propre pourrait aussi accueillir d’autres géniteurs espagnols ». Méndez se positionne plutôt en utilisateur potentiel, tandis que Ugarte demeure sceptique et critique. « Le sexage est une révolution pour la génétique en termes de vitesse de travail, mais gare à la fertilité. Je ne souhaite pas utiliser ce produit pour l’instant. Au printemps je me suis rendu aux USA et au Canada et j’ai vu au microscope des spermatozoïdes fatigués, qu’il convient de ne pas utiliser sur des femelles à la fertilité limitée. ll faut les réserver aux génisses dont les chaleurs sont bien exprimées. À ce jour, le retour sur investissement revient à l’entreprise de sexage, il ne profite ni au centre d’insémination ni à l’éleveur utilisateur. Où sont les bons taureaux testés, ce sont tous des taureaux moyens ». Les propos sont tranchés, mais ils se justifient ainsi : « Je n’aime pas les réclamations liées à la fertilité ». Ugarte espère beaucoup du sexage, mais il lui semble préférable d’attendre pour l’instant. Faisant référence aux brusques évolutions du marché, il ajoute : «Son utilisation sera dépendante du lait et du prix des génisses».

Les marqueurs sont perçus par tous comme une voie aux résultats moins immédiats que le sexage. «L’évolution de la technique est dépendante des entreprises qui s’y impliquent », commente l’analyste de Ascol, « mais s’il s’agit d’améliorer considérablement la fertilité, on ne peut pourtant pas changer le passé ». Carlos Ugarte considère pourtant que l’avenir est aux marqueurs, surtout pour les caractères sanitaires à faible héritabilité. Cependant il ne cache pas sa crainte d’une privatisation du génome et des exagérations de tarifs pratiquées par les sélectionneurs le temps peut-être que l’offre et la demande régularisent les tarifs des jeunes mâles.

Comportements commerciaux différents

Carlos Ugarte, analyste responsable du programme basque Aberekin, en compagnie de Mesland Duplex.

Carlos Ugarte, analyste responsable du programme basque Aberekin, en compagnie de Mesland Duplex.

Les tarifs intérieurs sont comparables. Fontao pratique un tarif unique de la dose de 9 €, ceux de Ascol s’échelonnent entre 10 et 18 €, de 6 à 33 € chez Aberekin à destination de l’Espagne. Carlos Ugarte fait part de son sentiment : «L’éleveur achète à une personne de confiance, en cas de problème la recherche d’une solution s’impose d’elle même. À l’avenir, l’éleveur achètera quelques tops puis se rabattra sur une gamme plus proche de son environnement ». Cela dégagerait-il des volumes de semence des meilleurs géniteurs espagnols ? La commercialisation internationale des produits de ce pays Holstein émergeant marche pourtant en ordre dispersé. Chacun a recours à ses distributeurs. Fontao mise pour l’instant sur des volumes importants en Amérique du Sud, Ascol se dit satisfait de son petit réseau de chaque côté de l’Atlantique. N’y aurait-il pas de souhait de bannière commune ? La réponse se trouve en grande partie dans les propos de Carlos Ugarte : « Investir dans un réseau est coûteux et la réactivité n’est pas toujours immédiate. Nos structures juridiques et nos composantes sont différentes ».

Typex magazine n°81-juin/juillet 2008 par Guillaume Bélibaste

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